30 octobre 2005
Histoire nationale, histoire coloniale
Dans un entretien avec L’histoire (n° 302, p. 52-53), Claude Liauzu dénonce la loi du 23 février 2005 obligeant les enseignants à reconnaître « le rôle positif de la présence française outre-mer ». « Non à la loi scélérate ! », clame-t-il.
Alors qu’on lui demande si c’est « la première fois qu’une loi républicaine impose aux professeurs ce qu’ils doivent enseigner », la réponse de l’universitaire laisse pantois : « Oui, dit-il, si l’on excepte le régime de Vichy. L’indépendance de la discipline historique, qui remonte aux débuts de la IIIe République, n’a jamais été remise en cause ». La question posée est de celles qui dérangent et Claude Liauzu choisit de la détourner avec une mauvaise foi confondante : car il ne s’agit pas de savoir si oui non les historiens peuvent en France travailler librement mais si les enseignants jouissent, eux aussi, de la même liberté dans leur pratique quotidienne. Or aucun enseignant, quel que soit le niveau où il exerce, ne peut feindre d’ignorer que les programmes scolaires d’histoire sont la traduction règlementaire, autoritaire de préoccupations politiques, voire politiciennes, émanant des autorités de l’état.
Pour Pierre Vidal-Naquet, « l’état n’a pas à enseigner l’histoire »[1] ; certes, mais c’est pourtant une vieille tradition que les hommes politiques au pouvoir, en France, interviennent directement dans les programmes scolaires, sans jamais susciter d’opposition. Sans remonter jusqu’aux manuels patriotiques de la IIIe République, qui ont poussé des générations entières d’enfants au sacrifice leur vie au nom de cette fumeuse notion de patrie, il faut rappeler l’irruption brutale et sans nuance dans la rédaction des programmes d’histoire, il y a plus de 20 ans, du gouvernement Mitterrand et de son ministre de l’Education, J.-P. Chevènement. Alors que les années précédentes avaient laissé espérer une timide ouverture au monde de l’histoire scolaire, une remise en cause de l’histoire-batailles, c’est en fait une campagne politico-médiatique qui a permis le retour en force du fait national, de la chronologie fondée sur les guerres et les dynasties, de l’inénarrable galerie de portraits des « grands hommes qui ont fait la France ». L’objectif affiché de « faire naître chez l’enfant [à l’école primaire] une conscience nationale » conduit à l’élaboration d’une histoire déformée, mythique [2], qui ne permet pas d’aborder sereinement et honnêtement à l’école le passé colonial de la France. Un mythe ne saurait être entaché d’aucune tare ; le grand récit de l’histoire de France qui constitue aujourd’hui encore le fondement de la culture historique scolaire, parce qu’il reste centré sur les « grands hommes » qui font partout le bien – même si, le plus souvent, ils font la guerre – ou à la mission civilisatrice de la France, ne peut accepter d’être sali par l’évocation du travail forcé en Afrique, des massacres de Sétif ou des ratonnades policières de Charonne. La mémoire coloniale est inséparable de la mémoire nationale, l’une n’allant pas sans l’autre ; c’est au nom de la France que l’on colonisait, que l’on exploitait l’indigène, que l’on torturait en Algérie. Fondamentalement, remettre en cause l’épisode colonial, c’est remettre en cause la France elle-même, ce que bien peu d’historiens sont disposés à accepter.
Lorsqu’il évoque le vote de cette loi du 23 février 2005, Claude Liauzu rappelle à juste titre que « ce texte a été voté un vendredi après-midi, à un moment où la plupart des députés sont dans leurs circonscriptions. Seuls étaient présents une trentaine de députés, majoritairement élus du Sud-Est ». Il est piquant de constater que c’est dans des circonstances tout à fait identiques, quelques jours plus tôt, un vendredi soir, à la sauvette, que les mêmes parlementaires, à l’instigation d’un député proche de l’extrême-droite (M. Jérôme Rivière, député des Alpes-Maritimes), ont décidé d’imposer l’apprentissage obligatoire de la Marseillaise à l’école primaire, négligeant au passage les sentiments respectables de parents, d’enseignants, d’éducateurs, d’élèves, qui ne se reconnaissent pas dans l’exaltation du sang impur, des armes ou des étendards sanglants et, plus généralement, qui, souhaiteraient voir l’éducation s’ériger sur d’autres valeurs que nationales. Ces pitoyables interventions parlementaires dépassent largement la problématique coloniale : en France, histoire officielle et morale d’état sont une réalité prégnante du système scolaire. Pour une approche lucide et apaisée du colonialisme ou de l’esclavagisme, il faut d’abord sortir de l’histoire de France à l’école.
