30 août 2005
Marseillaise à l'école ? Non merci !
« Qu’un sang impur abreuve nos sillons (...). Quoi ! Ces cohortes étrangères feraient la loi dans nos foyers ! (...) Tout est soldat pour vous combattre. S’ils tombent, nos jeunes héros, la terre en produit de nouveaux (...). »
En incluant la Marseillaise dans les apprentissages obligatoires de l’école primaire, le gouvernement donne une vision plutôt inquiétante de la formation civique des jeunes, contraire à ce que l’on est en droit d’attendre de l’éducation.
Il ne tient pas compte des réticences, de l’hostilité de nombreux parents qui ne se reconnaissent pas dans la rhétorique brutale et guerrière de l’hymne national et qui, jusqu’à plus ample informé, restent les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants.
La Marseillaise, par la violence et le fanatisme de ses paroles, est en parfaite opposition avec les valeurs de tolérance, de non-violence, de respect des autres, d’ esprit critique, valeurs qui demeurent les fondements de l’éducation et que les enseignants s’évertuent à transmettre à leurs élèves.
On ne peut accepter que, dans un monde où la guerre fait des ravages, chez nous, dans nos écoles, la guerre soit magnifiée par de tout jeunes enfants à qui les programmes scolaires feraient chanter « Aux armes, citoyens », oubliant ainsi les milliers d’enfants qui meurent à cause des armes.
On ne peut accepter, à une époque où le racisme, la xénophobie, le rejet de l’autre constituent une lourde menace pour la vie en société, que l’intégration d’un jeune ne puisse se réaliser que dans une entité nationale qui s’érige sur la distinction entre sang pur et « sang impur » et qui exigerait de ses enfants qu’ils apprennent à verser le « sang impur ». Le rôle de l’école est d’ouvrir sur le monde, non de dresser des barrières artificielles entre les individus.
On ne peut que déplorer que, sur un sujet qui touche au libre-arbitre, à la morale personnelle, le gouvernement ait choisi d’imposer à chacun par la force, de façon règlementaire, une croyance partisane, une sorte de dogme révélé qu’on ne soumet jamais à la discussion, bafouant ainsi la plus élémentaire des libertés de conscience. Ce faisant, la Marseillaise est contraire au principe fondateur de la république. Son apprentissage obligatoire s’assimile à un bourrage de crâne.
En démocratie, lorsqu’une loi, un règlement heurtent aussi brutalement ceux à qui ils s’adressent, ils perdent toute légitimité. Il est même parfaitement légitime d’y désobéir.
SNUipp - FN : même combat !
Par la bouche de son secrétaire général, un syndicat d’instits, le SNUipp, trouve donc l’apprentissage de la Marseillaise « légitime pour donner aux enfants le sens d’une appartenance à une communauté » (sic...). On est affligé, mais à vrai dire pas vraiment surpris, de voir des enseignants reprendre mots pour mots sur ce thème la vieillle rhétorique lepeniste. Est-ce si difficile d’imaginer de faire naître chez des enfants un sentiment d’appartenance autre que national quand on sait les dérives auxquelles il mène ? Manifestement, les instits en question ne se posent pas beaucoup de questions sur le climat de xénophobie, de racisme, de rejet de l’autre qui pèse aujourd’hui lourdement sur la France : l’exaltation du drapeau, des armes, du sang pur contre le sang impur n’y est pour rien ? Ces mêmes instits, qui, il y a peu, se déchaînaient contre quelques jeunes filles voilées, au nom de la nécessaire « neutralité » de l’école, n’ont pas le moindre scrupule à manipuler la conscience des enfants dont ils ont la charge. Une morale d’adjudant pour la jeunesse de ce pays ? Merci les instits.
