22 juin 2005
La colonisation vue par Nathan
Ca n’a pas traîné : Nathan aura été le premier des éditeurs scolaires à s’aplatir devant la loi du 23 février 2005 demandant que « les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer ». Son nouveau manuel d’histoire-géographie de la classe de 5e (édition 2005) offre aux élèves comme seul élément de réflexion sur le sujet un texte tiré d’un ouvrage de Marie Vieux-Grigorin (publié chez Nathan...), avec ce joli titre qui saura combler les vœux de nos législateurs : « Les effets positifs et négatifs de la colonisation ».
Comment cela des « effets négatifs » ? Il y en eut donc ? Quelle outrecuidance ! Précisons quand même que sur les 5 paragraphes du document, 4 évoquent les aspects positifs, 1 seulement les effets négatifs, l’auteur ayant sans doute jugé que pour faire bonne mesure, elle se devait de dire un mot sur les déséquilibres amenés par le colonisateur entre l’intérieur et le littoral. On ne saurait être plus audacieux.
Dans un même ordre d’idées, rien n’interdit d’imaginer pour les collégiens de 3e un sujet de travail sur « les effets positifs et négatifs du nazisme », la construction des premières autoroutes allemandes à l’époque d’Hitler rétablissant l’équilibre avec la Shoah.
Continuons ainsi : le système scolaire en France est décidément sur la bonne voie.
15 juin 2005
Charognard
Charognard, n.m. – 1. Vautour, animal qui se nourrit de charogne – 2. Exploiteur impitoyable des malheurs des autres. Voir aussi chacal, vautour (Petit Robert, éd. 2002).
P. G., 48 ans, a donc avoué avoir participé à l’assassinat de N. C., 39 ans.
Quelle aubaine pour Sarkozy qui, aussitôt, tel un diable sorti de sa boîte, s’est précipité à la tribune de l’Assemblée Nationale : « Comment l’état peut-il relâcher un tel monstre ?», a-t-il martelé ; et ses mâles propos d’être aussitôt repris en boucle par les télés et tous les médias de la France profonde. Il faut dire que P. G. était en liberté conditionnelle après avoir purgé 15 ans de prison et que Sarkozy cherche depuis des années à faire adopter une loi établissant des peines-plancher pour les récidivistes.
Ce n’est pas que la récidive soit un réel problème : une enquête menée par Annie Kensey, chargée de mission à l’administration pénitentiaire, montre que moins de 0,5% des meurtriers commettent un nouveau crime (cela fait quand même moins de victimes que les 15 000 morts des maisons de retraite de l’été 2003 ; les coupables sont toujours en liberté, certains même toujours ministres, Sarkozy, lui-même, était ministre). Ce n’est pas non plus que les peines-plancher soient efficaces : la récidive est deux fois plus élevée pour les condamnés sortis de prison au bout de leur peine que pour ceux qui ont bénéficié d’une libération conditionnelle.
Non. La sécurité des Français, à vrai dire, Sarkozy s’en fout complètement. Mettre des policiers devant les cages d’escaliers, pourchasser le fumeur de joint, traquer le sans-papier, la prostituée, ça, il sait faire Sarkozy, au point que ses policiers n’ont plus le temps de s’occuper des meurtriers. Remplir les prisons avec des voleurs de bicyclettes, il excelle également. Des assassins en prison ? Vous n’y pensez pas, où voulez-vous qu’on les mette ? Y a plus la place. Travailler à la réinsertion des détenus ? Les gardiens de prison ne sont quand même pas des assistantes sociales.
Ce qui compte, pour Sarkozy, c’est de montrer sa tronche à la télé, de jouer sur la peur, sur la trouille mais pas n’importe quelles peurs, pas n’importe quelle trouille. Moi, ce qui me fait peur, c’est la guerre, les 1000 milliards de dollars dépensés l’an passé dans le monde en armements, le réchauffement de la planète, la misère d’une bonne partie du monde, l’injustice de nos sociétés où règne la loi du plus fort, la bêtise du Français moyen (et pas seulement moyen et pas seulement français), l’ambition dévorante d’un sinistre énergumène prêt à tout pour arriver à ses fins.
Mais Sarkozy, lui, l’autre jour à la tribune de l’assemblée, il en jouissait ; derrière les trémolos et la mine faussement affligée, il en jubilait, du meurtre d’une pauvre dame : sa loi sur la récidive, ça va bien lui valoir quelques voix aux prochaines élections, non ?
L’assassin, on en viendrait presque à le décorer. Pour services rendus à Sarkozy.
10 juin 2005
De quoi je me mêle ?
On n’est pas vraiment surpris, même si c’est arrivé plus vite que prévu : quelques jours après sa nomination à l’Intérieur, Sarkozy s’est cru autorisé à s’exprimer devant les députés sur l’éducation en ZEP. Aucune compétence, aucune légitimité pour le faire – on doute qu’il en ait averti de Robien – mais il le fait quand même. Je parle de tout, je suis partout, je brasse de l’air, je m’incruste, je ments comme je respire, je délire, j’invective et, avant deux ans, je trône à l’Elysée.