[1] Libération, 14 avril 2005.
[2] Voir, par exemple, Suzanne CITRON, Le mythe national, 1987.
29 octobre 2005
Prison, école du viol
Dix ans de prison pour inceste. Le tribunal correctionnel de L*** a frappé fort pour ce père de famille reconnu coupable d’agressions sexuelles sur sa fille ; un an de plus, même, que les réquisitions du procureur (OF, 14/10/05). Indépendamment des faits pour lesquels il a été condamné, on remarque comme ça, incidemment, que le père en question, en détention provisoire depuis mars 2004, a lui même été « victime d’agressions sexuelles » de la part d’un codétenu à la maison d’arrêt de L***. Un prévenu, donc, en prison sans jugement depuis un an et demi, violé derrière les murs d’une institution censée punir les infractions au droit. Et chacun de s’en accomoder. Pire, même, l’avocate de la défense (sic) allant jusqu’à demander à son client si, au moment où lui-même était violé, « il n’avait pas pensé à [sa] petite fille ». Le viol comme thérapie pour le violeur en quelque sorte.
Ces faits, portés sur la place publique par un procès relayé comme il se doit par la presse, s’ils ne surprennent même plus, mériteraient quand même des explications, si tant est qu’on puisse en fournir, de la part des institutions judiciaires et pénitentiaires. On sait en réalité très bien que ces scandales qui se déroulent quotidiennement dans les prisons – un suicide tous les deux ou trois jours dans les prisons françaises, ce qui n’est après tout, qu’une forme de peine de mort à peine déguisée – résultent d’une politique qui vise à remplir les prisons sans se préoccuper des conséquences : à la maison d’arrêt de L***, où cette affaire s’est déroulée, plus de 130 détenus s’entassent sur 56 places. Lorsque ce père de famille sortira de prison dans dix ans, de quel suivi psychologique, de quelle aide tout simplement humaine aura-t-il bénéficié ? Nos parlementaires qui se donnent à peu de frais bonne conscience en visitant la prison de L*** (cf OF, 14/07/05), devraient quand même s’interroger sur les dérives d’une politique initiée par des lois qu’ils ont eux-mêmes votées : à L*** comme ailleurs, les mois et les années de prison pleuvent dru sur les condamnés. Cela fait peut-être plaisir à l’électeur mais il n’est pas sûr que la sécurité de la population – à commencer par celle des enfants victimes de violences – en soit pour autant assurée.
13 octobre 2005
Une coalition à la française : FN, UMP, PS
Avec sa loi sur la récidive, Sarkozy vient de réaliser dans sa quasi intégralité le programme politique du Front National. Un code pénal qui compte désormais parmi les plus brutaux dans toute l’Europe, des prisons bondées, une justice à la botte du pouvoir politique, une police au service des ambitions personnelles de son ministre, plus efficace dans les bavures que dans la répression des crimes, le racisme qui ne se dissimule même plus derrière les tirades sur l’immigration clandestine ou non. Tout cela, Le Pen en rêvait, Sarkozy l’a fait. Il ne reste plus guère que la peine de mort pour séparer les deux. Pour combien de temps encore ? Gageons que si, dans les mois qui viennent, Sarkozy sentait que ses efforts constants et acharnés pour attirer à lui l’électeur FN étaient insuffisants pour lui assurer l’accession au trône, nul doute qu’il n’hésiterait pas à reprendre à son compte cette revendication de la peine capitale dont, d’ailleurs, plusieurs dizaines de parlementaires de son propre parti ont déjà réclamé le rétablissement.