Marseillaise à l'école : saisir le médiateur
Même si la circulaire du 25 août sur l’apprentissage de la Marseillaise à l’école est en recul sur ce qu’on pouvait redouter, se contentant de reprendre presque mots pour mots une directive de Chevènement vieille de 20 ans, il n’empêche que le fait d’imposer par la force une morale sectaire et partisane à toute une population, blesse la plus élémentaire des libertés de conscience, et, de ce fait, est parfaitement illégitime. On rappelle simplement que la Marseillaise était totalement absente du débat sur sur l’avenir de l’école qui s’est tenu il y a deux ans, un certain nombre d’intervenants se montrant même soucieux d’ouvrir les élèves à la tolérance, au monde, au respect de l’autre – tout le contraire de la Marseillaise, donc – que le projet de loi Fillon lui-même ne la mentionnait pas mais que c’est l’intervention d’un député proche de l’extrême-droite, qui, un soir où la quasi-totalité des députés avaient déserté les rangs de l’assemblée nationale, l’a fait inclure dans la loi d’orientation. Dans ces conditions, parce qu’elle ne respecte ni la morale, ni la conscience, ni les principes du droit en démocratie, il est tout à fait fondé de boycotter cette circulaire : il reste quand même un certain nombre d’enseignants pour considérer que leur rôle ne consiste pas à endoctriner leurs élèves et des parents qui, jusqu’à plus ample informé, restent les premiers responsables de l’éducation et de la morale de leurs enfants, ont parfaitement le droit de faire part de leur refus, de leur indignation. Soit en en discutant de vive voix avec les enseignants, soit, comme je l’ai fait moi-même – et chaque parent, chaque enseignant est autorisé à le faire – en adressant un courrier de protestation au médiateur de l’Education nationale. C’est son rôle de le lire attentivement.
Juste un peu de courage pour faire changer le sens du vent.
19 août 2005
Quand la république "déstocke" les sans-papiers
Kankou a 13 ans ; en juin, comme ses camarades du collège de Fleury-les-Aubrais (Loiret) elle est partie en vacances. A la rentrée, elle ne retrouvera ni ses camarades, ni son collège mais un centre de rétention dans l’attente du prochain charter vers le Mali. Car Kankou est malienne, sans-papiers, expulsable dans quelques jours. Au Mali, elle sera excisée car tel est le vœu de sa grand-mère (Libération,19/08/05). Une collégienne excisée, mutilée, grâce à la décision de reconduite à la frontière prise par le tribunal administratif, avec la bénédiction du préfet qui dispose des moyens de s’y opposer, grâce aussi, bien sûr, à Sarkozy, le maître d’œuvre de la chasse aux sans-papiers. Merci la république ! Merci, tout spécialement au secrétaire général de la préfecture du Loiret qui justifie sa décision par la volonté de « vider le stock de demandeurs d’asile »... « Vider le stock », on laisse à ce triste personnage la responsabilité de sa formulation.
Selon la Ligue des droits de l’homme, « le Loiret est devenu une sorte de laboratoire de la lutte contre l’immigration clandestine ». Il faut dire qu’en matière de « déstockage », ce département traîne derrière lui une sinistre réputation : c’est à Pithiviers, à Beaune-la-Rolande, que dans les années 40, les autorités françaises, les gendarmes et policiers français avaient « déstocké » des milliers d’enfants juifs avant de les envoyer à Auschwitz. Au fait, c’était comment déjà, les belles paroles de de Villepin sur le 63e anniversaire de la Rafle du Vel' d’Hiv’ ?
17 août 2005
Ceux qu'on assassine
Henri IV, Martin-Luther King, Anouar Al-Sadate, Ytzhak Rabin...aujourd'hui Frère Roger, bien d'autres encore à qui on on a volé la vie pour leur faire payer leur tolérance. Ils étaient protestants, juifs, catholiques, musulmans, agnostisques, incroyants, mais avant tout des hommes convaincus qu'on est d'abord sur terre en tant qu'être humain et que cette identité dépasse toutes les autres.
Une conviction que, paraît-il, tout le monde ne partage pas.
08 août 2005
Caméras de surveillance et arrosoirs
S’il n’y avait eu mort d’homme, ça ressemblerait à un gag, cette histoire de Canadairs cloués au sol. Alors que le Sud-Est est comme chaque année ravagé par les incendies, notre beau pays, pourtant si bien sécurisé, n’a pas un seul avion à opposer aux flammes ! En plein été, en une période de sécheresse telle qu’on n’en avait pas vue depuis trente ans mais qui, pourtant, était prévue, annoncée de longue date, redoutée...sauf par les responsables, enfin, ceux qui prétendent l’être.
