Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

30 novembre 2005

Socialistes à la dérive

Une nouvelle fois – on ne sait plus combien de fois ça leur est déjà arrivé – les socialistes se sont couchés devant Sarkozy. Face à une loi raciste et policière, ils n’ont rien à dire, ne se rendant sans doute pas compte que c’est leur silence qui fait le succès de Sarkozy dans l’opinion. Car sans ses lois racistes et policières, sans sa logorrhée raciste et policière, sans ses cohortes de policiers racistes, Sarkozy ne serait rien. Ca leur coûterait quoi aux socialistes, de l’ouvrir un peu, de dire : « Maintenant, Sarkozy, ça suffit ! Couché, Sarkozy ! » ?  Qu’ils se préparent une nouvelle branlée électorale comme au printemps 2002, ça, on s’en fout un peu mais qu’ils laissent tout un pays se jeter sans réfléchir dans les bras de sinistres brutes, là, c’est déjà plus grave. 

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28 novembre 2005

Kévin, 12 ans et demi, graine d'apprenti

Il s’appelle Kévin. Bon, ce n’est pas sa véritable identité, comme dans les chroniques judiciaires mais il existe réellement, en chair et en os ; il a 12 ans et demi, en classe de sixième. Un peu de retard, il n’écrit pas très bien, un peu brouillé avec la discipline scolaire mais il faut dire que la vie ne lui a pas fait de cadeaux, à Kévin : foyer perturbé, placements à droite à gauche, il n’a pas eu vraiment de chance pour démarrer dans la vie, Kévin. Pour le reste, une bonne tête et une intelligence vive. En fait, comme il n’aime pas trop l’école, Galouzeau de Villepin a pensé à lui : l’apprentissage à 14 ans. On rétorquera que lorsqu’un enfant n’aime pas l’école, on pourrait peut-être s’arranger pour la lui faire aimer, ou la rendre plus supportable. Par exemple en s’adaptant à lui, en individualisant son parcours, en mettant en œuvre une pédagogie qui marche avec lui. La pédagogie différenciée, ça existe depuis des lustres, sauf dans l’Education nationale. D’ailleurs, c’est bien connu, la nation n’aime pas les individualités ; la République une et indivisible, qu’a-t-elle à en foutre, au juste, de Kévin ?

La loi Fillon, en application depuis deux mois, mais dont Galouzeau nous dit qu’elle n’a plus que quelques semaines à vivre, a tiré un trait sur toute réflexion pédagogique, sur les programmes, sur la question de l’évaluation : lorsqu’un élève est à la traîne, qu’il redouble...ou qu’il dégage ! Pour commettre sa loi, Fillon, aujourd’hui conseiller politique de Sarkozy, a bénéficié de la complaisance de toute une cohorte ultra-conservatrice, clamant partout dans les médias qu’il n’est de bonne école que celle des années 80 (1880, s’entend...), que la pédagogie est contraire à la république, qu’un enfant doit être dressé plutôt qu’éduqué. Cette coterie réactionnaire – qui ne jure que par la dictée, les tables de multiplication ou la chronologie des rois de France – déborde très largement les rangs de l’UMP : elle a ses ramifications au sein même de l’Education nationale parmi tous ces profs qui n’ont trouvé à protester contre la loi Fillon que parce qu’elle leur imposerait le cas échéant de remplacer un collègue absent. Des profs à courte vue au point d’en être aveugles.

Ce message est dédié à  Ugarte, qui, dans un récent commentaire sur Journal d’école, se réjouissait de voir qu’avec l’apprentissage à 14 ans, l’école allait enfin se débarrasser des tous ces « nuls », de tous ces « fainéants ». Non, Kévin n’est ni nul ni fainéant : il a juste le malheur de vivre dans un monde de cons.