Au-delà de l’ambition dévorante d’un individu – il n’a même pas eu la décence de démissionner de la présidence de l’UMP – qui le fait mettre à son service personnel tout l’appareil d’état, il va quand même falloir que les profs se bougent un peu devant une dérive de plus en plus marquée qui tend à soumettre l’éducation, mais aussi, à vrai dire, bien d’autres problèmes sociaux, au regard du policier. Il n’aura échappé à personne qu’à travers les ZEP, ce sont les jeunes issus de l’immigration qui sont visés, ceux-là mêmes que le rapport Benisti stigmatise ; vous savez, toutes ces familles qui parlent un « patois » arabe.
Les profs, se bouger contre Sarkozy ? Ils ont déjà accepté pas mal de choses : du policier référent au délit d‘outrage à enseignant, en passant par les descentes musclées et flicardes contre le cannabis à l’intérieur des établissements. Ils devraient se méfier, quand même : la formule selon laquelle, dans la société, le policier l’emporte sur l’enseignant, c’est bien de Mussolini, déjà ?
05 juin 2005
J'ai fait un rêve
Bon, me direz-vous, ce n’est peut-être pas grand chose mais par les temps qui courent, un petit plaisir, c’est toujours ça de pris : vendredi soir, on a échappé à Baroin. Comprenez que le ministère de l’EN lui a échappé pour être attribué finalement à de Robien.
Parce que Baroin, on connaît : il avait été le premier, il y a deux ans, à réclamer pour les élèves le port de l’uniforme et c’est là la seule préoccupation éducative dont il ait jamais fait part. Après lui, il y eut Darcos et ses propos minables sur les jeunes filles « désirables » et toute une cohorte encore, obsédée par les fesses des filles et les jambes adolescentes. Il est vrai que c’était à l’époque de l’UMPisme triomphant ; mais il n’est pas sûr que le vent ait vraiment tourné.
Il se trouve que de Robien, on connaît également : on se souvient qu’il y a quelques années, en 1996 si ma mémoire est bonne, il avait pris publiquement position en faveur des sans-papiers de l’église Saint-Bernard, condamnant l’intervention brutale de la police de Pasqua. En la circonstance, il avait fait preuve de courage, de générosité et de lucidité, qualités, on en conviendra, plutôt rares chez les politiciens.
Alors rêvons un instant que ces qualités, il les ait conservées intactes jusqu’à nos jours et qu’elles le guident dans sa politique. Faire preuve de courage, de générosité, de lucidité en face de Sarkozy, ça ne peut être qu’un rêve, effectivement.
03 juin 2005
Plus con qu'un Français...c'est possible !
...un Néerlandais.
L'honneur national est sauf.
01 juin 2005
Sortir de l'histoire de France
Le rejet de la Constitution européenne et, au-delà, manifestement, de l’Europe, pose avec acuité la question de savoir pourquoi, dans une large fraction de l’opinion, des interrogations, des questions légitimes sur l’avenir, débouchent aussi facilement sur la peur de l’étranger, la méfiance pour tout ce qui vient d’au-delà des frontières. Comme s’il allait de soi que le chômage, c’est la faute des Turcs, comme si la solution passait par les zones de rétention dans les aéroports.
S’il faut chercher l’origine de cette erreur de jugement, on peut remonter jusqu’à l’enfance, jusqu’aux bancs de l’école primaire, là où, pour la première fois de leur vie, les enfants rencontrent l’étranger. Le plus souvent, cette rencontre se fait dans le cadre des leçons d’histoire, une histoire qui reste encore très majoritairement l’histoire de France. « L’histoire de France », un mythe, une légende, un roman, souvent même un mensonge, une création artificielle montée de toutes pièces dans le but de « faire naître chez l’enfant une conscience nationale », objectif qui a toujours été – et est toujours – peu ou prou celui des programmes officiels de l’Education nationale.
Mais comme il n’a jamais été possible de donner un semblant de définition, de contenu à la nation, on voit très bien que cette « conscience nationale » ne peut s’ériger, se développer que par opposition à un autre – l’étranger – tout autant indéfinissable que le Français, sinon qu’il habite de l’autre côté d’un pointillé sur une carte, la frontière. Sans la nation, l’étranger n’existerait pas ; il n’y aurait que des êtres humains. Cet étranger est nécessairement dangereux et d’ailleurs, l’histoire de France, comme toutes les histoires nationales, est d’abord une histoire de guerres.
Dans l’histoire telle qu’on l’enseigne aux enfants de 7 à 10 ans, l’Arabe n’apparaît que lors de la bataille de Poitiers ou dans les Croisades, l’Allemagne se ramène à la figure d’Hitler...et le Turc ne se montre que sous les traits du janissaire. Mais où diable la xénophobie et la méfiance de l’étranger vont-elles chercher leur inspiration ?
Les références obstinées, dans la campagne referendaire, à la Turquie, au plombier polonais mais aussi un orgueil national s’appuyant sur « les grands moments de l’histoire de France » au cours desquels la France aurait apporté lumière au monde, tout cela trouve sa source, au moins en partie, dans les leçons d’histoire reçues par des générations d’écoliers.
L’histoire de France, il devient urgent d’en sortir.
