Journal d'école

Le journal de Lubin sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

03 juillet 2009

Violences et incivilités à l'école

A l’occasion du changement de titulaire à l’Education nationale, l’Express donne la parole à cinq anciens ministres. Ferry règle ses comptes avec un « salaud » :

« Le plus terrible, ce fut la presse de caniveau, notamment Le Canard enchaîné, quand on a prétendu que j'avais "une nurse anglaise et des draps de satin" (sic), que j'avais acheté une voiture à ma femme sur fonds publics, organisé des fêtes au ministère pour mes filles (qui avaient 2 et 3 ans !). C'était évidemment grotesque, mais cela me faisait mal, parce que cela touchait à la morale, à l'honneur. Aujourd'hui, je suis totalement blindé mais, à l'époque, je ne pensais pas qu'on puisse être si salaud. Le pire, c'est quand j'ai découvert que toutes ces pseudo-fuites venaient du cabinet du ministre délégué [Xavier Darcos]. Je m'empresse de dire que nous nous sommes expliqués depuis, et que nous sommes, malgré tout, redevenus amis. »

Darcos, lui, développe une nouvelle fois sa phobie viscérale d’internet, qui l’avait conduit, on s’en souvient, à mettre sur pied une veille de l’opinion :

« Nous devons aujourd'hui faire face à une chose nouvelle, une forme de guérilla incessante et radicale qui se diffuse sur Internet. L'esprit de raison et le dialogue n'ont aucune prise face à cette forme d'obscurantisme. J'ai tout de même reçu des menaces de mort ! Les syndicats sont aussi ennuyés que moi par ces mouvements qui leur échappent. »

Des menaces de mort contre Darcos, mais que fait la police ? La recherche du dangereux délinquant devrait pourtant facilement aboutir, puisque Ferry, également menacé de mort, a pu débusquer le tueur :

« Chaque fois qu'il y avait trois manifestants dans la rue, j'étais menacé de mort par l'Elysée. On retirait le haut, puis le bas, comme sur l'autonomie des universités, où la reculade qui me fut imposée était honteuse. S'il y avait eu un championnat du monde de la marche arrière, nous l'aurions gagné... »

L’éducation civique à l’école, c’est juste bon pour les élèves.

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01 juillet 2009

Jusqu'où iront-ils ?

Alors que la nouvelle loi sur les bandes et l’intrusion dans les établissements scolaires n’est même pas encore adoptée – elle doit passer dans les jours qui viennent devant le Sénat – elle est déjà dépassée et les policiers, seuls inspirateurs des lois en la matière, poussent à aller plus loin. Suite à l’agression dont deux d’entre eux ont été victimes dans la nuit de lundi à mardi à Gagny – l’histoire ne dit pas s’ils étaient en contrôle de faciès – un de leur syndicat, Alliance, s’interroge « sur les sanctions qui doivent être réservées à ces délinquants » et suggère pour, défendre « les policiers, les gendarmes ou les enseignants (...) la mise en place de peines planchers ».

A force de rajouter des zéros aux amendes et des années de prison aux années de prison, on est arrivé aux limites d’une logique sécuritaire qui montre jusqu’à l’absurde, avec sa brutalité, toute son inefficacité. Dans ce domaine, les politiciens se sont mis au service de la police : puisque telle est la volonté des commissariats, gageons alors que, d’ici peu, les peines planchers puniront l’intrusion dans les établissements scolaires. Après quoi, il ne restera plus qu’à rétablir la peine de mort. Exagération ? Paranoïa ? Qui aurait pu imaginer, il y a encore quelques années, qu’on en arriverait à des lois aussi folles, aussi insensées, que celles dont discutent aujourd’hui les parlementaires (1)? Si le rétablissement de la peine de mort est pour l’instant rendu impossible par la règlementation européenne, il faut rappeler qu’une proposition de loi en sa faveur, déposée par plusieurs dizaines de parlementaires, sommeille dans un tiroir de l’Assemblée nationale. Une proposition de loi qui attend la première occasion pour en sortir.

(1) « Hystérie punitive » (Journal d’école¸10/06/2009)

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28 juin 2009

Enseignants désobéisseurs : la dérive autoritaire de l'Education nationale

Jeudi 9 juillet, Alain  Refalo est convoqué à l’Inspection académique de Haute-Garonne devant la commission administrative paritaire siégeant en formation disciplinaire. Alain Refalo fait partie de ces « enseignants désobéisseurs » entrés en résistance pédagogique contre la politique de Darcos touchant à l’école primaire : programmes rétrogrades, évaluations inutiles et préjudiciables aux apprentissages, désorganisation des rythmes scolaires, mise en place mal ajustée de l’aide personnalisée mais aussi absence totale de concertation qui reflète un profond mépris pour les enseignants considérés comme de simples exécutants. Loin de négliger leur travail, ces derniers n’ont fait qu’appliquer le principe de liberté pédagogique, inscrit dans la loi d’orientation, qui laisse à chacun, dans sa classe, la responsabilité des pratiques les mieux adaptées aux élèves.

Depuis plus d’un an, le ministère alterne pressions, intimidations, lourdes sanctions financières pour tenter de faire plier les récalcitrants. Alain Refalo s’est déjà vu retirer 14 jours de salaire, Bastien Cazals, autre désobéisseur, 36 jours, des retraits sur le bulletin de paye à mettre en regard de la modicité du traitement des enseignants, notamment en primaire.

Depuis plusieurs semaines, la répression s’accentue et dérape lourdement. Dans la lettre recommandée qu’il a reçue de l’Inspection académique, outre le « refus d’obéissance », Alain Refalo se voit reprocher les faits suivants : « Manquement au devoir de réserve, incitation à la désobéissance collective, attaque publique contre un fonctionnaire de l’Education nationale ». Ces accusations dépassent très largement les obligations purement professionnelles d’un enseignant et portent atteinte aux libertés individuelles les plus élémentaires : ainsi, un enseignant n’aurait plus le droit de porter un regard critique sur son administration et, plus généralement, sur la politique éducative d’un gouvernement ? On voit s’approfondir autour de l’école et dans la société une tendance inquiétante au détournement de la loi et des règles administratives pour empêcher toute forme de contestation. Dans une tribune au Café pédagogique, Pierre Frackowiak, inspecteur honoraire, fait observer à juste titre : « Jamais dans l’histoire contemporaine de l’école (depuis 1940), de telles pratiques n’ont été observées ».