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26 novembre 2005

L'imagination en grève

Avec les syndicats d’enseignants, ce n’est pas demain la veille que l’imagination prendra le pouvoir. Vraiment rien d’autre qu’une journée de grève pour faire valoir son point de vue ? Certes, une grève de profs fait toujours des heureux : les élèves, bien sûr, fous de joie à l’idée que la prof de maths n’est pas là, le trésorier payeur général, qui permettra à son patron d’économiser quelques journées de salaire, le patron lui-même, le ministre qui, tirant argument du faible pourcentage de grévistes, en profite pour claironner devant les télés que les profs soutiennent majoritairement sa politique...Ce de Robien, il ne lui aura pas fallu longtemps pour se laisser contaminer par l’arrogance umpiste. Mais enfin, toutes ces petites satisfactions, ça ne fait pas une alternative éducative.

Face à un gouvernement brutal et sans scrupules, sourd et aveugle à tout ce qui l’entoure, dévoré par des préoccupations uniquement clientélistes, la réponse doit être d’une autre nature. Les enseignants du Réseau Education Sans Frontières (RESF, www.educationsansfrontieres.org) qui ont réussi à faire plier Sarkozy – au moins partiellement, au moins momentanément – sur la question des élèves sans-papiers, montrent ce que peut faire un petit groupe courageux et déterminé. Ils ont remis à l’honneur ce qui pourrait bien être l’arme ultime face à un régime autoritaire et une opposition politique inexistante : la désobéissance civile ou civique. Lorsque les lois ne sont plus légitimes, il est au contraire parfaitement légitime d’y désobéir et de rappeler que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen reconnaît parmi les « droits naturels et imprescriptibles de l’homme (...), la résistance à l’oppression ».

On se refuse à croire que des enseignants ne puissent s’opposer au rétablissement de l’apprentissage à 14 ans autrement que sous la forme d’une futile journée de grève. Le ministère ne pourra mettre en œuvre cette mesure que par des circulaires les impliquant, qui demanderont leur kollaboration et qu’ils ont le pouvoir de refuser : l’apprentissage à 14 ans ne se fera que si les profs le veulent bien et c’est peut-être là, justement, qu’est le problème. Car on ne peut se cacher, qu’au-delà des protestations de façade, bien des enseignants ne sont, à vrai dire, pas trop mécontents de se débarrasser d’élèves considérés avant tout comme des gêneurs, tous ceux qui « font baisser le niveau », qui « ralentissent la classe »...on connaît ce discours. Comme Fillon avait renforcé le pouvoir des profs en facilitant le redoublement – au fait, on attend toujours une journée de grêve sur ce thème – de Robien et Galouzeau de Villepin ôtent une épine du pied aux plus conservateurs d’entre eux. La grève, pour eux, c’est juste pour signifier au ministre qu’on n’ira pas plus loin dans la protestation, presque un remerciement en quelque sorte.

Et puis surtout, derrière ces grèves légales, il ya toujours cette invraisemblable paralysie des profs lorsqu’il s’agit de s’engager dans des actions qui pourraient ressembler à quelque chose comme de la désobéissance, tétanisés qu’ils sont à l’idée de s’opposer à la hiérarchie. Lorsque l’on a passé toute son existence dans un établissement scolaire, comme élève d’abord, à obéir, puis comme enseignant, à exiger l’obéissance, on n’est peut-être pas très bien armé pour aborder sereinement une réflexion sur l’autorité et sa nécessaire remise en cause. L’inspecteur d’académie comme substitut du père ? Est-ce si saugrenu pour expliquer, au moins partiellement, les blocages de l’Education nationale ?

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24 novembre 2005

Racisme républicain

Guillemets :

« on voudrait réduire les émeutes des banlieues à leur dimension sociale, y voir une révolte de jeunes contre la discrimination et le chômage. Le problème est que la plupart sont noirs ou arabes avec une identité musulmane (...). On nous dit que l’équipe de France est admirée parce qu’elle est black-blanc-beur (...). En fait, aujourd’hui, elle est black-black-black, ce qui fait ricaner toute l’Europe (...). Désormais on enseigne que [l’histoire coloniale et l’esclavage] furent uniquement négatifs et non que le projet colonial entendait éduquer et amener la culture aux sauvages (...).Mais personne ne les [les enfants d’immigrés] retient ici ».

