Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

11 mai 2008

Histoire de l'esclavage : Sarkozy use et abuse de l'école

A la veille du long week-end de la Pentecôte, le moment pour une telle annonce était bien choisi : à partir de la rentrée prochaine, l’histoire de l’esclavage serait enseignée à l’école primaire. Ainsi en a décidé Sarkozy. Moment bien choisi, donc, parce qu’il ne s’est pas trouvé grand monde, en particulier dans la presse, pour faire observer qu’une fois de plus, Sarkozy manipulait son monde. A la suite du Nouvel Obs, claironnant la nouvelle avec un tonitruant : « Sarkozy fait entrer à l’école primaire l’histoire de l’esclavage », les journaux, les télés, les radios ont relayé sans aucun recul, sans distanciation, ce qui n’est finalement qu’un gros mensonge présidentiel. Car l’histoire de l’esclavage, la traite des Noirs font partie des programmes officiels de 2002, au titre des « points forts » du cycle 3, ainsi libellés : « le temps des découvertes, la planète désormais accessible, mais l’apparition d’une nouvelle forme d’esclavage » (Programmes de l’école primaire, Bulletin officiel de l’Education nationale, 14 février 2002, p.79). On n’a donc pas attendu Sarkozy pour sensibiliser les élèves – pas seulement en primaire, mais également en collège et en lycée – à la question de l’esclavage.

On pourrait se réjouir, ou sourire de ce revirement soudain d’un président, qui, jusque là, à propos de la colonisation ou de l’esclavage, n’avait pas de mots assez forts pour dénoncer « l’esprit de repentance », la « détestation de la France » ou la « haine de soi », s’il ne s’agissait d’une nouvelle manifestation intempestive dans un domaine – l’enseignement de l’histoire – où l’ignorance mais aussi les arrière-pensées de Sarkozy n’en finissent plus de faire problème. Avec la lettre de Guy Môquet ou la mémoire des enfants de la Shoah, il prétendait pallier la méconnaissance supposée des élèves à propos d’un épisode du passé qu’ils connaissent pourtant mieux que beaucoup d’adultes, mais aussi récupérer à son profit la résistance au nazisme, au demeurant très édulcorée, nationalisée, comme on vient encore de le voir avec le discours présidentiel du 8 mai sur les plages du Débarquement, où l’on a pu entendre Sarkozy affirmer avec aplomb que Vichy et la collaboration n’étaient pas « la vraie France ». Quoique le chef de l’état fût mis en difficulté sur ces deux initiatives, les réactions d’historiens et d’enseignants l’obligeant à reculer, il cherche à renouveler avec l’enseignement de l’esclavage à l’école une opération médiatique destinée assez manifestement à redorer dans une partie de l’opinion une image ternie par une politique d’immigration particulièrement brutale. Un président si soucieux d’ouvrir l’école à la vérité historique ne peut pas être un mauvais homme...L’ennui, comme on l’a vu, c’est que, sur ce sujet comme sur le nazisme, les écoliers en savent déjà bien davantage qu’il ne le prétend. Et ce n’est pas grâce à lui.

Cette annonce d’une fausse bonne nouvelle est aussi à mettre en relation avec cette façon bien particulière qu’a Sarkozy, en parfaite symbiose d’ailleurs avec son ministre Darcos, de traiter des questions éducatives. Non seulement les enseignants, les professionnels de l’éducation ne sont pas consultés sur les questions qui les concernent  au premier chef – dans le cas présent, les contenus de l’enseignement – mais ils apprennent les nouvelles par la presse, en écoutant la radio ou en regardant la télé. Manifestation supplémentaire, s’il en est encore besoin, du mépris dans lequel on les tient. Surtout, ce qui importe aux décideurs n’est plus l’annonce en elle-même, mais l’effet d’annonce. Dans le cas présent, il ne s’agit nullement de combler les lacunes du système éducatif mais de faire parler de soi l’espace d’un week-end, avant que des voies dissonantes ne se fassent entendre. En matière éducative, la proclamation officielle d’une décision, surtout à connotation symbolique, sa présentation impérative, péremptoire, souvent théâtrale, qui récuse par avance toute critique – mais qui dispense également, les journalistes du nécessaire travail de vérification – dissimule mal que son objet est tout autre que celui auquel elle prétend s’attacher : lorsque le ministre de l’Education nationale rétablit des « leçons de morale » dans les écoles, cela signifie en quelque sorte que l’école était devenue immorale et que c’est un peu grâce à lui que la morale reprendra sa place. Grâce au vouvoiement imposé aux enfants de CP, la société retrouvera comme par miracle les repères qui lui font cruellement défaut. Et de la Marseillaise obligatoire jaillira sans nul doute le civisme et le goût du vivre ensemble. L’école n’est plus considérée pour elle-même mais est devenue quasi exclusivement, du moins chez les politiciens, l’objet d’un discours, dont on attend égoïstement des retombées dans les sondages d’opinion. Il en va de même pour l’enseignement de l’esclavage à l’école primaire : malgré les tentatives précédentes avortées avec Guy Môquet et la Shoah comme support des ambitions présidentielles, Sarkozy tente une nouvelle opération publicitaire. Débat éducatif détourné, école manipulée : s’ils s’avèrent incapables d’en parler honnêtement, peut-être faut-il alors que les politiciens se taisent sur l’école. Elle ne s’en portera que mieux.

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09 mai 2008

Les rafles et les camps d'Hortefeux sont-ils solubles dans le concours de la résistance ?