En cette veille de vacances – le temps de tous les coups fourrés – les menaces montent d’un cran avec le courrier envoyé par l’Inspecteur d’académie à Bastien Cazals, « lui intimant l'ordre de ne plus communiquer avec aucun media pour tout sujet ayant rapport avec ses fonctions». Si cet extravagant oukaze devait faire jurisprudence, c’est l’ensemble du débat éducatif qui se trouverait réduit au silence et avec lui, l’une des libertés fondamentales, la liberté d’expression, garantie par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».  Il faut donc croire qu’aujourd’hui, les enseignants ne seraient plus considérés comme des citoyens.

La lettre de l’Inspecteur d’académie à Bastien Cazals est datée du 23 juin, dernier jour de fonction de Darcos à l’Education nationale. Au cours de ces dernières années, l’école – les élèves comme les enseignants – a fait l’objet d’une entreprise de brutalisation dont les limites sont poussées toujours plus loin. Si le nouveau ministre de l’Education souhaite réellement, comme il l’affirme, établir sur de nouvelles bases les relations avec le personnel dont il a la charge, il a tout le pouvoir de faire cesser les poursuites et les persécutions contre des enseignants honnêtes et compétents qui ont le seul tort de privilégier l’intérêt des élèves à la soumission aux circulaires administratives. Le climat de la rentrée ne s’en trouverait que moins pesant.

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23 juin 2009

Aucun regret

En ce 23 juin, avec le départ de Darcos, c’est la première bonne nouvelle de l’année scolaire. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y a vraisemblablement pas grand chose à attendre de son successeur, Chatel, un fidèle de Sarkozy, très ignorant des questions éducatives. Bon, je sais bien que Darcos avait la réputation d’en être un bon connaisseur et l’on a vu le résultat.

Sur le bilan de Darcos, on peut lire l’analyse de Claude Lelièvre : Darcos ne rentrera pas dans l’Histoire.

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Police partout, profs nulle part

Dans sa proposition de loi sur « la lutte contre les violences de groupes et la protection des personnes chargées d’une mission de service public », loi dont la discussion publique est prévue pour les jours qui viennent, Estrosi s’auto-congratule : « A l’exception de certains syndicats de magistrats et certains avocats (...) l’ensemble des personnes entendues par votre rapporteur se sont félicitées du dépôt de la présente proposition de loi ».  C’est un gros mensonge par omission : pour être honnête, Estrosi aurait dû préciser que, sur les quarante personnes auditionnées par ses soins, dix-sept représentent les syndicats de police, trois la préfecture de police, quatre le ministère de l’Intérieur, un le ministère de la Défense, cinq sont magistrats, deux avocats, sans oublier l’inénarrable Alain Bauer, président de l’Observatoire national de la délinquance. Quoiqu’une large partie du texte touche aux établissements scolaires et aux enseignants, on relève l’absence totale des enseignants et des représentants du monde éducatif : pour légiférer sur l’école, Estrosi n’a pas jugé nécessaire de prendre l’opinion des premiers concernés, sans doute jugés peu crédibles sur le sujet. Dans le cours de la discussion, Sandrine Mazetier, députée PS, a justement fait observer à ce sujet : « Si l’on entend véritablement « sanctuariser » les établissements scolaires, le mieux est d’associer la communauté éducative à l’élaboration des mesures tendant à prévenir les violences. »

L’Education nationale avait néanmoins délégué devant la commission deux fidèles serviteurs, en la personne du recteur de l’académie de Créteil, très en cour auprès de son ministre de tutelle mais aussi de la proviseure du lycée de Gagny. Le fait que son établissement ait été victime il y quelques semaines d’un très médiatique incident est sans doute un gage de compétence pour Estrosi. Une de ses seules interventions a consisté à souligner « l’importance des équipements anti-intrusions dont doivent pouvoir se doter les établissements », omettant quand même au passage de signaler que le lycée qu’elle dirige était déjà sous vidéo-surveillance lorsqu’une agression s’y est produite. Pour le recteur d’académie, c’est « l’absence de sanction immédiate très rapidement relâchés après leur interpellation [qui] mine l’autorité de l’école et la confiance des enseignants ». Dans la bouche de ce haut fonctionnaire de l’éducation, on n’a rien entendu qui fasse référence, même de loin, à l’éducation...

Avec un débat sur les violences scolaires phagocyté par la police, l’expertise, l’expérience et les compétences du terrain sont tenues pour quantité négligeable, ce qui permet aux intervenants de se livrer aux affabulations les plus ridicules sans risquer le démenti. Les accents dignes de Saint Jérôme éffrayé par les hordes barbares à l’assaut de l’Occident, se retrouvent dans le tableau apocalytique d’Estrosi dénonçant « les invasions d’établissements scolaires avec des armes ». Alain Bauer s’inquiète, lui, de « l’absentéisme scolaire dans le secondaire qui contribue au développement des bandes territoriales par une occupation quasi continue des territoires » (sic), manifestant par là une affligeante méconnaissance du sujet : outre que l’absentéisme reste en France, contrairement à la Grande-Bretagne par exemple, à un niveau relativement bas (2 à 3% au collège, 5 à 6% au lycée), il faut comprendre qu’avant d’être une cause de délinquance, l’absentéisme est d’abord la conséquence de l’échec scolaire. La qualification pénale du phénomène ne peut conduire qu’à son aggravation, comme le montre, justement, l’exemple de la Grande-Bretagne. Cette ignorance de la réalité quotidienne des établissements, jointe à une bonne dose de mauvaise foi, conduit à un grossier amalgame entre incivilités et délinquance : pour Estrosi « les actes d’incivilité, les insultes ne sauraient être tolérées, car d’une part elles entretiennent un climat exécrable, peu propice à l’enseignement et d’autre part le silence de l’autorité en pareil cas ne peut être perçu que comme un encouragement à la commission d’actes de violence plus graves encore. » Avec des informations prises exclusivement dans les commissariats plutôt qu’auprès des établissements scolaires, Estrosi n’est pas intellectuellement équipé pour admettre que les insultes à l’école ne sont jamais « tolérées » ni passées sous « silence » mais que les enseignants, du moins pour la majorité d’entre eux, ne sont sans doute pas disposés à considérer leurs élèves comme des délinquants en puissance ni à se considérer comme des auxilaires de police.