Le Pen à la fête des bleus-blancs-rouges ? Non : Finkielkraut au quotidien isaréelien Haaretz [Le Monde, 23/11/05]. Après Carrère d’Encausse, après beaucoup d’autres, la diatribe nauséeuse de Finkielkraut montre à quel point le racisme a gangrené une large fraction de l’intelligentsia et des faiseurs d’opinion. Depuis plusieurs années, la défense et l’exaltation de la république ont dangereusement dérivé, au point de devenir l’étendard d’un racisme qui ne cherche même plus à se cacher. Il ne s’agit pas seulement d’une forme de lepenisation des esprits mais d’une tendance lourde de la république à mettre en œuvre des valeurs bien davantage nationales que républicaines. Il existe un véritable racisme républicain[1] qui se manifeste tout au long de l’histoire – depuis les préfets de la IIIe République qui fichaient les étrangers et les juifs dans les années 30, jusqu’aux persécutions contre quelques jeunes filles voilées considérées comme une menace pour la république – et s’affiche sans retenue dans l’occupation policière de certains quartiers comme dans les discours politiques où (extrême-)droite et gauche se retrouvent de concert. Une république qui préfère se cacher derrière la défense musclée et policière de ses symboles, drapeau et Marseillaise, pour mieux faire oublier qu’elle n’a plus rien à voir avec ses valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité.

Alors que le racisme n’est plus en France un délit, qu’il est même en train de devenir le passage obligé du politiquement correct, les parlementaires eux, se lachent contre les rappeurs qui incitent selon eux au « racisme anti-blanc » et à « la haine de la France ». Là non plus, ce n’est toujours pas du Le Pen mais de l’UMP (153 députés, 49 sénateurs) qui demandent au ministre de la justice (si, si, ça existe) d’ouvrir des poursuites à l’encontre de plusieurs groupes de rap (Le Monde, 24/11/05). Et moi qui aime par-dessus tout la basse de viole de Marin Marais ou le piano de Chopin, j’avoue ressentir un intense plaisir à la lecture (parce que la musique, bon effectivement...) des textes de Monsieur R. : « La France est une garce, n’oublie pas de la baiser jusqu’à l’épuiser ! (...) Moi, je pisse sur Napoléon et sur le général de Gaulle . » Faire pipi sur la France, c’est plus grave que passer une cité au karcher ?


[1] pour reprendre l’expression de Pierre TEVANIAN, Le racisme républicain, L’esprit frappeur, 2001.

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21 novembre 2005

La morgue et le mépris

Après avoir déclenché l’incendie que l’on sait avec ses propos irresponsables, Sarkozy en a remis une tournée sur la « racaille », précisant même que le mot était sans doute « bien faible ». On ne sait pas ce qui peut pousser un ministre d’état à attiser la haine, à dresser les uns contre les autres avec un plaisir maladif les habitants d’une même cité, sinon le souci, appuyé sur une morgue et un mépris sans limites, d’attirer à lui les suffrages des électeurs lepénistes. Dans les banlieues, mais aussi bien au-delà, il est fréquent d’entendre Sarkozy se faire traiter de sale batard. L’expression est là encore « bien faible » pour un type qui reste avant tout un voyou caractériel.

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Brûler pour brûlés

Brûler une voiture, c’est grave n’est-ce pas, c’est un délit qui vous conduit en prison pour plusieurs mois.  Laisser brûler un être humain, ce n’est pas grave, ce n’est pas un délit, c’est juste le résultat du refus de certains élus d’appliquer la loi du 13 décembre 2000 imposant aux communes de plus de 3500 habitants un seuil de 20% de logements locatifs sociaux sous peine de sanctions financières. Si la loi était appliquée, 900 000 personnes trouveraient à se loger convenablement (La Croix, 16/11/2005) et les dizaines de personnes – majoritairement des enfants – disparues dans l’incendie de leur taudis parisien au cours des derniers mois seraient toujours en vie. Plusieurs dizaines de morts à cause d’élus davantage soucieux de leur carrière politique que de l’intérêt général.