Comme tous les ans à pareille époque, c’est au cours d’une cérémonie militaire, encadrés par les Anciens d’Algérie, que les collégiens et lycéens lauréats du concours de la Résistance ont reçu leur prix. Et comme tous les ans à pareille époque, c’est surtout l’occasion d’une récupération éhontée des Droits de l’homme par des gens qui, le reste du temps, les maltraitent et les bafouent allégrement. Ainsi, dans cette ville de l’Ouest de la France (Ouest France, 09/05/2008), entend-on un préfet évoquer, la larme à l’œil, « la conscience morale » de tous ceux qui, pendant la seconde guerre mondiale, avaient apporté leur aide « aux personnes persécutées et pourchassées en France », puisque c’était cette année le thème du concours. Aux yeux des lycéens et collégiens présents, le discours du représentant de l’Etat aurait sans doute eu davantage de poids si la politique d’immigration menée aujourd’hui en France n’en venait ternir les mots. Les rafles et les camps du ministre de l’immigration et de l’identité nationale sont-ils solubles dans le concours de la résistance ? S’il ne s’agit évidemment pas de mettre en parallèle l’extermination des Juifs et la question des sans-papiers, force est de constater que les mesures développées ces dernières années contre les étrangers, tout spécialement dans les préfectures, sont assez éloignées des principes « d’humanité et de dignité » dont le préfet fait l’éloge devant les jeunes. Des jeunes dont plusieurs ont eu l’occasion de voir leurs camarades sans-papiers « persécutés et pourchassés » jusqu’à l’intérieur des établissements scolaires. Et dans la France d’aujourd’hui, effectivement, apporter son aide « aux personnes persécutées et pourchassées » est devenu un délit. Cette cérémonie officielle de remise des prix, à forte connotation militaire, apparaît à bien des égards comme une basse récupération du souvenir de la Résistance par des autorités qui voient là, opportunément, un moyen de détourner l’attention d’une politique d’immigration brutale et inhumaine.  Et peut-être même de la légitimer ? Car comment des institutions qui organisent le souvenir de la Résistance pourraient-elles être soupçonnées par nos élèves d’agissements et de comportements qu’il faut bien qualifier de racistes ?

Au demeurant, en confiant la co-organisation du concours de la Résistance aux mouvements d’anciens combattants, l’Education nationale a fait un choix douteux : comment justifier l’omniprésence, à toutes les étapes du concours, des combattants des guerres coloniales ? S’agit-il vraiment de commémorer la résistance au nazisme, à laquelle ils n’ont pourtant jamais participé, ou d’occulter par exemple les massacres commis par eux ce même 8 mai 1945 du côté de Sétif ? Quel sens peut avoir la mémoire du passé s’il ne permet pas d’éviter la répétition de ses dérèglements ? Le nazisme est d’abord le drame de l’obéissance, celui d’une époque où la soumission aux ordres était perçue comme la valeur suprême, où l’autorité ne se discutait pas. Il ne sert à rien de faire connaître cette période de l’histoire à nos élèves s’ils n’en retirent pas la conviction que, dans certaines circonstances, la désobéissance vaut mieux que l’obéissance.

Dans le même temps, hier, sur les plages du Débarquement, Sarkozy s’obstinait dans sa réécriture de l’histoire : « la vraie France n’était pas à Vichy, elle n’était pas dans la collaboration (...), elle n’était pas dans la milice ». La commémoration du 8 mai, c’est d’abord cela : une manipulation malhonnête et pernicieuse d’un passé dont on n’est peut-être pas définitivement sorti.

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08 mai 2008

L'Education nationale recrute

Finalement, la mobilisation n’aura pas été vaine. Effrayé devant l’ampleur prise par les manifs, les pétitions, les grèves, Darcos recule et lance un plan de recrutement massif dans l’Education nationale : le Journal officiel du 4 mai nous apprend ainsi la nomination au poste d’inspecteur d’académie d’un certain Arnaud Teullé. Arnaud Teullé, candidat malheureux à la mairie de Neuilly est un ancien conseiller de Sarkozy à l’Elysée. Toutes nos félicitations à l’heureux promu et au promoteur.

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Stage de réflexion et d'action en langues

Plurilinguisme, oral, comprendre et se faire comprendre, comment aider, faire progresser, notamment à l’écrit etc. Ce sont quelques-uns des thèmes abordés par le Secteur Langues du GFEN au cours de son stage de rentrée du 26 au 28 août 2008. Parmi les communications, on peut relever également celle de Juan Torres à propos de la Guerre d’Espagne : « Transmettre, oui mais comment ? Un atelier sur l’idée de patrie, d’appartenance, de dépossession. Faire exister les acteurs oubliés de l’histoire ».

Invitation et renseignements pratiques à l’adresse suivante :

http://gfen.langues.free.fr/

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06 mai 2008

Darcos en retard d'une guerre

Les directeurs de l’Eton College et de la St Paul’s School ne veulent plus du classement annuel des établissements scolaires en Grande-Bretagne (The Guardian, 28/04/2008). Ils dénoncent « la tyrannie » de la procédure, la pression qui en résulte et qui défavorise encore plus les écoles en difficuté, leur laissant la « tête sous l’eau ». Pour ces deux chefs d’établissements qui appellent leurs collègues à rejoindre le boycott, ce genre de classement aboutit à négliger l’essentiel : l’épanouissement des enfants.

Cette info a dû échapper à Darcos qui ne jure que par l’évaluation chiffrée des performances prévue dans les écoles primaires à la rentrée prochaine. Avec sa réforme, Darcos a décidément une guerre de retard, voire deux.

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05 mai 2008

On est rassurés (suite)

Un cyclone aurait donc fait  10 000 morts en Birmanie. Face aux menaces naturelles, les hommes paraissent toujours autant démunis. Surtout lorsque leurs préoccupations sécuritaires sont sans aucun rapport avec les menaces réelles. En Birmanie comme ailleurs, une dictature militaire et des dépenses militaires exorbitantes ne sont pas en mesure d’assurer la sécurité de la population. Dans le monde, suite aux attentats du 11 septembre qui avaient pourtant causé trois fois moins de victimes que ce cyclone, les dépenses militaires ont connu une croissance insensée : en 2006, plus de 1200 milliards de dollars ont été dilapidés en budgets militaires. Pour quelle sécurité ?

Heureusement, la France, elle, sait réagir comme il le faut : le Journal officiel d’hier annonce la création du passeport biométrique (sauf pour les enfants de moins de 6 ans, quel laxisme !).  On est rassurés...

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04 mai 2008

La chasse aux enfants

Dans Rue89, un article sur Miguel Benassayag, co-auteur d’un livre sur « la chasse aux enfants », qui évoque « l’effet miroir » de l’expulsion des sans-papiers. Où l’on peut lire qu’un enfant de trois ans a été menotté par la police...