A commencer par notre ministre de l’Intérieur, si prompt à courir d’un foyer à l’autre, toujours sous l’œil des caméras, bien sûr – que serait Sarkozy sans les caméras ? – à gesticuler, à verser une larme par ci, à menacer les pyromanes, réels ou supposés, oubliant simplement qu’un incendie ne s’arrête pas simplement avec un mouvement du menton et qu’une politique de protection de la nature digne de ce nom exige d’autres compétences que celles d’un bateleur d’estrade. Alors que la faiblesse des moyens accordés à la protection civile, notamment à la lutte contre les catastrophes naturelles, est de notoriété publique, que le Midi part en flammes, c’est justement le moment choisi par Sarkozy pour annoncer une généralisation de la vidéo-surveillance. Un système de surveillance policière ruineux, inutile – la prolifération des caméras de surveillance à Londres n’a pas empêché les attentats – dangereux pour les libertés publiques, un système par lequel le ministre cherche une fois de plus à masquer son incompétence, son amateurisme. On a là, en un saisissant raccourci, la quintessence de la politique sarkozienne depuis trois ans : surveiller la population pour faire croire qu’on la protège. Des milliers de caméras, des moyens illimités pour la police, alors que les pompiers doivent se contenter d’arrosoirs.
Reste à savoir à partir de quand les citoyens vont s’apercevoir que le roi est nu.
05 août 2005
Quand le préfet de Chartres s'appelait Jean Moulin
Il y a quelques jours de cela, le préfet de Chartres a fait emprisonner deux fillettes de 4 et 5 ans, en langage administratif, on appelle cela conduire en centre de rétention. Ces deux dangereuses terroristes sont guinéennes et sans-papiers ; dans la France sarkozienne, c’est un double crime, n’est-ce pas ? Elles y ont passé des nuits de pleurs et de terreur, sans leur père, expulsé il y a plusieurs mois et dont elles n’ont aucune nouvelle, sans leur mère, à l’hôpital avec leur petite sœur de 2 ans. Toutes seules.
Le préfet de Chartres n’est sans doute pas un méchant homme. Non, simplement, il applique la loi, il exécute les ordres ; Sarkozy parle, lui, obéit. On ne poussera quand même pas l’insolence jusqu’à le lui reprocher. Toutefois, on se permet juste de rappeler, le souvenir d’un de ses lointains prédecesseurs, préfet à Chartres au printemps 1940 : Jean Moulin. Jean Moulin qui avait choisi d’obéir à sa conscience plutôt qu’à la loi, parce que, lorsque la loi devient inhumaine, il est légitime d’y désobéir.
Chartres, 1940 ; Chartres, 2005 : il y a des rapprochements qui font mal. C’est tout.
02 août 2005
Sarkozy à la chasse aux bébés
Comment un des terroristes présumés des attentats de Londres du 21 juillet a-t-il pu prendre tranquillement l’Eurostar, traverser la Manche, puis toute la France sans être inquiété, se demande la presse britannique. Autrement dit, que fait la police française ? La réponse est toute simple : en France, tout spécialement sur la côte de la Manche, gendarmes et policiers occupent le plus clair de leur temps à traquer les sans-papiers. De dangereux délinquants, donc. Ainsi, à l’hôpital de Calais, en ce moment, deux policiers surveillent jours et nuits une mère et son bébé de 10 mois, originaires du Zaïre, sans-papiers. Pendant ce temps, effectivement, les poseurs de bombes peuvent débarquer à Calais sans se cacher ; avec cette mère et son bébé, les policiers sont trop occupés.
Toute la question est de savoir jusqu’à quand les Français accepteront de se laisser berner par un ministre de l’Intérieur qui a fait de la chasse aux immigrés son principal argument électoral. Arrêter une mère et son enfant de 10 mois, pour la police, c’est quand même plus facile que de démanteler un réseau terroriste. Et puis, la battue aux sans-papiers, ça passe tellement bien à la télé, un soir d’été, lorsqu’il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent, en dehors de la mousson en Inde, de la famine au Niger, de la mort de John Garang, de la guerre en Irak. Maintenant, savoir si la sécurité des Français est ainsi bien assurée, c’est une autre histoire.