Dans la liste des « 15 villes cancres du logement social » publiée par la Vie avec la Fondation Abbé-Pierre, on trouve dix municipalités UMP, une UDF, deux divers droite : Neuilly (c’est la ville de qui, déjà ?), avec 1,34% de logements sociaux, Le Raincy, 3,91%. Le Raincy, la ville de Raoult, bouffissure à écharpe tricolore, qui se déchaîne sans retenue devant micros et caméras contre les hors-la-loi qui brûlent les voitures, sans doute pour mieux faire oublier sa responsabilité et celle de ses copains dans la mort de tous les pauvres gens qui n’ont pas trouvé à se loger dignement. Six mois de prison pour une voiture incendiée, quatre ans pour un magasin parti en fumée, à ce tarif, c’est perpète qu’ils méritent, eux, ces irresponsables politiques, pour tous les brûlés vifs, les asphyxiés – brûlés vifs, asphyxiés, parce qu’on ne voulait pas d’eux au Raincy, à Neuilly ou ailleurs. Et même, pendant qu'on y est, la peine de mort pour Raoult qui en est un fervent partisan, au point d'avoir déposé devant l'Assemblée nationale une proposition de loi visant à la rétablir.

On n’épiloguera pas sur l’opinion publique, ou ce qu’on désigne communément comme telle, dont on nous dit qu’elle approuve très majoritairement la politique qui permet de pareils errements, une opinion publique qui accorde davantage de prix à une bagnole qu’à la vie d’un homme ou d’un enfant. Il est vrai que cet homme, cet enfant, ont presque toujours la peau noire ; ils n’avaient qu’à rester chez eux aussi.

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20 novembre 2005

Punitions encore et toujours

Le dernier rapport annuel de la défenseure des enfants (www.defenseurdesenfants.com) confirme ce que l’on constate tous les jours : la judiciarisation croissante des affaires touchant aux mineurs et la multiplication des sanctions. Des actes peu graves, qui auparavant, étaient traitées au sein de la famille ou de l’école, relèvent maintenant du tribunal : 33 000 peines ont été prononcées en 2004 contre des mineurs, 42 000 mesures éducatives ont été prononcées.

Parallèlement, Claire Brisset dénonce les violences policières dont sont victimes les mineurs : contrôles d’identité à répétition, sans aucune autre justification que le plaisir des flics de se payer des petits jeunes, contrôles au faciès le plus souvent qui entraînent la multiplication des procédures pour outrages et rébellion. Pour la défenseure, « aider les enfants et leur famille dès les premiers moments de leur parcours scolaire constitue un atout majeur de la lutte contre la violence et la délinquance ». On ne sait pas si Claire Brisset a envoyé son rapport à Sarkozy.

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16 novembre 2005

68%

68% des Français approuvent la politique de Sarkozy face à la crise des banlieues (sondage Ipsos du 15/11/05). On n’est pas surpris par un chiffre qui confirme simplement qu’on a tout lieu de s’inquiéter de la santé mentale des Français en question.

Parce qu’enfin, c’est bien l’UMP et son chef qui gouvernent la France depuis plus de trois ans et demi. La politique des banlieues c’est également celle de l’UMP et de son chef. Aujourd’hui, les banlieues  explosent à la figure du chef de l’UMP. Et 68% approuvent une politique qui y a tout extrême-droit conduit... Même si l’on se convainc que ces 68% n’ont le plus souvent pas d’autres sources d’(ir)réflexion et de (dés)information que des télés à la botte de Sarkozy (cf le dernier épisode où l’on a vu France 2 faire publiquement allégeance au ministre en censurant les images d’une énième bavure policière), il est peut-être temps de s’alarmer que :

- 68% des Français approuvent que des policiers donnent des coups de pieds dans la tête d’un manifestant tombé à terre.

- 68% des Français approuvent que des policiers dictent leurs décisions aux juges.

- 68% des Français approuvent les contrôles d’identité au faciès.

- 68% des Français approuvent que des dizaines de milliers d’emplois de travailleurs sociaux aient été supprimés dans les banlieues pour être remplacés par autant de policiers.