Extraits :

« Pédopsychiatre de formation, Miguel Benassayag s'est d'abord penché sur le traumatisme qui irradie l'ensemble des enfants en milieu scolaire. Les enfants de sans-papiers au premier chef. Mais aussi leurs camarades. Car la chasse aux enfants sans-papiers a fait bouger les lignes de l'engagement mais aussi celles de l'autorité. Le regard que les enfants portent aux institutions et notamment à l'institution scolaire, en sort altéré. »

Miguel Benassayag et Angélique Del Rey avec les militants du RESF, La chasse aux enfants. L’effet miroir de l’expulsion des sans-papiers (La Découverte).

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03 mai 2008

Encore un cher collègue persécuté par la justice

Cela se passe en juin 2007. Un prof demande à trois élèves de 5e de ranger la classe. Mécontent du résultat, il déclare alors à l’un d’eux : « ça, s’est du travail de bougnoule ». Pur hasard, il se trouve que l’élève est d’origine maghrébine. Le tribunal correctionnel de Valenciennes vient de condamner l’enseignant à trois mois de prison avec sursis (Libé, 02/05/2008). On attend la pétition que le Snes et le Snalc ne vont pas manquer de lancer pour soutenir le cher collègue persécuté par la justice.

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01 mai 2008

Violence à l'école : pourquoi donc s'en priver ?

Face au coup de folie d’un collégien à Meyzieu, toujours les mêmes réactions politico-médiatiques affligeantes. Un ado en pleine détresse, à la dérive, mais qui ne trouve personne à qui parler. Certes, il est légitime de poser la question : où sont les médecins scolaires, les psychologues scolaires, les infirmières scolaires, les assistantes sociales scolaires ? Et pourquoi des dizaines de milliers d’adultes ont-ils disparu des établissements ces dernières années ? Mais on ne peut s’empêcher non plus de dénoncer la perversité d’un discours, souvent entendu au sein de l’institution, qui se refuse à considérer un prof comme éducateur, le cantonant dans le rôle de distributeur de connaissances scolaires : on ne parle pas avec le prof, on écoute le prof et l’on se tait. Et devant tout dérapage, parce que les élèves sont des ados, on appelle la police. Avec les résultats que l’on sait. En 2002, un ministre délégué de l’Education nationale parlait de « lever le tabou de la violence scolaire. L’objectif est de faire baisser la violence de moitié en cinq ans ». Le ministre s’appelait...Darcos et les cinq ans sont passés. Il faut dire que nos ministres n’ont pas manqué d’imagination : partenariat renforcé avec la police, caméras de surveillance, règlements intérieurs drastiques. Ah, j’allais oublier la note de vie scolaire qui devait ramener le calme et la sérénité dans les établissements. La prochaine étape sera probablement la disparition de la justice des mineurs par trop laxiste. D’ailleurs, le collégien de Meyzieu vient d’être inculpé pour tentative d’assassinat et à ce titre il n’encourt que 20 ans de prison. Notoirement insuffisant, n’est-ce pas. Ne faudrait-il pas carrément envisager la rétention de sûreté pour tout comportement déviant ? Dati y songe...

Pour Eric Debarbieux, président de l’Observatoire international de la violence à l’école, les solutions sont connues : « A problème complexe, il y a une solution simple et c'est la mauvaise. Penser que l'augmentation de la répression, du lien avec la police, va traiter ce type de problème est un leurre total. Cela ne peut se faire que par une véritable révolution de la formation des personnels d'abord. On sait que climat scolaire et violence à l'école sont très fortement corrélés. On sait qu'un enseignant formé à la gestion du stress, à la gestion du groupe est un enseignant qui a deux fois moins de risques qu'un autre de se faire agresser ou que ses élèves s'agressent entre eux. »

Certes, mais former les enseignants à la gestion des conflits est politiquement moins payant qu’envoyer la police et ouvrir des prisons. Et l’on ne voit pas pourquoi les politiciens se priveraient – en faisant réellement baisser la violence à l’école – d’un thème qui leur apporte tant de voix aux élections. La violence à l’école a encore de beaux jours devant elle.

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30 avril 2008

Glaciation

Sauf concessions à la marge, Darcos a donc entériné les programmes du primaire, ouvrant ainsi la porte à la plus formidable régression éducative qu’on ait vue depuis bien longtemps. Si cette décision trouve assez naturellement sa place dans la ligne politique du gouvernement actuel, on est frappé une nouvelle fois par la brutalité et l’arrogance du ministre, ses mensonges perpétuels, la manipulation des faits, et surtout cette  volonté obscène de faire passer pour des démolisseurs d’école tous ceux qui ne pensent pas comme lui. Se félicitant d’une « consultation ouverte et transparente », alors que la concertation n’a été que de pure forme, les décisions prises dans le plus grand secret depuis plusieurs mois, les manuels scolaires déjà édités, il se lance en attaques grossières contre les « comités d’experts auto-proclamés », autrement dit les enseignants qui ont simplement l’audace de penser que les programmes de 1923 ne sont peut-être plus adaptés au contexte du 21e siècle. Les « experts » de Darcos, on les connaît : ce sont ces groupuscules ultra-réactionnaires, qui ont leurs entrées au ministère – alors, au passage, que Darcos n’a jamais ouvert sa porte aux mouvements pédagogiques – et dont il a repris in extenso toute l’idéologie. Des groupuscules dont l’objectif avoué consiste, avec les méthodes d’autrefois, à rétablir une école de classe. La remise en cause du collège unique est l’étape suivante. La posture de Darcos est ici exclusivement dogmatique, idéologique : il ne s’agit évidemment pas de faire réussir les élèves mais de donner satisfaction à un mouvement de pensée très minoritaire mais dont les conceptions rétrogrades ont été popularisées par les médias tout ignorants des questions éducatives ou par quelques plumitifs à la mode à la recherche d’une notoriété et de gains faciles. S’essuyant les pieds sur la loi d’orientation votée en 2005 par le Parlement, Darcos prétend sans rire que c’est à la « nation » de définir la politique éducative d’un pays, alors que c’est dans le secret de son cabinet, sans débat, à la sauvette, qu’un quarteron d’intégristes à la triste figure s’est vu reconnaître un pouvoir d’influence et de décision digne d’une république bananière. La réforme Darcos, par ses allures de putsch, c’est aussi un nouveau coup porté à la démocratie. Ou à ce qu’il en reste.