Pas davantage que celles qui l’ont précédée, cette nouvelle loi, de façade, de circonstance – Estrosi en attend, comme récompense, une nomination au gouvernement – n’est évidemment en mesure d’apporter une solution aux problèmes de l’école. Ce n’est pas son objectif : on devrait d’ailleurs s’intéresser de plus près à l’article 431-23 du texte en question qui prévoit une peine de trois ans de prison et de 45 000 euros d’amende pour tentative d’intrusion « si le délit est commis en réunion, c’est-à-dire par au moins deux personnes. » Les lycéens qui font le mur au cours d’une manifestation lycéenne, comme les parents d’élèves qui occupent l’école pour protester contre la fermeture d’une classe, sont évidemment concernés. Avec la loi sur les bandes, c’est en réalité la criminalisation de l’action politique et des revendications sociales qui se trouve renforcée.

[Voir aussi Journal d’école, 10/06/2009]

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20 juin 2009

Darcos enterre le socle commun

« La spécificité [du socle commun] réside dans la volonté de donner du sens à la culture scolaire fondamentale, en se plaçant du point de vue de l’élève et en construisant les ponts indispensables entre les disciplines et les programmes (...) L’école doit offrir par ailleurs à chacun les moyens de développer toutes ses facultés. Maîtriser le socle commun c’est être capable de mobiliser ses acquis dans des tâches et situations complexes, à l’école puis dans sa vie ; c’est posséder un outil indispensable pour continuer à se former tout qu long de sa vie afin de prendre part aux évolutions de la société ; c’est être en mesure de comprendre les grands défis de l’humanité, la diversité es cultures et l’universalité des droits de l’homme, la nécessité du développement et les exigences de la protection de la planète (...) »

Le socle commun de compétences et de connaissances, intégré à la loi d’orientation de 2006, ouvrait des perspectives nouvelles. Malgré quelques timides applications, en langues notamment, il n’a jamais été réellement mis en pratique et les nouveaux programmes de collège n’en tiennent aucunement compte ; pire même, le cloisonnement disciplinaire, l’amoncellement inconsidéré des connaissances sont renforcés. Restait à savoir à quoi ressemblerait le « nouveau » brevet de fin de collège : outre qu’il est repoussé à 2011 – 5 ans, donc, après le vote de la loi... – il relègue le socle aux oubliettes des occasions perdues. Le projet d’arrêté connu depuis quelques jours prévoit en effet de prendre en compte pour l’attribution du diplôme : « la maîtrise du socle commun (...), la note obtenue à l’oral d’histoire des arts ; les notes obtenues à l’examen ; les notes de contrôle continu ; la note de vie scolaire ». Autrement dit, le socle se trouve noyé dans une évaluation traditionnelle par notes et par disciplines. C’est donc un enterrement de première classe que Darcos a réservé au socle commun, avec l’appui des syndicats d’enseignants les plus conservateurs. Que le ministre ne se soit pas reconnu dans un projet affichant « la volonté de donner du sens à la culture scolaire fondamentale, en se plaçant du point de vue de l’ élève », qui s’en étonne finalement ?

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16 juin 2009

Base-élèves taclé par l'ONU

Base-élèves taclé par l’ONU : dans le relevé des conclusions et recommandations, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, alerté par le Comité national de résistance à base-élèves (CNRBE) en décembre 2008, rappelle vivement la France à l’ordre sur le fichier en question.

« S’agissant de Base Elèves 1er degré, les objectifs de cette base de données et son utilité pour le système éducatif n’étant pas clairement définis, le Comité est préoccupé par l’utilisation de cette base de données à d’autres fins telles que la détection de la délinquance et des enfants migrants  en situation irrégulière et par l’insuffisance de dispositions légales propres à prévenir son interconnexion avec les bases de données d’autres administrations. De fait il demande à la France que la collecte, le stockage et l’utilisation de données personnelles soient compatibles avec les obligations qui lui incombent en vertu de l’article 16 de la Convention (...) Enfin, le Comité est préoccupé de ce que les parents ne peuvent pas s’opposer et ne sont souvent pas informés de l’enregistrement de leur enfants et pourraient en conséquence être réticents à inscrire leurs enfants à l’école. »

De plus amples développements sur le site du CNRBE.

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10 juin 2009

Hystérie punitive

Dans « Lebrac, trois mois de prison » (Editions du Seuil), Bertrand Rothé revisite « la Guerre des boutons » et l’école d’il y a un siècle à  la lumière de la législation actuelle. Sa conclusion est sans appel : aujourd’hui, petit Gibus et ses copains seraient considérés comme des délinquants. En prison et pour longtemps : en 2009, ce sera cinq ans de prison pour un simple canif, voire un cutter dans son cartable. La proposition de loi Estrosi sur les bandes, s’est étendue, comme on pouvait s’y attendre, à l’école, avec une brutalité indigne de parlementaires responsables. 198 députés de droite se sont lâchés sans retenue sur les élèves, avec des sanctions qu’on peut qualifier de surréalistes. Qu’on en juge : un an de prison et 7500 euros d’amende pour avoir pénétré sans autorisation dans un établissement, peine portée à trois ans et 45 000 euros si l’intrusion est faite à plusieurs ; trois à cinq ans d’emprisonnement pour le vol et le racket, sept ans en cas d’extorsion(Le Monde, 10/06/2009). On n’est plus dans le domaine de l’action politique mais dans une sorte de catharsis qui voit dans la punition, toujours plus lourde, comme un tranquillisant devant cette grande peur des enfants, des élèves, qui s’est emparée d’une partie de la société et de ses élus.

Mais ces enfants, ces élèves, sont les nôtres, et l’on a beau regarder sous tous les angles la question des déviances scolaires, on n’y voit nulle raison de les considérer comme des délinquants ou comme des criminels. En aggravant toujours plus une législation qui est déjà l’une des plus répressives au monde, mais qui, parce que déconnectée de la réalité, tourne à vide, les politiciens sont lancés dans une course sans fin ; chaque nouvelle loi alourdit la qualification pénale de faits les plus bénins. Avec sept ans de prison, on n’est pas loin des peines infligées aux criminels et – l’histoire de Julien Coupat est là pour le prouver – l’on ne peut exclure, devant l’inefficacité attendue de ces mesures, que la prochaine étape fera dénoncer comme « terroriste » n’importe quel comportement atypique dans un établissement scolaire. Exagération ? Mais qui pouvait imaginer, il y a encore quelques années que six policiers serait envoyés à la maternelle arrêter un enfant de six ans soupçonné d’un vol de bicyclette ?