- 68% des Français approuvent que des quartiers entiers soient transformés en ghettos.

- 68% des Français approuvent la mise en place d’une société d’apartheid.

- 68% des Français approuvent une législation d’exception, de guerre coloniale, donnant les pleins pouvoirs à la police et à l’administration.

- 68% des Français approuvent la fin de l’état de droit.

- 68% des Français approuvent que l’état s’essuie les pieds sur les droits de l’homme.

- 68% des Français approuvent la mise en place d’un régime d’exception, fondé sur la brutalité et l’arbitraire et dont il n’existe d’exemple nulle part ailleurs en Europe (à l’exception de la Russie de Poutine et de la Biélorussie de Loukachenko).

- 68% des Français sont heureux et fiers de constater qu’après des décennies d’efforts, Le Pen est arrivé à ses fins par Sarkozy interposé.

Vive la France !

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Les habits verts du racisme

Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française ( !) a livré son analyse de la crise des banlieues (Libé, 15/11/05) : « Ces gens-là, ils viennent directement de leurs villages africains (...). Tout le monde s’étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l’école ? C’est clair pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis,  sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25 enfants. Et ces enfants, ils courent partout dans les rues ». Et l’académichienne de poursuivre dans le sordide : « (en France), vous allez en prison si vous dites qu’il y a cinq juifs ou dix noirs à la télévision. Les gens ne peuvent pas exprimer leur opinion sur les groupes ethniques, sur la Seconde guerre mondiale et sur beaucoup d’autres choses. »

On se contentera juste de faire observer qu’il y a encore peu de temps, ce genre de propos, qui étaient alors l’apanage de Le Pen et des révisionnistes, suscitaient une réprobation quasi-générale et pouvaient conduire leurs auteurs devant un tribunal pour incitation à la haine raciale. Aujourd’hui, il s’expriment sans honte, sans retenue, non seulement au café du commerce mais dans tous les organes de presse, les plus hautes institutions et jusqu’au sommet de l’état (cf la dernière sortie de Larcher, ministre d’on ne sait plus trop quoi, sur la polygamie, source de tous les problèmes des banlieues...). A ma connaissance, les autres académichiens, bien tenus en laisse, n’ont pas réagi.

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14 novembre 2005

Le Pen président : ça y est, c'est fait

Rassemblements interdits, presse  et moyens d’information sous contrôle du gouvernement, de même que le cinéma et le théâtre, perquisitions de jour comme de nuit sur simple décision policière, liberté d’aller et venir sous surveillance, expulsions d’étrangers décidées par la seule administration, ce sont toutes les libertés publiques qui sont en France suspendues. La France s’aligne sur la Russie de Poutine ; même la Grande-Bretagne et l’Espagne après des attentats sanglants et dans un contexte autrement dramatique n’ont pas jugé bon de se doter de lois aussi brutales.

Sauf erreur de ma part, il est clair que c’est aujourd’hui Le Pen qui gouverne la France : c’est la totalité de son programme politique, reflétant les valeurs les plus violemment autoritaires et xénophobes, qui est appliquée par ses affidés de l’UMP, Sarkozy en  tête. A force de vouloir attirer à lui l’électorat du FN, ce dernier a transformé la France en champ d’expérimentation de l’extrême-droite. Si Le Pen, en chair, en graisse et en os, avait été élu au printemps 2002, la France aurait alors été dans une situation rigoureusement identique à celle d’aujourd’hui : des quartiers entiers transformés en ghettos (cf La Madeleine à Evreux, en attendant d’autres), une société d’apartheid, les pleins pouvoirs à la police et surtout cette tendance lourde, profonde, continue depuis les premières lois Sarkozy de l’été 2002, qui voudrait faire croire que  les problèmes de société relèvent exclusivement de solutions policières. Le Pen en rêvait, Sarkozy l’a fait. Maintenant, il revient peut-être aux 82% d’électeurs qui avaient voté contre Le Pen il y a trois ans et demi, de dire s’ils ont aujourd’hui changé d’opinion.

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