Pour conclure, je renvoie le lecteur à la très dense analyse d’André Ouzoulias, qui démonte les mensonges de Darcos et de ses inspirateurs. A lire intégralement sur le site du Café pédagogique.

"Le ministre semble s’obstiner à faire passer, à coups d’arguments catastrophistes, le projet de programme qu’un cabinet occulte a griffonné en compilant les brochures des groupuscules « antipédagogistes » (GRIP, SLECC, Sauver les lettres, etc.), à contre-courant de l’évolution pédagogique internationale. Si ce projet est maintenu, l’opinion et la représentation nationale doivent savoir qu’il n’en résultera pas seulement une multitude de conflits stériles, des maîtres démoralisés, une baisse de l’efficacité de notre école et un long hiver pédagogique. Ce sera aussi la fin du « Socle » lui-même — pourtant voulu par l’actuel Premier ministre — à peine né, aussitôt mort et enterré. L’occasion historique qui était offerte à M. Darcos de redonner un élan à l’école de la République aura été pitoyablement gaspillée. Pour longtemps."

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25 avril 2008

On est rassurés

On ne remplace plus les enseignants partant en retraite, donc, mais les contraintes budgétaires ne sont pas pour tout le monde. Ainsi, l’autre soir à Sevran, une opération de télé-police a mobilisé pas moins de 350 hommes, sans compter les journalistes, tout cela pour un bilan un peu maigrichon : quatre gardes à vue, quelques barrettes de cannabis. Le joint devient hors de prix. Au même moment, à plusieurs milliers de kilomètres, en Afghanistan, l’armée française expérimentait une nouvelle bombe, dite AASM, à guidage GPS. Coût de ce bijou : 143 000 euros l’unité. Cela fait cher du taliban. Joli coup de pub, au passage pour le fabricant, la Sagem et pour le Rafale, utilisé en la circonstance et que Dassault ne réussit toujours pas à commercialiser. En fait de choc des civilisations, la guerre en Afghanistan ressemble surtout à une campagne de communication publicitaire au profit des industriels de l’armement. On croit mourir pour la patrie, on meurt pour la Sagem et Dassault-Aviation. Anatole France me pardonnera la paraphrase. Le plus remarquable en l’affaire reste encore la placidité de l’opinion publique devant le marketing mis en œuvre par le pouvoir sur le thème de l’insécurité. Alors que les dépenses allouées à l’éducation, au logement, à la santé subissent une baisse drastique, que l’on refuse de débloquer des moyens crédibles pour faire face aux menaces environnementales, le citoyen n’a rien à objecter à des opérations ruineuses et totalement inefficaces comme celles qu’on lui présente avec complaisance au JT de 20 heures. La militarisation des opérations policières (cf l’équipement des policiers qui s’apparente de plus en plus à celui des armées), a surtout pour but d’amplifier le sentiment de peur et de justifier par contrecoup les mesures brutales et disproportionnées utilisées. Et si, dans les deux cas, à Sevran (ou à Villiers-le-Bel) comme en Afghanistan, l’adversaire, l’ennemi, a la peau un peu sombre, ce n’est sans doute qu’un hasard.

Et pendant ce temps, donc, en France les professionnels de santé et d’éducation éprouvent de plus en plus de difficulté à s’acquitter de leur tâche, dans le monde, la famine répparaît, la glaces arctiques fondent à une vitesse inimaginable, des régions entières sont menacées par le bouleversement climatique. Mais on est rassurés : à Sevran, 350 policiers ont mis la main sur quelques grammes de cannabis, pendant que la Sagem testait son missile à 143 000 euros l’unité. Sarkozy a toujours de beaux jours devant lui. Je précise que Sarkozy est ici un terme générique...

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21 avril 2008

Contre-pétition : 600 signatures

La contre-pétition lancée par Samuel vient de dépasser les 600 signatures. Bien plus que ce qu’on pouvait attendre au départ. Comme d’habitude, il y a deux façons de considérer ce chiffre : se dire  que faire régresser la maltraitance des enfants est un combat de longue haleine et pas gagné d’avance. Mais aussi, d’une certaine façon, considérer qu’une initiative exclusivement individuelle, sans relais dans l’opinion, peut aider à faire bouger les choses, même timidement. Au passage, on salue l’initiative de Camille Stromboni, journaliste à Libé, qui a consacré un billet sympa du Contre journal à la pétition en question. Un clic contre les claques. Le jeu de mots est certes facile mais il faut continuer à signer.

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Populisme pénal, populisme scolaire

Idées fixes et obsessions. Dati et Sarkozy poursuivent le détricotage obstiné de la justice des mineurs. Alors que l’ordonnance de 1945 a été modifiée pas loin d’une quarantaine de fois depuis sa promulgation, qu’il ne se passe pas une année sans que ne soient alourdies les peines infligées aux mineurs, le gouvernement juge que ce n’est pas suffisant. Dati, dont la brutalité et l’inhumanité font réellement peur, réunit une commission à ma botte avec pour objectif pas moins que l’abaissement de la majorité pénale, l’emprisonnement des 10-13 ans et, tout bonnement, la suppression de la justice des mineurs (voir le billet de Jean-Pierre Rosenczveig sur son blog). Les colonies pénitentaires du 19e siècle sont de retour. La menace est telle que l’UNICEF vient de lancer un avertissement solennel au gouvernement : les Nations Unies, donc, dont la mission est de protéger les enfants du monde, jugent que le gouvernement français met en danger les enfants de France ! Cette phobie des jeunes qui se manifeste en particulier dans les discours et l’action politiques, dans les médias bien sûr, s’est banalisée à une vitesse d’autant plus remarquable que la délinquance des mineurs, malgré la présentation caricaturale qu’on en fait, ne s’est pas aggravée. Mais dans cette société française vieillissante, le jeune fait office de bouc émissaire. Alors que l’échec du gouvernement est patent dans tous les domaines, il lui reste un seul domaine où son opportunisme fait merveille, où son esprit créatif ne connaît pas de limites : la prison. Camps d’internement pour les étrangers, prison à vie pour les déviants ou supposés tels, prison pour les mineurs. Dati et Sarkozy ne s’arrêteront pas là ; une prison ouverte leur rapporte un point dans les sondages d’opinion.

