Un non « de gauche » ? On vous l’assure, la main sur le cœur : quoi de commun entre le non communiste, le non socialiste, le non altermondialiste, le non trotskyste d’un côté et, de l’autre, le non lepéniste, le non chevènementiste (il y a bien longtemps qu’on ne peut plus, même avec la meilleure volonté du monde, classer Chevènement à gauche) ou le non  villieriste ?

Pourtant, à regarder de près les argumentaires anti-européens de toutes origines, on constate qu’ils surfent sur un fond commun : la peur, la méfiance, le rejet de l’autre (les fantasmes sur les Turcs !), de celui qui vit de l’autre côté de la frontière, un insupportable orgueil national, le refus de considérer que le monde puisse avancer dans un cadre autre que national, le thème omniprésent du bouc émissaire – l’Europe ou l’immigré – l’étranger dans tous les cas. En un mot, la vieille rhétorique Front National.

La campagne referendaire s’inscrit dans un contexte plus large qui a vu, sous couvert de la défense de valeurs prétendument « républicaines », toute une mouvance dite de gauche, reprendre à son compte, pour les amplifier, les thèmes favoris de la pensée d’extrême-droite. Qu’il s’agisse de la dénonciation d’un « racisme anti-blanc » dans les banlieues, de l’exaltation quasi-obsessionnelle d’une république parée de toutes les vertus, mais aux caractères bien plus nationaux que républicains et menacée par des hordes venues d’outre-Méditerranée, de la Marseillaise à l’école, où une partie de la gauche a cru bon surenchérir sur la droite (cf l’inénarrable Charasse réclamant que la Marseillaise soit chantée obligatoirement dans les écoles au moins une fois par semaine) ou bien de la question du foulard qui traîne derrière elle les pires dérives racistes, il faut une bonne dose d’aveuglement pour ne pas se rendre compte que toute une partie de la pensée de gauche puise à des sources très voisines de l’idéologie d’extrême-droite. Dans cette optique, le rejet de la Constitution européenne serait en quelque sorte le pendant du scrutin présidentiel d’avril 2002, le vote Le Pen à cette époque préfigurant le non d’aujourd’hui...tout en favorisant le retour du grand chef aux prochaines échéances.

L’ « exception française » offre décidément un bien sinistre visage.