Que le très droitier parlementaire des Alpes-Maritimes se laisse aller à de telles extravagances propres à rassurer son non moins droitier électorat, n’est, après tout, que dans la logique d’un système qui fait de la démagogie la plus brutale le moteur de l’action politique. Mais le ministre de l’Education nationale était-il obligé, en joignant son texte sur la fouille des cartables à la proposition de loi Estrosi, de légitimer, avec cette grande trouille des élèves, ce qui est d’abord une insulte à l’éducation ? On demande en quelque sorte aux chefs d’établissement, aux personnels éducatifs de faire appliquer des mesures aux conséquences désastreuses, sans rapport avec le danger qu’elles sont censées prévenir. Non seulement, cette nouvelle loi n’assure en rien la « sanctuarisation » de l’école, mais par la méfiance généralisée qu’elle fait naître, par le regard de mépris qu’elle jette sur les élèves, par le climat de peur qu’elle entretient, elle ne peut au contraire qu’alourdir l’ambiance des établissements. Ce nouvel avatar du discours sécuritaire renforce ce qui est à l’œuvre depuis déjà quelques années : l’élève n’est plus un élève, l’école n’est plus l’école.

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09 juin 2009

Après les élections

« Triomphe de Sarkozy...vague bleue...séisme politique », ce sont quelques-unes des formules qu’on a pu lire et entendre un peu partout dans la presse – en particulier dans le grand quotidien de révérence (non, il n’y a pas de faute de frappe) après les Européennes. Les savants commentateurs ont juste omis de signaler aux lecteurs que seul un électeur sur dix avait voté pour le parti présidentiel et que, d’une certaine façon, les élections de dimanche peuvent être considérées pour lui comme un désaveu massif. Un aveuglement qui conduit même les partis politiques qu’on n’ose plus appeler « d’opposition » à s’interdire toute forme d’ « antisarkozysme », autrement dit de critiquer. Un président qui ne se déplace jamais autrement qu’entouré de bataillons de policiers, qui a des amis partout dans les médias, qui nomme directement les responsables de l’audiovisuel public, qui poursuit de simples citoyens devant les tribunaux mais qui prétend aussi délégitimer toute forme de contestation politique. La démocratie est bien mal en point.

Quel rapport avec l’école, dira-t-on ? Puisque Sarkozy, avec ce mélange de vanité et de naïveté qui le caractérise, croit pouvoir affirmer que « les Français - enfin, le Français sur dix - ont manifesté leur soutien à sa politique », on peut redouter par exemple de voir dans les jours qui viennent Darcos conforté à l’Education nationale, alors que depuis le retour du printemps, on commençait, dans les écoles, à rêver de jours meilleurs. Darcos, sans doute le plus zélé des sarkozyens, qui mieux qu’un autre, aura adapté aux questions éducatives les méthodes de son maître, à base de mensonge, d’annonces médiatiques, d’entêtement brutal et de mépris du débat.

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07 juin 2009

Darcos et de Villiers ouvrent un pensionnat de Chavagnes en Vendée

Le 18 mai dernier, le recteur de l’académie de Nantes a chargé l’inspecteur d’académie de la Sarthe d’élaborer un projet de « collège novateur de référence nationale » à Montaigu (Vendée). L’idée de ce collège avait été suggérée par de Villiers, président du Conseil général de Vendée, à Darcos en février 2008. A cette époque, Gabriel Cohn-Bendit avait de son côté soumis au ministre des propositions en faveur de collèges expérimentaux ; plusieurs centaines d’enseignants s’étaient portés volontaires. Entre le militant éducatif, fondateur du lycée expérimental de Saint-Nazaire et l’inquiétant dirigeant du Mouvement pour la France, Darcos a fait son choix. Selon la lettre de mission confiée à l’inspecteur d’académie de la Sarthe, il s’agirait, avec le collège de Villiers, d’ « un concept unique fondé sur une triple novation » : tutorat avec des enseignants présents toute la journée, un internat de 600 élèves, des programmes centrés sur les « humanités classiques » avec grec et latin et « un engagement social personnel » prenant la forme du’une demi-journée par semaine de travail obligatoire à l’extérieur de l’établissement.

Cette annonce appelle un certain nombre d’observations touchant au financement d’une telle structure comme à son pilotage éducatif. Dans un contexte de réductions drastiques de postes, notamment en collège, avec des établissements en voie de paupérisation, on constate que des moyens considérables, en particulier avec une surdotation en personnels, ne manqueront pas pour un projet surdimensionné par rapport aux besoins réels d’un département comme la Vendée. Les enseignants qui, d’ordinaire, ont l’habitude de travailler sur un coin de table dans la salle des profs apprécieront de voir leurs heureux collègues disposer chacun d’un bureau individuel, initiative qui permettrait à l’administration de disposer en permanence des profs et qui pourrait être généralisée. La lettre de mission n’en fait d’ailleurs pas mystère : « Bien entendu, un tel mode de fonctionnement permettant une présence continue des enseignants pourra être étendu à d’autres collèges de Vendée, de l’académie, voire d’autres régions, si l’expérimentation démontre ici sa pertinence. » Enfin, alors que la responsabilité des conseils généraux en matière éducative se limite pour l’essentiel au financement des locaux, on peut s’étonner de voir l’Education nationale confier à des autorités locales l’lélaboration d’un projet pédagogique qui dépasse très largement leurs compétences et qui, en outre, aurait « vocation à valoir d’exemple au niveau national ».

On imagine bien évidemment que ce collège « avec des règles fortes et stables » devrait s’inspirer des conceptions éducatives de son initiateur. De Villiers n’a jamais fait mystère de sa détestation d’un système éducatif « kidnappé par les syndicats » (Université d’été du MPF, Guidel, 10/09/2006) ni de sa volonté de fonder l’école sur les bases les plus traditionnelles et les plus autoritaires. Son projet éducatif pour les présidentielles de 2007 prévoyait la suppression des IUFM – une idée que Darcos lui a volée – la suppression de la carte scolaire – on y arrive également – et du collège unique, un stage obligatoire d’un mois à l’usine ou chez un artisan pour les collégiens et l’instauration de l’uniforme scolaire. Mais c’est surtout l’obsession identitaire du candidat qui devrait imprégner toute l’éducation avec, chaque matin, un quart d’heure de culture française et le drapeau tricolore flottant sur toutes les cours de récréation.