D’une certaine manière, ce populisme pénal, ou carcéral, est à rapprocher de la politique menée par Darcos, expression, quant à elle, du populisme scolaire. Derrière les discours – et le prétexte affiché de réduire l’échec scolaire, même si Darcos lui-même n’y croit pas un seul instant – il s’agit d’abord de racoler l’électeur par des références à un passé mythique : les écoliers en blouse grise rêvés par Darcos sont le pendant des petits bagnards de Mettray, d’Aniane ou de Belle-Ile-en-Mer qui font saliver Dati et quelques autres. La brutalisation des enfants pour gagner les élections.

Et pendant de temps, la justice vient de relaxer le chasseur qui, en novembre 2004, avait tué Cannelle, l’ourse des Pyrénées. La comparution immédiate, la prison, c’est bien pour les jeunes, pas pour les excités de la gâchette. Surtout que les excités en question votent.

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16 avril 2008

La drôle d'histoire de Brighelli

Dans son dernier pamphlet – en fait un remake des précédents, tant les idées nouvelles y sont absentes – avec Brighelli comme prof d’histoire, la grenouille se fait aussi grosse que le bœuf. Une fois de plus, il est pris en flagrant délit d’ignorance, de contradiction et de mauvaise foi. Le chapitre consacré à l’enseignement de l’histoire débute immanquablement par les lamentations sur « l’inculture historique abyssale des élèves », inculture dont il trouve la preuve non pas dans les enquêtes menées régulièrement par l’Education nationale sur les compétences des élèves ou les résultats d’examen (bac et brevet) mais dans une citation de Sempé et Goscinny tirée de Joachim a des ennuis (1964) ou dans un texte humoristique de Ionesco sans rapport avec la question (1974). Avec de telles références[1], on sent que Brighelli a longuement travaillé son sujet. Bien sûr, s’empresse-t-il d’ajouter, les « malheureux élèves n’y sont pour rien », c’est la faute aux programmes. Ainsi, le lecteur est-il surpris d’apprendre que les programmes d’histoire font l’impasse sur l’histoire de Rome, sur  le 17e siècle, la Révolution française, la révolution industrielle, le Second empire mais aussi d’ailleurs le Premier (ramené, paraît-il, à l’étude du Code civil), sur François Ier, la guerre de Cent Ans et même le Moyen Age. Il est vrai que Brighelli doit avoir du mal avec la périodisation de l’histoire lorsqu’il évoque les « six siècles (Xe-XVe siècles)  qui constituent à proprement parler le Moyen Age » (sic) alors que n’importe quel élève de 5e, voire de CM2, sait que le Moyen Age débute avec la disparition de l’Empire romain au tournant des 5e-6e siècles. A la page suivante, également, Brighelli place la guerre d’Algérie (1954-1962) dans les événements des « trente dernières années »( !). Pour Brighelli, manifestement, les émeutes de Villiers-le-Bel sont un épisode de la guerre d’Algérie. Où l’on voit, donc, que « l’inculture historique abyssale » n’est pas seulement le fait des élèves.

Méconnaissance du sujet : Brighelli n'a pas travaillé son texte. Avec un minimum de sérieux et d'honnêteté, en consultant les programmes officiels de l’Education nationale, il aurait pu se rendre compte que l’histoire romaine, le Moyen Age, le 17e siècle, la Révolution française et bien d’autres choses font partie intégrante des questions étudiées entre l’école primaire et le lycée. Dans le même temps, alors qu’il déplore le vide des programmes, il juge inutile d’encombrer les élèves avec l’histoire de la décolonisation (au passage, Brighelli semble confondre l’Inde et l’Indochine...) qui « témoigne du sentiment de culpabilité de ceux qui ont conçu ces programmes ». Bien sûr, Brighelli aurait été beaucoup plus arrangeant sur l’Asie et l’Afrique si les programmes avaient pu inclure les « aspects positifs de la colonisation », comme certains de ses amis politiques le souhaitent. Pour lui, l’histoire de notre époque n’est rien d’autre qu’une perte de temps, qui « alimente les conflits stériles ». Rien ne doit salir la mémoire nationale. Brighelli reprend à son compte les conceptions éculées de l’historiographie du 19e siècle pour laquelle l’histoire a pour fonction de faire naître une conscience nationale, d’ « insérer les écoliers français dans l’histoire et la géographie de la France ». Dans cette optique, non seulement les esclaves, les Arabes, les Africains n’ont pas leur place, pas davantage, sans doute, les Cathares, les Vendéens, les Juifs probablement, les Protestants, mais encore les femmes, les enfants, les paysans, les prolétaires, tous ceux qui, à un moment ou à un autre ont remis en cause le récit imaginaire et trompeur de ce que Suzanne Citron appelle l’« histoire-célébration ».