Le plus sordide dans l’histoire reste encore l’attitude veule et tartuffe du PS qui, depuis trois ans et demi maintenant, gangrené par ses fantasmes sécuritaires, cire les pompes de Sarkozy avec une belle obstination. La loi sur la récidive, comme toutes celles qui l’ont précédée, n’a pu passer qu’avec et par la complaisance d’un parti dont on sait bien qu’il n’a plus rien d’un parti d’opposition. « Nous n’avons pas l’intention de passer pour laxistes » a sorti Ayrault, président du groupe PS au cours du débat parlementaire. Laxiste, le PS, certes pas ; par contre, fasciste, on va commencer à se poser la question.
Les ânes et les sept hélicos
Plusieurs dizaines de milliers de morts, on ne sait trop combien – mais on ne va quand même pas chipoter sur des détails – dans le dernier séisme au Pakistan. Et d’ailleurs, l’opinion publique a déjà tourné la page ; il faut dire qu’entre les tsunamis, les cyclones, les tremblements de terre, les famines, les guerres, elle ne sait plus où donner de la tête, l’opinion publique et, pour parler franc, elle s’en fout un peu. Tant que ça se passe aussi loin, n’est-ce pas, à quoi bon s’inquiéter ? Nous autres, en France, nous vivons en sécurité ; enfin, disons que la police est omniprésente et que Sarkozy continue à plastronner devant les télés. On a bien eu un peu peur, ces derniers jours, à la vue de ces hordes de sauvages déferlant sur l’Europe par le détroit de Gibraltar mais les Marocains ont su tenir le rôle que l’on attendait d’eux : des Arabes massacrant des Noirs pour protéger l’Europe des Blancs, c’est à ce genre de situation que l’on voit que le colonialisme est toujours bien vivace dans les têtes.
Pour revenir au Pakistan, Libération (12/10) raconte comment les sauveteurs doivent avoir recours à des ânes pour tenter d’acheminer du secours vers les montagnes sinistrées. Seulement sept hélicoptères sont sur les lieux et encore ne peuvent-ils pas voler la nuit. Sept hélicoptères alors que l’armée pakistanaise en possède plusieurs centaines, plusieurs centaines d’avions militaires également ainsi que des milliers d’engins de transport terrestre, sans compter 600 000 soldats, sans compter, non plus les 6% du PIB dévorés par le budget militaire. Mais où sont-ils donc passés ces hélicos, ces engins, ces soldats ? Pas bien loin, à vrai dire, postés au Cachemire pour protéger la frontière de l’ennemi indien. Car, comme le dit à Libé ce brigadier responsable des opérations de secours : « la priorité, c’est le Cachemire ». Des dizaines de milliers de morts, des dizaines de milliers de blessés, des millions de sans-abris, mais la priorité, n’est-ce pas, c’est la frontière du Cachemire. Une frontière, comme chacun sait, c'est sacré.
Entre la guerre et la vie, il faut choisir : tant que le monde continuera de gaspiller mille milliards de dollars chaque année en dépenses militaires, les séismes, les tsunamis, les cyclones, les famines auront encore de beaux jours devant eux. Dans ces conditions, verser une larme sur les victimes, ça fait franchement faux-cul.
05 octobre 2005
J'ai beaucoup d'estime pour Philippe Meirieu mais...
Dans le Figaro littéraire ( 29/09/05) Philippe Meirieu échange avec J.-P. Brighelli. Brighelli, c’est le Le Bris de la rentrée 2005. Pour le Bris, l’école fabrique des illettrés et des analphabètes, pour Brighelli, elle produit également des « crétins ». Il faut croire que ce prof agrégé en est lui-même un pur produit, vue la quantité d’âneries, de lieux communs, de contre-vérités qui remplissent ce pamphlet nullissime, vite écrit, vite lu, destiné aux Centres Leclerc, quelque part entre le rayon produits d’entretien et le rayon lingerie féminine. C’est paraît-il, depuis des années, le rituel de la rentrée : je n’ai rien à dire sur l’école mais je le dis quand même ; ça arrondira toujours mes fins de mois.
