Bon, on n’ira pas jusqu’à dire qu’ils sont interchangeables mais à tout le moins qu’ils s’épaulent, les propos des uns étayant le non-dit, les silences des autres et réciproquement. De Besancenot à Le Pen, en passant par Fabius et de Villiers, c’est la même rengaine, la même obsession, la même idée fixe : la France, sa société, ses institutions restent une référence, un modèle insurpassable qui ne peuvent que se gangrener au contact de l’autre, de l’étranger.

Que pour les uns, la France soit fille de la Révolution, des Lumières – tu parles, à peine de la bougie – et pour les autres fille de Jeanne d’Arc, ne change pas grand chose : la menace, c’est le Polonais qui va à la messe tous les dimanches, le Slovaque qui accepte de bosser pour trois fois rien, l’Espagnol ou l’Italien qui ouvrent toutes grandes leurs portes aux sans-papiers. La solution ? C’est selon. Sortir de l’Europe, comme le réclame Le Pen depuis un demi-siècle et revenir à la bonne vieille Europe des années 40 ; renégocier le traité comme font semblant d’exiger les autres mais qui, s’en foutent absolument. Dans tous les cas, fermer les portes, se barricader, dérouler les barbelés.

Dans tous les cas, également, faire peur, susciter la méfiance, non pas celle « des élites de Bruxelles », comme on l’affirme la main sur le cœur, mais tout simplement de l’étranger. Il suffisait de voir et d’entendre, il y a peu , un routier CGT, plus vrai que nature, dénoncer la concurrence déloyale de ses homologues polonais, avec des accents qui rappelaient : « qu’est-ce que c’est que ces étrangers qui viennent bouffer le pain des Français ».

Le Pen, aujourd’hui, pas davantage qu’il y a trois ans, n’a besoin de faire campagne. Le non « de gauche » – si si, il paraît que ça existe – la mène pour lui. Comme il y a trois ans, effectivement, où le battage sur l’insécurité l’avait conduit aux portes du pouvoir. Et qu’est-ce d’autre que la campagne du « non » sinon faire naître, développer, amplifier, un sentiment d’insécurité chez des électeurs qui n’y sont déjà que trop portés ? Derrière ce sentiment, derrière son corollaire, l’affirmation d’une spécificité française, il y a toujours, même plus tapi dans l’ombre, le visage de l’extrême-droite.

La campagne pour le non, c’est ce qui nous mène tout droit à un second tour Le Pen-Sarkozy aux prochaines présidentielles. Et ça pourrait venir plus vite que prévu.

Merci le non « de gauche ».