Que reste-t-il, dans ces conditions de la chronologie, de ce « fil chronologique » que Brighelli prétend vouloir réhabiliter et qu’il serait d’ailleurs bien en peine de définir ? On croit comprendre que la chronologie c’est « ce qui alimente le récit » - mais de quel récit s’agit-il, puisqu’on exclut du champ de l’histoire tout ce qui permettrait, justement, de lui donner sens ? - , la chronologie, c’est aussi, bien sûr, « la mémoire », comprenez le par cœur : 1515, Marignan. Avec ce mélange de niaiserie et de fatuité qui lui est ordinaire, Brighelli s’autorise à faire la leçon à ses « collègues historiens qui ont parfois du mal à intéresser leurs élèves, voire à tenir leurs classes ». Il sombre ici dans la confusion la plus totale (on laissera au lecteur le soin de juger s’il en fait exprès ou non) : s’avisant que les enfants « adorent qu’on leur raconte des histoires », Brighelli imagine l’histoire à l’école un peu sous la forme de « ces belles histoires de l’oncle Paul, qui enchantaient jadis les lecteurs de Spirou ». En quelque sorte, l’histoire des trois petits cochons, c’est toujours de l’histoire au même titre que l’histoire du ghetto de Varsovie. On s’esclafferait si, derrière l’amalgame né de la polysémie du mot « histoire », il n’y avait un système de pensée et un projet éducatif diablement inquiétants. Pour Brighelli en effet, les élèves n’ont besoin que de « contes », que de « merveilleux », ils ne doivent surtout pas réfléchir : « à vouloir, à toute force, qu’ils réfléchissent, on se les aliène et on les dégoûte de ce qui, justement, pourrait les amener à réfléchir, un peu plus tard ». Avec cette conception ahurissante de l’enseignement de l’histoire, Brighelli montre non seulement son ignorance de ce qu’est un cours d’histoire mais aussi – ce n’est pas nouveau – le profond mépris dans lequel il tient les élèves. S’il condescendait à pénétrer dans une classe de 6e, il verrait des élèves, tout jeunes donc, questionner, par exemple, des mythes de l’Antiquité grecque, confronter mythologie et récit historique d’après un texte de Thucydide, mettre en parallèle les croyances religieuses des Hébreux et des Egyptiens, philosopher – à 12 ans, c’est interdit ? – sur la nature humaine ou divine du pharaon, examiner d’un regard critique le fonctionnement de la démocratie à Athènes et la question de l’esclavage. Pardon, j’oubliais que l’esclavage est un sujet tabou... Oui mais pour cela, il faut accepter l’idée que l’enfant sait réfléchir par lui-même, accueillir et encourager sa parole, même bégayante, toutes choses qui sont manifestement au-dessus des forces de Brighelli. Il est remarquable de constater à quel point les plus ardents défenseurs des « savoirs » et de la transmission des « connaissances », si prompts à dénoncer la baisse des « exigences », n’ont finalement rien d’autre à proposer que cette conception réductrice, minimaliste, caricaturale de l’enseignement de l’histoire. Pour les enfants du 21e siècle, les belles histoires de l’oncle Paul sont amplement suffisantes ; le reste, la connaissance justement, plutôt que les connaissances, le savoir, plutôt que les savoirs, viendront « plus tard », toujours plus tard. L’école rêvée par Brighelli, finalement, c’est une école où, à force de confondre bases et rudiments, on n’apprend rien, une fabrique de crétins en quelque sorte.

Comme s’il n’avait pas suffisamment chargé la barque, Brighelli nous gratifie in fine d’une élucubration supplémentaire dont on lui laisse évidemment la responsabilité : « L’autre illusion majeure des concepteurs de programmes, c’est la prétendue « objectivité » historique ». Pour nos petits élèves, les légendes sont bien suffisantes, « Napoléon se comprend très bien avec l’imagerie d’Epinal », écrit-il, avant de poursuivre avec cette remarque sibylline : « (...) faut-il rappeler que bien souvent l’histoire la plus positiviste n’existe que par le cumul des Mémoires, journaux et témoignages, dont la convergence finit par créer une objectivité – ou ce qu’il nous plaît d’appeler ainsi ? (...) Sans compter que ce qui est donné pour vrai un jour ne l’est plus forcément le lendemain ». C’est aussi ce que pensent certains historiens. Ainsi, si la Shoah est aujourd’hui considérée comme vérité historique – « ou ce qu’il nous plaît d’appeler ainsi » - est-on sûr qu’il en sera toujours de même ? Ces historiens qu’on désigne sous le nom de révisionnistes.

Résumons. Le dernier Brighelli : un petit bouquin (pas donné d’ailleurs, la « refondation » de l’école est aussi une affaire de gros sous) qui navigue en permanence entre l’insignifiant et l’ignoble, où l’ignorance crasse et les contrevérités sont étayées par un projet éducatif et politique dont on espère qu’il ne verra jamais le jour. L’ennui est que ce petit bouquin est aujourd’hui le livre de chevet du ministre de l’Education nationale qui s’en inspire largement.


[1]  Au passage, mais c’est récurrent dans ce type de publication bâclée, on relève l’absence totale d’appareil critique, notes de bas de page, bibliographie. Le lecteur est censé croire sur paroles.

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14 avril 2008

"Un ordre est un ordre"

Les pédiatres, les pédopsys vieillissent mal, du moins pour certains d’entre eux. A l’occasion de la sortie de son énième bouquin, Naouri, omniprésent dans les médias, se lance dans des interviews fracassantes (20 minutes.fr, 21/03/2008, mais aussi Elle, le Figaro etc) censées expliquer aux parents, nécessairement « démissionnaires », comment éduquer leurs enfants. Et  ce sont les enfants qui en sortent fracassés. Par exemple, « le doudou, à 2 ans et demi, c’est fini. Comme la tétine (...) on les prend, on les jette » et surtout, précise-t-il, « on ne dit rien à l’enfant ». L’enfant n’est pas une personne, rien qu’un petit animal qu’on doit dresser. Sur quelles analyses, quelles observations scientifiques, Naouri étaye-t-il ses propos ? Aucune, justement. Ce n’est pas la première fois qu’on observe, qu’arrivés à un certain âge, à une certaine notoriété (« vu à la télé »), des prétendus spécialistes jugent inutile de motiver leurs jugements, d’argumenter. Puisque c’est un savant, puisque c’est un grand clerc, il faut croire sur parole, même les pires âneries, comme c’est souvent le cas, d’ailleurs, pour les questions éducatives. Et si, devant un enfant qui suce son pouce, Naouri estime qu’il faut couper le pouce, il a sans doute raison, ce bon vieillard aux cheveux blancs même s’il s’agit plutôt d’une forme grave de sénilité. La complaisance envers ce qu’ Alice Miller appelle la « pédagogie noire », avec la brutalité affichée envers les enfants, est aujourd’hui un créneau porteur. Et qui peut rapporter gros. Aujourd’hui, pour faire les têtes de gondole chez Leclerc, il vaut mieux s’appeler Naouri qu’Alice Miller, Brighelli que Philippe Meirieu, Bentolila que Roland Goigoux. Mais derrière l’invariable dénonciation de l’enfant-roi ou de l’élève au centre, on devine non seulement une grande paresse intellectuelle mais un inquiétant projet de société. Pour Naouri, « un ordre est un ordre. On ne l’explique pas ». L’obéissance qu’on exige sans avoir à la justifier, l’éducation conçue comme un dressage, tout cela était très à la mode il y a encore un siècle. C’est avec des principes de ce genre qu’on a rempli les tranchées à Verdun ou que de braves conducteurs des transports parisiens convoyaient les Juifs au Vel’d’hiv’. Ils n’avaient fait qu’obéir aux ordres, prétendirent-ils plus tard. Le pire, c’est que c’est vrai : il n'avaient fait qu'obéir.