L’ouverture de ce collège est prévue pour la rentrée 2012 et, compte tenu des aléas du calendrier politique, on peut douter de la concrétisation de l’entreprise. Comme pour les portails de sécurité et la fouille des cartables, c’est l’effet d’annonce qui compte. Néanmoins, ce rêve d’un collège traditionaliste reste comme un symbole fort de l’ère Darcos qui devrait se terminer dans quelques jours : que le retour en arrière voulu et assumé par le ministre conduise l’Education nationale à s’acoquiner avec l’un des individus les moins recommandables de la classe politique n’est pas le fait du hasard mais résulte d’une connivence idéologique forte que les partisans des « bonnes vieilles méthodes » devront assumer.

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06 juin 2009

Le temps des mauvais coups

Erwan Redon, professeur des écoles à Marseille, est convoqué le 7 juillet devant une commission disciplinaire des l’Inspection académique des Bouches-du-Rhône. Il risque d’être licencié de l’EN. Alain Refalo lance un appel pour le défendre.

« (...) J’en appelle à tous les enseignants de France, à tous les syndicats, aux fédérations de parents d’élèves, à tous les citoyens et les élus qui ne peuvent plus supporter qu’un enseignant soit révoqué pour ses idées et ses pratiques pédagogiques. Rien ne serait plus tragique, dans ce pays où l’on criminalise l’esprit de résistance, que l’un de ses enseignants soit licencié pour avoir incarné l’audace d’une résistance éthique qui porte l’espérance d’un à-venir prometteur. Nous avons un devoir de solidarité et de résistance pour sauver le soldat Redon. Notre mobilisation doit être exemplaire, massive, déterminée (...) »

A lire dans son intégralité sur le site de Résistance pédagogique.

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01 juin 2009

Ecoliers interpellés : ce n'est qu'un début

On y arrive et sans doute plus vite que prévu. Les réactions officielles à la convocation d’un enfant de 8 ans à la gendarmerie de Courdimanche (Val d’Oise) après une bagarre sur la cour de récréation montrent qu’il ne s’agit pas là d’initiatives isolées de fonctionnaires trop zélés mais bien de l’application d’une politique voulue et définie en toute connaissance de cause. Déjà, après l’interpellation de deux enfants de 6 et 10 ans, il y a quelques jours à Floirac, le directeur départemental de la sécurité publique de Bordeaux se justifiait en affirmant  avoir agi « conformément aux lois de la république ». Dans le cas présent, un ministre, Besson, déclare que cette affaire « ne le choquait pas » - il est vrai qu’on se demande ce qui peut bien choquer un ministre de l’immigration et de l’identité nationale – et que les gendarmes avaient fait ici « de la prévention ».

Que le ridicule devienne légal illustre une dérive sécuritaire dont les jeunes font les frais depuis longtemps et qui n’épargne plus même les enfants en bas âge. Le lien avec le battage sécuritaire du gouvernement est évident : que, face à n’importe quel incident survenu à l’école, même le plus bénin, des parents aient d’abord le réflexe de porter plainte, montre la terrible efficacité d’une idéologie qui fait de tout enfant un délinquant en puissance. Le climat entretenu autour de l’école ces dernières semaines, l’amalgame entre des faits divers que rien n’autorise à rapprocher, comme, par exemple, une simple dispute sur une cour de récréation et une fusillade meurtrière dans un établissement allemand, les contrevérités martelées sur la présence des armes à l’école, la rhétorique sur la « sanctuarisation » des écoles, tous ces éléments, repris et développés sans recul par une large partie des médias, sont en train de gangréner les questions éducatives.

On n’a sans doute pas pris toute la mesure de la présence, jeudi dernier, des recteurs et inspecteurs d’académie à la conférence de presse de Sarkozy, qui ressemblait bien davantage à un meeting électoral de l’UMP qu’à une réunion de travail sur les violences à l’école. La confusion cultivée presque rageusement par le président entre les délinquants, les criminels, les dealers, les violeurs et les élèves, est indécente, indigne d’un responsable politique qui, il est vrai, fait de la stigmatisation son arme favorite et de la peur un instrument de gouvernement. Si les chefs d’établissement et les enseignants, ont très majoritairement fait entendre leur réprobation par la voix de leurs organisations représentatives, les recteurs et inspecteurs d’académie se sont tus. S’agit-il de l’expression du devoir de réserve exigé de la haute administration ? En tout état de cause, il faut comprendre qu’avec un chef d’état qui, obstinément, met le service public au service de sa propre personne, le débat a changé de nature : après la police, après la justice, après l’audiovisuel public, à des degrés divers sous la coupe de Sarkozy, les fonctionnaires de l’Education nationale devront se positionner rapidement sur leur indépendance à l’égard du pouvoir politique et sur l’idée qu’ils se font du service public d’éducation. Ce sera même un enjeu majeur pour la période qui vient.

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28 mai 2009

Voyou

Avec la conférence de presse de Sarkozy, on se serait cru ramené sept ans en arrière, lorsqu’un sous-politicien dévoré d’ambition jouait sa carrière personnelle contre les quartiers, les jeunes, les immigrés, bref, s’évertuait à dresser toute une partie de la société contre l’autre. Le problème est qu’aujourd’hui, ce sous-politicien est devenu chef de l’état et qu’il a mis à son service toutes les institutions de la république. Il y a quelque chose d’effarant de voir le spectale de ce type, arrivé aux plus hautes fonctions, transpirant la haine, amalgamer dans une même dénonciation – les « voyous » - les jeunes des cités, les criminels, les cambrioleurs, les violeurs et les assassins, les terroristes...et les élèves, nos élèves, une fois de plus le jouet de sordides calculs politiciens. Au milieu d’un parterre de gendarmes et de policiers, le corps des inspecteurs d’académie, écoutant imperturbablement les propos délirants du chef. S’il leur restait un minimum d’honneur, ils auraient dû quitter la salle pour montrer leur désaccord devant ce qui restera un déni d’éducation, cette identification scandaleuse entre délinquance et déviances scolaires. Mais, fonctionnaires soumis, prêts à toutes les compromissions pour sauvegarder leurs prébendes, ils ont préféré courber l’échine, déshonorant leur fonction. A ma connaissance, Hirsch et Amara non plus n'ont pas réagi.

La confusion obstinément entretenue entre policiers et enseignants risque de se payer cher, par une méfiance accrue des élèves pour l’institution et fatalement, un surcroît de violence. Mais l’aveuglement sur ce problème est tel qu’il se trouvera encore dans sept ans de bons esprits pour affirmer qu’il est plus que temps de sanctuariser l’école.