Bon, revenons à Philippe Meirieu, qui, dans cet entretien lui apporte la contradiction. Trop facile d’ailleurs, tellement l’adversaire patauge dans ses contradictions, se noye dans son inepte bavardage. Sauf qu’à un moment, Brighelli se lance dans l’évocation de son fils, scolarisé en CP, qui n’apprend plus ni histoire ni géographie, les programmes privilégiant à ce niveau une initiation par l’étude de l’ « environnement ». Il est clair que pour Brighelli, la géographie se ramène à la récitation de la liste des départements et des préfectures ; et notre homme – paraît-il, d’ « extrême-gauche » – de se désoler de la perte de ces fameux repères chronologiques qui serait à l’origine de tous les maux de notre monde contemporain. Vous rendez-vous compte, ajoute-t-il, que nombre d’élèves ignorent la date de la bataille de Waterloo. C’est grave, docteur ?
On attendait la réplique de Meirieu ; que le pédagogue affirme, par exemple, que pour un enfant de 7 ans, l’étude de son milieu est autrement plus porteur de sens que la chronologie des Capétiens directs ou des guerres de Louis XIV ; que le cerveau d’un enfant de cet âge n’a aucune idée de ce que peut représenter un siècle ou un millénaire et donc une date ; que rien ne justifie que la curiosité illimitée d’un jeune enfant se trouve bornée dans une histoire « nationale » etc. On attendait la réplique de Meirieu mais la réplique ne vint pas. Pire même,Philippe Meirieu se lance alors dans une apologie de « l’histoire de France, enseignée chronologiquement ». On se demandera toujours comment un chercheur, un enseignant aussi lucide, aussi critique, aussi courageux que l’est Meirieu, peut se laisser enfermer dans une vision aussi réductrice de l’enseignement de l’histoire. Pourquoi la France plutôt que le monde, alors que l’enfant est dévoré de curiosité pour notre planète, l’univers, les volcans, les premiers hommes et les dinosaures ? Notre planète, l’univers, les volcans, les premiers hommes et les dinosaures, tout cela n’est pas de la chronologie, de l’histoire, de la géographie ? Si l’on trouve scandaleux qu’un enfant ignore Waterloo ou Marignan, ne l’est-il pas davantage qu’il ne connaisse rien de l’Afrique et des Africains, l’Afrique, séparée de l’Europe par 14 kms (la largeur du détroit de Gibraltar...) où plusieurs millions de nos élèves ont leurs ancêtres directs et où nous avons tous nos ancêtres australopithèques ? Rien sur l’Asie, ses 3 milliards d’habitants et son histoire autrement plus ancienne que la nôtre ? Quant à l’Amérique, on attendra simplement que les Espagnols y mettent les pieds pour la découvrir et, au passage, massacrer ses habitants. Etouffer la curiosité des enfants à qui on reprochera ensuite, à l’âge du collège de n’être intéressés que par la télé...
« L’histoire de France, enseignée chronologiquement », qui n’est d’ailleurs même pas l’histoire des Français, ni l’histoire des hommes, des femmes, des enfants, des gens et des animaux (tiens, à ce propos, on peut toujours relire « Les animaux ont une histoire » de Robert Delort, Le Seuil, 1984) qui vivent sur cette extrémité de continent depuis bien plus longtemps que la France existe mais tout bêtement l’histoire des régimes politiques, des grands hommes qui le plus souvent n’ont été que de grandes crapules. « L’histoire de France » juste pour faire émerger chez l’enfant une « conscience nationale », comme si c’était nécessaire. « L’histoire de France » pour faire d’un enfant un Français mais surtout pas un citoyen du monde. « L’histoire de France », un dogme, un tabou, une histoire sainte au pays de la laïcité.
« L’histoire de France enseignée chronologiquement », un concept aussi dévastateur, aussi stupide que la méthode syllabique pour apprendre à lire, que la Marseillaise pour éduquer à la citoyenneté, que la blouse grise pour apprendre à vivre ensemble.