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11 avril 2008

Ecole du bon vieux temps : suite

Après les programmes Darcos-Brighelli en primaire, les traditionalistes poursuivent leur chemin. Ils ont fait adopter par le Sénat – en urgence ! – une disposition permettant « l’organisation d’enseignements par regroupements des élèves en fonction de leur sexe ». Autrement dit, rien d’autre qu’une remise en cause de la mixité. Texte chaudement défendu un peu plus tard à l’Assemblée par la très droitière Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la famille. (Lbération, 11/04/2008). L’ordre moral est en marche : et derrière les programmes scolaires de 1923, c’est au retour à la société de 1923 que l’on travaille. Les établissements devraient très bientôt recevoir une circulaire officielle punissant la masturbation.

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09 avril 2008

"Le jeu est le travail des enfants"

« Pour les petits, il ne saurait être question de lecture, parce qu’il n’est pas admissible qu’on enseigne à lire à un enfant qui ne sait pas parler. Ce fait invraisemblable existe cependant, il existe partout. Je sais que les directrices des écoles maternelles ont fort à faire pour contenter à la fois les personnes ayant qualité pour leur donner une direction pédagogique, et les parents de leurs petits élèves qui, manquant de notions justes sur l’hygiène intellectuelle, se figurent que leurs enfants n’apprennent rien et perdent leur temps s’ils n’apprennent pas à lire (...)

Le résultat est, d’ailleurs, tout opposé à l’impatience des parents quant à la lecture (...) Depuis six ans, je note avec soin le nombre d’enfants de six à sept ans sachant lire dans les écoles maternelles et je puis affirmer que je n’en ai pas encore rencontré cinq sur cent lisant couramment et avec intelligence (...) et que je n’en ai pas noté dix sur cent – toujours de six à sept ans – lisant matériellement.

D’où je conclus que les enfants des écoles maternelles perdent une moyenne de trois ans sur leurs tableaux et leurs livres ; et malheureusement ce temps perdu pour la lecture n’est gagné ni au point de vue physique, ni au point de vue intellectuel, ni au point de vue moral.

On ne pèche pas impunément contre la logique ; or il est absolument contraire à la logique de forcer l’intelligence à accepter une nourriture qu’elle ne peut s’assimiler ; il est absolument contraire à la logique d’apprendre à lire à des enfants qui ne savent pas parler. L’école maternelle n’est pas une école : c’est un établissement d’éducation et non d’instruction. Qu’est-ce qui élèvera à la dignité d’éducatrices, de mamans, des directrices qui s’obstinent à rester maîtresses d’école ? Je ne vois qu’une force capable d’opérer cette transformation. Cette force, c’est l’amour. L’amour pour l’enfant, l’amour intelligent, actif, expansif, dévoué, l’amour enthousiaste, mêlé de respect pour cet être à la fois si frêle et si exquis : c’est là le fondement de la pédagogie à l’école maternelle, le fondement, le corps de l’édifice et la charpente. »

Pauline KERGOMARD, L’éducation maternelle dans l’école, tome 1, Paris, Hachette, 1886.

1886 : si ce n’était la date, nul doute que Pauline Kergomard passerait aux yeux de certains pour une dangereuse soixante-huitarde. Inspectrice générale des écoles maternelles à la fin du 19e siècle, elle considérait comme primordiale la liberté des enfants, leur activité. « Le jeu – disait-elle – est le travail des enfants » et reprenait à son compte le mot de Félix Pécaut : « l’enfant, avant six ans, n’est pas matière scolaire ». C’était en 1886, donc. On voit à quelle époque nous ramènent les leçons de mots et autres fantasmes de Bentolila à qui je dédie ce message. Si, bien sûr, il vient me rendre visite pour de vrai...

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05 avril 2008

Brighelli l'imposteur

De temps en temps, parce qu’il le faut bien, Brighelli laisse au vestiaire ses habitudes de grossièreté, de vulgarité qui sont sa marque de fabrique, met une sourdine aux anathèmes et aux imprécations contre ceux qui ne pensent pas comme lui – ce qui ne l’empêche pas d’ouvrir son blog à des formules du genre « tuez les tous ! ». Dans Metro ( 02/04/2008), Brighelli joue les vierges effarouchées, se donne des airs de respectabilité. Il faut dire qu’il a un nouveau bouquin à vendre  - en réalite, sous un titre différent, car on aurait du mal à y trouver des idées nouvelles, une réédition des pamphlets plus anciens – ce qui implique un certain souci des convenances : il ne faut pas effrayer l’acheteur. Brighelli, c’est aussi un représentant de commerce, les convictions ne doivent pas porter préjudice au compte en banque. Donc, dans Metro, la main sur le cœur, Brighelli annonce qu’il n’est « ni de droite ni de gauche (...) je ne fais pas de politique ». On rappellera quand même à ses fidèles, qu’il y a moins d’un an, il soutenait avec chaleur le candidat Sarkozy et qu’il bénéficie d’un fort capital de sympathie à l’UMP, comme d’ailleurs, à l’extrême-droite. Ni de droite ni de gauche, ce qui ne l’empêche pas d’entretenir d’ « excellents rapports » avec le conseiller Education de Matignon. Quant à ses relations avec Darcos : « nous nous connaissons (...), mon livre est un recueil des idées auxquelles le ministre pense peut-être en se rasant le matin (...) S’il ne les met pas en œuvre, il le fera tôt ou tard (...) ». Faux-cul, donc, Brighelli, feignant d’ignorer que Darcos s’est inspiré exclusivement des thèses des chapelles réactionnaires pour rédiger ses programmes, manifestant un incommensurable mépris pour les acteurs de l’éducation. Des gens à tuer, il est vrai.