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27 mai 2009

La violence sert à tout, à condition de savoir s'en servir

Pour qui s’intéresse aux questions éducatives, une inquiétude domine aujourd’hui : celle que fait naître le projet de réforme sur la formation des enseignants. Au-delà des considérations techniques sur la masterisation, c’est bien l’avenir de l’Ecole qui est en jeu. Malgré une opposition massive de la profession aux projets gouvernementaux qui prévoient la disparition, avec les IUFM, de toute approche professionnelle du métier, Darcos  a déjà rédigé des décrets qui signifient tout bonnement que dans les années à venir, les enseignants mis au contact des élèves ne connaîtront rigoureusement rien au métier qu’ils sont censés exercer. Cette tentative de coup de force aurait de quoi faire naître une légitime inquiétude à condition que l’opinion publique en ait connaissance : mais depuis plusieurs semaines, quelques faits divers grossièrement montés en épingle ont donné à Darcos l’occasion, en amusant la galerie avec les portails de sécurité ou la fouille des cartables, de détourner l’attention d’enjeux autrement plus cruciaux pour l’avenir, tout en dissimulant un bilan dénoncé comme calamiteux par une large partie de la profession.

Les mesures annoncées aujourd’hui – des portails de détection « au cas par cas », la fouille des cartables, la création d’ « une force mobile d’agents assermentés, recrutés et formés » sont aussi démagogiques qu’inefficaces et contreproductives : en infligeant aux élèves des pratiques humiliantes, on développe inévitablement chez eux un sentiment de défiance, d’hostilité, qui risque fort de se manifester par un surcroît de violence contre l’institution. Darcos, en refusant, par dogmatisme, toute réflexion sur la formation des enseignants, sur la pédagogie, sur les relations enseignants-élèves, toutes choses constitutives de ce qu’on peut appeler un climat d’établissement, non seulement ne règle rien mais prépare les violences de demain. Eric Debarbieux, dans un entretien aux Cahiers pédagogiques, parle de la nécessité « de ne pas s’enferrer dans des « solutions » idéologiques. A tout problème complexe, il y a une solution simple : la mauvaise ». Eric Debarbieux, professeur en Sciences de l’éducation, président de l’Observatoire international de la Violence à l’Ecole, est un parfait connaisseur des questions de violences scolaires, un spécialiste, donc. Mais pourquoi Darcos s’encombrerait-il de l’avis de spécialistes, d’enquêtes et d’expertises, là où l’appel aux fausses évidences, au gros bon sens font parfaitement affaire ? Pourquoi perdre son temps à discuter avec les professionnels, superbement méprisés, là où un sondage d’opinion vous dispense d’avoir à réfléchir ? Une enquête d’Opinion way montrerait un large soutien des Français aux mesures ministérielles, soutien que l’on ne retrouve pourtant pas sur le terrain. Le ministère de l’Education nationale est un bon client d’Opinion way, qui le remercie d’ailleurs de sa sollicitude par des enquêtes dont les conclusions font tellement plaisir au commanditaire...

D’une certaine manière, ce type de décisions bâclées prises sans concertation, à la hâte, dans un contexte électoral, nous ramène à l’hiver 2007-2008, avec le grand bond en arrière imposé unilatéralement par Darcos à l’école primaire. Que comptaient l’opinion des enseignants, des pédagogues, des chercheurs, des spécialistes des rythmes scolaires, et finalement, l’intérêt des élèves, face aux préoccupations électorales de l’heure et à la volonté d’un ministre d’apparaître comme le plus sarkozyen des ministres ? Aujourd’hui, avec la perspective d’un prochain remaniement gouvernemental, il convient avant tout de donner des gages au président de la république. Ce nouveau plan, qui fait de tout élève un délinquant potentiel,  suffira amplement à assurer à Darcos une promotion ministérielle. L’école et les questions éducatives ne sont plus considérées pour elles-mêmes mais comme une simple variante d’ajustement de considérations politiciennes.

Pourtant, dans le passé, un certain nombre d’hommes politiques en charge de l’éducation ont laissé leur nom dans l’histoire : par exemple Jules Ferry, instituant en 1881-1882 l’instruction gratuite, obligatoire et laïque, Edouard Herriot, introduisant en 1927 la gratuité de l’enseignement secondaire, Jean Zay, ministre du Front Populaire, prolongeant à 14 ans l’obligation scolaire ou encore Jean Berthoin, en 1959 la repoussant à 16 ans. Darcos, lui, restera comme le ministre qui aura sabordé la formation professionnelle des enseignants et autorisé la fouille des cartables.

Si les portiques de détection devaient voir le jour, l’Isère serait le premier département à les expérimenter. Tout simplement parce que Vallini, président du conseil général et député PS, trouve l’idée excellente : "Je suis disposé à proposer en Isère au conseil d'administration des collèges qu'on installe des portiques de sécurité. Cela ne me choque pas". Avec une opposition de cette envergure, on en a encore pour vingt ans de sarkozysme.

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22 mai 2009

L'ère du soupçon

Contraint et forcé par l’agitation médiatique, Darcos a cru bon prendre ses distances avec l’affaire de Floirac. Dans un communiqué, il affirme s’interroger « sur les circonstances de l'interpellation de deux enfants de six et dix ans soupçonnés de vols de vélo » à proximité de leur école. Pourtant, il faut bien comprendre que l’interpellation des deux enfants n’est pas une simple bavure policière, ne résulte pas d’une initiative malheureuse de quelques fonctionnaires trop zélés. Elle s’inscrit dans une politique cohérente, intentionnellement conduite depuis plusieurs années et dont les dernières propositions sur la création d’une police des écoles ou la fouille des élèves apparaissent comme un nouvel avatar. Lorsque les policiers arrêtent un enfant de 6 ans simplement soupçonné de vol, ils ne font que suivre les recommandations du rapport Bénisti, vieux déjà de quatre ans, qui préconisait de pister la délinquance dès la maternelle.  A rappeler, également, les descentes de gendarmes dans les collèges, où, sous couvert de lutte anti-drogue,  de tout jeunes élèves sont plaqués au mur comme des délinquants et surtout considérés comme tels. Ce qui est en cause, au-delà de la scabreuse interpellation de Floirac, c’est, à travers le thème tellement rebattu de la tolérance zéro, la criminalisation non seulement de la moindre déviance mais aussi des comportements quels qu’ils soient. Qu’attendre de la proposition de Darcos d’autoriser les enseignants à fouiller les élèves, ou d’attribuer aux chefs d’établissement des prérogatives de police judiciaire, sinon un surcroît de méfiance, de suspicion, incompatible avec les objectifs de l’éducation ? Le temps de l’éducation est un temps long qui demande de longues années et de patients efforts avant de porter des fruits. En confondant les fonctions policières et les fonctions éducatives, l’école rentre de plain-pied dans l’ère du soupçon. Les conséquences ne se feront pas attendre.