02 octobre 2005
Les "géniales intuitions" de l'extrême-droite
Envoyé ça à Ouest-France
Dans un quotidien censé respecter les valeurs de ses lecteurs, on aurait attendu un peu plus de retenue que le "Touche pas à la Marseillaise" de D. Pillet (OF, 02/10/05) qui, au passage, en profite pour cirer les pompes ("les géniales intuitions") d'un député d'extrême-droite, J. Rivière, auteur de l'amendement Marseillaise, bien connu pour ses prises de position racistes et xénophobes (cf ses polémiques répétées avec le MRAP).
Si 80% de vos lecteurs approuvent l'apprentissage de la Marseillaise, ce n'est pas une raison pour ne pas reconnaître la liberté de conscience des 20% restants, la liberté de conscience qui demeure - malgré la Marseillaise... - un des principes de la république. Ce n'est pas non plus une raison pour que votre quotidien ignore superbement le réel mouvement d'opposition qui s'est développé sur ce sujet dans les écoles depuis la rentrée. Le "sang impur" qui abreuve les sillons, les "cohortes étrangères" qui font la loi dans les foyers, il reste quand même pas mal de gens, bien plus de 20%, à trouver ça franchement sordide.
Il est vrai que, pour OF, comme pour nombre d'autres publications, un sondage, c'est tellement plus facile à organiser qu'un débat.
Un budget policier pour un état policier
Dépenses de santé en baisse de 32%, ville et logement de 3,5%, politique des territoires de 63% etc. Dans le même temps, le budget de la justice augmente de 9,2%, celui de la police de 3,4%, le colossal budget militaire (plus de 43 milliards d’euros) de 1,2%. Le budget 2006 reflète les choix, les priorités, la morale du gouvernement. Depuis plusieurs années, l’état se désengage massivement de secteurs où les besoins sont pourtant criants, comme c’est la cas pour le logement, pour concentrer son action sur la répression : police, prisons, armée, voient leurs budgets en croissance exponentielle. C’est un choix dont on mesure chaque jour les conséquences : pourquoi construire des logements pour les pauvres alors qu’il est tellement plus facile de les faire brutalement chasser par les CRS ?
Un enseignement véritablement libre
Il y a quelque chose de dérisoire dans la levée de boucliers, les appels à la guerre civile – on n’ose pas dire à la guerre sainte – qui ont accompagné, il y a quelques semaines la visite du ministre de l’Education à un collège privé. Dans l’enseignement dit « privé » – j’entends sous contrat d’association – il n’y a guère que les locaux qui le soient réellement. Même si le choix des enseignants y relève de la responsabilité du chef d’établissement, tout le reste, les programmes, les méthodes d’enseignement, les examens et l’évaluation, la carrière et le salaire des profs, l’orientation, tout le reste est du ressort de l’état. Au point que c’en est abusif que d’assimiler l’enseignement privé à l’enseignement « libre ». En France, la « liberté de l’enseignement » se résume, pour les familles, à choisir entre des locaux financés par les collectivités locales ou des locaux propriétés privées. C’est singulièrement limitatif.
Pourtant un enseignement véritablement libre, c’est-à-dire échappant à la tutelle du ministère de l’Education, existe depuis longtemps et a fait ses preuves : il s’agit de ces écoles, qualifiées de « différentes », d’ « alternatives » – écoles Freinet, Montessori, Decroly, Steiner, pour n’en citer que quelques-unes – qui, toutes, ont en commun une volonté d’indépendance à l’égard de l’état et surtout portent sur l’élève un regard de confiance : on grandit dans la liberté et la responsabilité. Tout le contraire, donc, du système officiel.
Bien sûr, le financement privé de ces établissements, le plus souvent à la charge des familles, en interdit l’accès au plus grand nombre et l’on imagine aisément que l’état, même dans les milieux politiques dits « libéraux » qui prônent son désengagement de toutes sortes de secteurs, n’est pas disposé à abandonner son pouvoir sur un système éducatif dont le grand mérite est de lui assurer des générations dociles et disciplinées. Le système actuel paraît à bout de souffle ; les tentations réactionnaires (cf la loi Fillon) sont vouées à l’échec. L’alternative existe pourtant ; il suffit juste d’un peu de courage politique. C’est peut-être là où le bât blesse.