Avec son « ni droite ni gauche », Brighelli fait sienne la vieille rengaine des conservateurs – mais il existe en la matière des conservateurs de gauche, comme le dit Lofi – selon laquelle l’école ne ferait pas partie du champ de la politique, qu’elle serait à l’écart des débats de société, idéologiquement neutre. Le mythe de l’école-sanctuaire, à l’abri du monde, dans laquelle on entrerait comme en religion. Mais les programmes Darcos-Brighelli reflètent une idéologie forte. Derrière la revendication affichée d’un retour aux « fondamentaux », aux « bases », se cache, bien mal d’ailleurs, un véritable projet de société. Car en fait de bases ou de fondamentaux, ce ne sont qu’à des rudiments grossiers que seront astreints les élèves. Occupés à temps plein et souvent en pure perte sur des mécanismes essentiellement répétitifs, les élèves seront dorénavant privés de littérature, d’histoire, de géographie, de sciences, d’ouverture au monde. Dressés à rabâcher, ils arriveront en fin de primaire incapables de s’exprimer, de penser par eux-mêmes, de comprendre le monde dans lequel ils vivent. N’est-ce d’ailleurs pas là l’objectif de programmes visant à former des sujets obéissants et non des citoyens éclairés ? Mais on sait également que tous les élèves ne partent pas à égalité et que ceux qui bénéficient d’un milieu familial favorisé, et seulement ceux-là, seront en mesure d’échapper à cet appauvrissement sans précédent des missions de l’école. Quant aux autres, les enfants qui ne partent pas en vacances, qui n’ont pas internet à la maison, pas de livres, pas de revues, ceux qui ne bénéficient d’aucun éveil culturel, ceux-là sont condamnés à rester dans leur ignorance. Avec une école incapable de leur apporter sur temps scolaire la formation à laquelle ils ont droit, ils se verront astreints à retourner à l’école pendant les vacances, essayer de sécher leurs larmes sur des exercices de grammaire qui ne feront qu’aggraver leur échec. Avec cette stigmatisation des élèves les plus faibles, des élèves les plus pauvres, le système éducatif non seulement revient un siècle en arrière, quand les études et la culture secondaires étaient réservés aux enfants des milieux favorisés, mais aussi beaucoup plus loin dans le temps, à l’époque, où, dans les écoles, on séparait élèves « payants » et élèves « gratuits », les riches d’un côté, les pauvres de l’autre. L’école Darcos-Brighelli, c’est d'abord cela : une école de classe, une école d’apartheid. Mais, bien sûr, Brighelli n’est pas un homme de droite. De même que n’est pas de droite une politique qui sabre brutalement dans les dépenses d’éducation, de santé, de logement, une politique qui privilégie avant toutes choses l’intérêt des plus riches. Et puis, en ce moment, Brighelli a un bouquin à vendre...

Brighelli ou l’imposture médiatique.

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04 avril 2008

Un élève giflé : contre-pétition

« Nous, citoyens de convictions et de professions diverses, souhaitons par la présente :

(...)

- Affirmer que dans notre pays, la maltraitance et plus généralement la violence sur enfant n'est pas acceptable quelque forme qu'elle prenne et quelle qu'en soit la raison, et surtout pas des actes de violence injustifiée de la part d'un éducateur professionnel envers un enfant de 11 ans.

(...)

- Nous élever contre une certaine conception de l'éducation (témoigné par les français en de nombreux endroits) et contre un certain corporatisme (exposé par les pétitions du SNES et du SNALC) qui consiste à blanchir un homme violent, lui attribuant le statut de victime, et à conspuer un enfant victime de violences (...) »

Il y a les pétitions institutionnelles, les pétitions politiques, d’autres émanant de collectifs solidement constitués, et puis il y aussi les pétitions individuelles, soutenues par la volonté et le courage de simples citoyens révoltés par l’injustice et la bêtise. Samuel, qui intervient régulièrement sur « Journal d’école », lance une pétition – dont sont extraites les lignes ci-dessus - pour dénoncer la violence de cet enseignant du collège de Berlaimont, les soutiens qui lui ont été témoignés par des collègues et une hiérarchie mal inspirés et en même temps soutenir l’enfant victime. Cette pétition ne sera évidemment pas relayée par les appareils syndicaux, on n’en parlera probablement pas à la télé. Elle a juste l’immense mérite d’exister. Dans un contexte éducatif délétère, qui marche sur la tête, où n’importe quel plumitif besogneux – moustachu ou non - peut se voir propulsé conseiller du ministre, la révolte individuelle est plus que jamais salutaire, indispensable. Il faut signer la contre-pétition contre la violence et en faveur de l’élève frappé au collège Gilles-de-Chin.

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02 avril 2008

Nouveaux programmes : une affaire rentable

On l’apprend ce matin : alors que la « concertation » sur les programmes de primaire tourne à la (mauvaise) farce, les éditeurs scolaires ont déjà publié les manuels « conformes aux nouveaux programmes 2008 ». Comble de l’escroquerie : chez Nathan, le directeur de collection s’appelle...Bentolila, le chantre des « leçons de mots », l’éminence grise de Darcos, l’inspirateur et l’instigateur d’une politique qui s’affiche résolument réactionnaire. Jusque là, on savait Darcos motivé par des considérations principalement politiciennes, démagogiques, cherchant l’approbation d’un électorat âgé et peu au courant de la chose scolaire – cela ne lui a d’ailleurs pas spécialement réussi à Périgueux. Il apparaît aujourd’hui que la précipitation ministérielle, la volonté de faire passer en force les programmes du primaire cachent des motivations bassement mercantiles : quand on connaît les juteux bénéfices générés par l’édition scolaire, on peut prédire sans risque d’erreur qu’avec le nouveau manuel de CE2, le directeur de collection de chez Nathan va voir son compte en banque s’étoffer de façon conséquente. L’ennui, c’est que le directeur de collection en question est également le plus proche conseiller du ministre. Dans l’ombre, dans le secret du cabinet, sous couvert d’œuvrer à l’éducation, à l’avenir du pays, en réalité, c’est à sa fortune personnelle que travaille Bentolila. On ne sait pas si le ministre touchera des agios. Lofi rappelle à juste titre que, dans le droit des affaires, cela s’appelle un délit d’initié et – ajouterai-je - pour, Darcos, complicité de délit d’initié.

Face au profond mépris, à la morgue ainsi manifestée par l’autorité de tutelle, une autorité qui fait passer son intérêt personnel avant l’intérêt collectif, il est indispensable de faire entendre sa voix. La pétition lancée il ya quelques jours contre les programmes Darcos a déjà recueilli près de 9000 signatures. On peut également suggérer une campagne de mails de protestation chez Nathan et le boycott du manuel Bentolila.

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