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21 mai 2009

Un avant-goût de la "police des écoles" chère à Darcos

Ridicule, mais pas seulement : l’interpellation de deux enfants de six et dix ans mardi à Floirac montre aussi les dérives d’une politique sécuritaire dont les policiers sont les zélés artisans (Sud Ouest, 21/05/2009). Il a fallu pas moins de six courageux fonctionnaires de police venus dans deux véhicules pour arrêter à la sortie de l’école deux garçons soupçonnés d’avoir dérobé une bicyclette. Les enfants ont été relâchés après un interrogatoire de deux heures au commissariat.

L’affaire a grimpé d’un cran dans le pathétique avec l’intervention du directeur départemental de la sécurité publique de Bordeaux, soutenant le haut fait d’armes de ses hommes, en conformité – affirme-t-il le plus sérieusement du monde - avec « les lois de la république ». Une république qui, au passage, s’accomode bien de la dépénalisation du droit des affaires projetée par le gouvernement mais juge prioritaire de monter, toutes affaires cessantes, une opération policière à la sortie de l’école. Alors que le taux d’élucidation des affaires les plus graves est notoirement bas, c’est d’abord la politique du chiffre imposée  par Sarkozy qui pousse les forces de l’ordre à se rabattre sur le tout venant de la vie quotidienne, à multiplier les motifs d’intervention (cf l’inénarrable délit d’outrage) quitte à sombrer dans le grotesque comme ce fut le cas mardi à Floirac.

En dehors de faire progresser ce fameux taux d’élucidation des affaires, l’interpellation de deux enfants aussi jeunes, dont l’un est élève en maternelle, rentre dans une réthorique beaucoup plus large de stigmatisation des enfants. Le prochain projet de loi sur la justice des mineurs, même si Dati a dû reculer sur la prison à 12 ans, punira encore davantage. La justice des enfants devrait d’ailleurs disparaître, remplacée par une justice des mineurs, un changement d’appellation qui n’est pas anodin : pour la justice comme pour la police, il n’y a plus d’enfants, seulement des mineurs face auxquels la compréhension , encore moins la compassion n’ont plus leur place.

Hasard du calendrier ? La dernière prise de position de Darcos, aujourd’hui même, en faveur d’une « police des écoles » s’inscrit dans ce climat délétère, obstinément entretenu, parce qu’on en attend des gains électoraux, qui vise à faire peur avec les enfants. Alors que de drastiques suppressions de postes vont toucher l’Education nationale pour la troisième rentrée consécutive, et que, surtout, la formation des enseignants risque tout simplement de disparaître, les crédits ne manquent pas pour la création d’un nouveau corps « de personnes formées et assermentées, placées auprès des recteurs, susceptibles de se rendre dans les établissements rapidement, pouvant constater des délits, confisquer des armes, opérer des fouilles si nécessaire» (Libé, 21/05/2009)

L’arrestation de deux enfants de 6 et 10 ans à la sortie de l’école n’est pas qu’une simple pantalonnade. Elle s’inscrit dans une politique délibérément conduite où la lutte affichée contre la délinquance est le prétexte d’une surveillance policière de plus en plus étroite sur la société. Pour revenir à nos deux enfants, le plus grand ne veut plus aller à l’école, le plus petit n’arrivait plus à desserrer les mâchoires. Merveilleuse leçon d’éducation civique, n’est-ce pas ?

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17 mai 2009

"Sanctuarisation" : un discours qui tourne à vide

Que faut-il pour qu’un ministre de l’Education nationale en perdition retrouve une place de choix dans les médias ? Réponse : l’agression d’une enseignante surtout lorsque l’agresseur est très jeune, ce qui est le cas au collège de Fenouillet. Comme à l’accoutumée, le ministre et plus généralement le gouvernement semblent vouloir tirer parti d’un incident qui, à bien y regarder, devrait plutôt tourner à leur confusion. Le 10 mars dernier, suite à l’intrusion d’une bande au lycée de Gagny, le ministre de l’Education nationale, flanqué de sa collègue de l’Intérieur, avait présenté sa solution miracle : la vidéo-surveillance, omettant au passage de signaler que le lycée de Gagny était déjà équipé de caméras. 222 établissements – pas un de plus – ont ainsi été sélectionnés pour être « sanctuarisés », à l’abri des intrusions. Pas de chance pour le lobby de la vidéo-surveillance : à Fenouillet, comme dans la plupart des établissements, la violence est d’origine endogène et les caméras n’y seraient donc d’aucune utilité. Avec les portiques de détection de métaux, Darcos a trouvé une nouvelle lubie à défaut d’un moyen crédible pour ramener la paix dans les établissements. Mais aussi, d’ailleurs sur les voies qui y conduisent : après l’agression d’un lycéen mercredi dernier à la descente de bus, on est tout surpris de n’avoir pas entendu Darcos affirmer qu’on allait sanctuariser les arrêts de bus.

Face à la violence, dans les établissements scolaires comme dans la société, le discours sécuritaire du gouvernement tourne à vide. Pour y faire face, il faudrait d’abord avoir le courage de reconnaître que les agressions comme celle de Fenouillet, d’ailleurs rarissimes, résultent plus d’un coup de tête, d’un geste de folie contre lesquels les caméras ou les portiques ne pourront jamais rien. Le courage, aussi, pour un procureur, de se défaire de ses habitudes de soumission au gouvernement en n’emprisonnant pas un enfant de 13 ans jeté en pâture à l’opinion publique. Un enfant qui, jusqu’à plus ample informé, reste un pauvre gosse plutôt qu’un délinquant.

La violence scolaire est-elle en augmentation ? On ne sait au juste, les chiffres en la matière étant sujets à caution. Ce dont on est sûr, par contre, c’est que le climat à l’intérieur des établissements, s’est considérablement dégradé au cours de ces dernières années. Il faut une certaine indécence pour laisser entendre que la vidéo-surveillance, les portiques de détection ou les policiers référents seraient susceptibles de remplacer les emplois supprimés dans le secteur éducatif : si l’on ajoute aux restrictions budgétaires des deux dernières rentrées la suppression des emplois-jeunes, qui malgré leurs limites, apportaient une présence et une compétence reconnues, ce sont des dizaines de milliers d’adultes qui ont disparu des établissements ces dernières années.

C’est probablement en collège que cette dégradation est la plus sensible et la libéralisation de la carte scolaire, en favorisant l’émergence de nouveaux ghettos, n’a sûrement pas fini de faire sentir ses effets. Plus fondamentalement, le collège unique semble aujourd’hui à bout de souffle, victime du conservatisme des politiques scolaires menées par les derniers ministres qui en ont la charge : programmes et pédagogie obsolètes, rythmes et calendrier scolaires incohérents, locaux inadaptés, rigidité et autoritarisme des règles disciplinaires débouchant finalement sur les plus grands désordres, autant d’éléments qui expliquent bien davantage que le supposé laxisme de l’institution ou la démission des parents, le climat lourd, pesant, face auquel les rodomontades gouvernementales sur la sanctuarisation de l’école paraissent déconnectées de la réalité.

On ne compte plus les dispositifs de lutte contre la violence à l’école – une bonne dizaine pour les quinze dernières années – dont aucun ne semble avoir dépassé le stade de la gesticulation médiatique. Il y a bientôt sept ans, le ministre délégué à l’enseignement scolaire ne craignait pas d’affirmer : «  Mon credo est de faire changer les mentalités. L’objectif est de faire baisser la violence de moitié en cinq ans. Je veux lever le tabou de la violence scolaire, prendre l’opinion à témoin et montrer ce qui a lieu réellement dans nos écoles » (entretien au Parisien, 22/11/2002). Le ministre en question s’appelait Xavier Darcos. Sans doute un homonyme de l’actuel ministre de l’Education nationale...

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13 mai 2009

Vieux cons

Plus de la moitié des Français (51%) affirment avoir une image négative des jeunes. 70% les considèrent comme individualistes, 59% comme intolérants. C’est un sondage Audirep pour l’AFEV. Pas difficile de voir là les résultats du dénigrement permanent, de la stigmatisation organisée patiemment par les médias et les politiciens. Une société de vieux qui n’ont jamais connu (ou très peu) le chômage, qui ont eu le loisir de prendre leur retraite à 55 ans, sans se demander qui la paye, une société que la misère et l’injustice à l’œuvre sur la planète n’empêchent pas de dormir,  une société pour qui la solidarité se ramène à donner quelques pièces jaunes de temps en temps, cette société, donc, se permet de juger une classe d’âge à laquelle elle n’assure aucun avenir : les contrats précaires, le chômage, les déficits publics abyssaux qu’il faudra pourtant bien combler un jour - mais pas tout de suite pour ne pas contrarier l’électeur -  l’incertitude sur le financement des retraites futures, un délabrement environnemental qu’on n’a jamais connu dans l’histoire de l’humanité, voilà ce que les braves gens laissent derrière eux. En toute bonne conscience, sans doute, celle des braves gens qui n’ont jamais rien à se reprocher.

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12 mai 2009

Solidarité professionnelle mal placée

« Qu’est ce que ce discours de la part de certains profs consistant à dire qu’on n’est pas délinquant, qu’on ne relève pas de la justice quand on commet des violences comme enseignant ? La justice ne serait-elle que réservée aux jeunes, de banlieues et/ou de couleur et pas aux français fonctionnaires bien de chez nous. Les cyclistes qui se dopent ne sont pas des délinquants, les instits qui frappent ou menacent ne sont pas des délinquants !  Ce discours  est plus qu’affligeant ; il est irresponsable. Et ces mêmes enseignants revendiquent des démarches citoyennes et d’éduquer civiquement nos enfants ? »

Sur son blog, Jean-Pierre Rosenczveig s’indigne de la réaction d’un certain nombre d’enseignants après la condamnation d’un instit qui avait menacé un élève de CM1 de lui couper le zizi avec un cutter. Cela se passait en septembre 2008 en Côte d’Or et l’enseignant en question vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Dijon à 500 euros d’amende avec sursis. Saine indignation car ce qui fait problème, une fois de plus en ce genre d’affaires, au-delà de la condamnation par elle-même, c’est cette lourde complicité - qui va bien au-delà du corporatisme – qui se manifeste à chaque fois qu’un enseignant se rend coupable de violence sur un élève. Exiger la tolérance zéro lorsque les élèves sont en cause mais trouver des excuses au comportement des adultes quoiqu’ils fassent, parce que ce sont des adultes. Beau sujet d’instruction morale et civique, comme dirait Darcos.

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10 mai 2009

La Résistance est-elle soluble dans le concours du même nom ?

La remise des prix aux lauréats du concours de la Résistance, ce 8 mai comme les précédents, c’est toujours la grande manip. Voir les élèves encadrés par les anciens combattants des guerres coloniales, au milieu des drapeaux et des fanfares militaires laisse toujours une impression de malaise. Que viennent faire au juste les Anciens d’Algérie dans la commémoration d’un événement – la fin du nazisme – auquel ils n’ont pas participé, sinon la récupérer à leur profit ? Tous les combats ne se valent pas : assimiler dans une même mémoire la désobéissance au nazisme et, par exemple, les massacres de Sétif, relève de la supercherie.

Cette année, les collégiens qui participaient au concours, travaillaient sur « Les enfants et adolescents dans le système concentrationnaire nazi. » Il ne s’agit certes pas de tomber dans l’amalgame mais force est de constater que les organisateurs de la mémoire collective sont pour la plupart bien silencieux – quand ils ne sont pas complices – de l’enfermement brutal de centaines d’enfants sans-papier dans les centres de rétention. L’inhumanité n’a pas disparu de la surface de la Terre, comme ça, miraculeusement, le 8 mai 1945. Elle n’a pas cessé son œuvre depuis et si la commémoration de la fin du nazisme doit avoir un sens pour les jeunes, c’est en leur faisant comprendre que les régimes brutaux et inhumains, ceux du passé comme ceux d’aujourd’hui, ne sont possibles que lorsque les citoyens abdiquent leur volonté personnelle et se réfugient dans l’obéissance aux ordres, même quand ceux-ci se dissimulent derrière la légalité. C’est le genre de messages que les lauréats du concours de la Résistance n’ont pas dû entendre, ce 8 mai, sur le front des troupes.

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