Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

30 janvier 2006

Mais que fait la police ?

Mais où s’arrêteront-ils ces sauvageons ? Pas plus tard que jeudi dernier, dans l’Essonne, un élève en a grièvement blessé un autre à la tête d’un coup de carafe d’eau ; la victime a dû être hospitalisée. Curieusement, aucune télé, aucune radio, aucun journal ne s’est déplacé toutes affaires cessantes. De Robien non plus dont on attendait pourtant qu’il confirme à cette occasion sa ferme volonté d’implanter des policiers dans les établissements scolaires.

Pourtant, des policiers faisant règner l’ordre dans un école militaire, ça ne manquerait pas de sel ; car l’école en question n’est autre qu’un de ces inénarrables centres « Défense 2e chance » mis en place par le gouvernement pour faire baisser les chiffres du chômage, où quelques malheureux jeunes, appâtés par un modeste pécule, passent leur journée à marcher au pas, sous les hurlements d’adjudants à la retraite. Des violences dans une école militaire ? Au même titre que dans n’importe quel lycée professionnel de banlieue encadré par de dangereux laxistes post-soixantehuitards ? Ben oui.

Actuellement, il existe 3 de ces établissements. Il devrait y en avoir 500 avant la fin de l’année ! (Tiens, à ce propos, à côté de chez moi, on est en train de fermer plusieurs écoles élémentaires ; aucun rapport, bien sûr). Si ce chiffre est tenu, la violence à l’école, ça n’est pas prêt de se terminer...

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28 janvier 2006

27 janvier 1756 - 27 janvier 2006

Dimanche 27 janvier 1756. A Salzbourg, naissance du septième enfant de Léopold Mozart et d'Anna-Maria Pertl : Wolfgang Mozart.

Mozart n'est jamais allé à l'école.

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26 janvier 2006

Sarkozy, ministre de l'éducation

On l’attendait, il ne nous a pas déçu le ministre de la police, de l’éducation, de la justice, de l’immigration, du logement, des affaires sociales, des cultes et des bonnes mœurs et j’en oublie sans doute, Sarkozy, plus pitre et pitoyable que jamais lorsqu’il se mêle d’éducation.

A Montbéliard, il a fait part de ses remèdes face aux violences scolaires (26/01/06) :

- d’abord, les établissements doivent se doter d’un règlement intérieur. Géniale nouveauté et qui a bien dû faire rigoler les 12 millions d’élèves des 60 000 établissements scolaires qui, tous ont dans leur cartable, un carnet de correspondance avec le règlement signé en début d’année. Pour une fois que Sarkozy fait rigoler, on ne vas pas s’en priver.

- Ensuite le règlement en question doit préciser qu’en classe on doit « ôter sa casquette et son blouson » : pour la casquette, Sarkozy n’est sans doute pas au courant que suite à la loi sur les signes religieux, la plupart des établissements ont interdit les couvre-chefs. Pour le blouson, il fait presque aussi fort que Darcos avec sa campagne contre le string : c’est sûr, le blouson, ça rend violent.

- Un élève doit être « passible de sanctions s’il est insolent, agressif ou s’il dégrade un bâtiment » : alors qu’aujourd’hui, c’est bien connu, lorsqu’en élève est insolent, agressif ou qu’il dégrade un bâtiment, il reçoit les félicitations du conseil de discipline.

- Le proviseur doit avoir le droit de « rappeler à l’ordre » un élève. C’est bien vrai que les proviseurs sont d’abominables laxistes qui acceptent tout des sauvageons.

- Le « rappel à la loi » peut être fait par le maire ou le commissaire de police : pour les maires, de Robien leur a déjà donné le droit de regard sur les méthodes de lecture ; en ce qui concerne les commissaires de police, c’est vrai qu’à part les meurtres, les cambriolages, les accidents de la circulation, les viols, les trafics en tout genre, ils n’ont pas grand chose à faire. Avec les carreaux cassés dans les écoles, au moins, ils auront de quoi s’occuper. Mais au fait, j’y pense tout à coup, pourquoi ne pas donner aux commissaires un pouvoir de contrôle sur l’apprentissage de l’écriture ou du calcul ? On arriverait ainsi sans peine à la bivalence chère à de Robien : flic/mathématique ou français/maire.

Voilà donc les préoccupations éducatives d’un candidat à la présidence de la république. On dédie ce message à ceux qui n’auraient pas encore compris à quoi sert le matraquage médiatique sur les violences à l’école : la violence à l’école, c’est vachement utile quand on s’appelle Sarkozy et qu’on a des ambitions politiques. Encore merci, les journalistes.

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25 janvier 2006

Des élèves qui n'aiment pas leurs profs et réciproquement

Entre les médias montant en épingle n’importe quel fait divers pourvu qu’il y ait du sang et des larmes, les appelant même de leurs vœux tellement le thème est vendeur, les enseignants prêts à exercer leur « droit de retrait » au premier orteil écrasé et de Robien tirant les marrons du feu, il est permis de se demander qui manipule qui avec le thème de la violence scolaire.

Au-delà des problèmes de fond, il y a quand même des faits divers, comme ça, qui vous interpellent. Deux lycéens de la Loire viennent d’être condamnés à 15 jours de prison ferme par le tribunal correctionnel de Roanne pour avoir, au printemps dernier, distribué des tracts jugés diffamatoires et injurieux par ces messieurs-dames du corps enseignant. Il paraît (dépêche AFP) que c’était « scatologique ». Passons sur le fait que si à chaque fois qu’un prof injurie un élève, on l’envoyait en prison, il n’y aurait plus beaucoup de monde devant les élèves, pour admirer et louer le côté éminemment éducatif de la sanction infligée par le juge : deux lycéens enfermés pendant 15 jours au côté d’assassins, de violeurs, de délinquants en tout genre, si après cela, ils ne retrouvent pas leur lycée avec des sentiments de respect et d’affection pour les profs, c’est à désespérer de l’éducation et de la justice de son pays.

En tous cas, la prochaine fois où, dans cet établissement, un prof se fera écraser son gros orteil, on saura toujours pourquoi.

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21 janvier 2006

Ces malades qui nous gouvernent

A-t-on bien compris les propos de Chirac sur la bombe atomique et « les intérêts vitaux » de la France ? Si donc, un jour, l’approvisionnement en prétrole de la France est menacé, Chirac se réserve le droit d’utiliser l’arme atomique. Combien de milliers, de dizaines, de centaines de milliers de morts, peut-être plusieurs millions, tous innocents, pour permettre aux automobilistes français de faire le plein ? Mais qui sont les terroristes ? Ben Laden et ses 2700 morts du 11 septembre ou des chefs d’état qui déclencheraient sans état d’âme un cataclysme nucléaire ?

Et dans le même temps, Sarkozy, dévoré de haine et d’orgueil, peaufine son énième texte de loi contre les jeunes, cette fois-ci il s’agit des enfants de 10 ans, tous délinquants en puissance comme chacun sait.

Mais qui sont ces malades qui nous gouvernent ?

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18 janvier 2006

Les hussards noirs de Sarkozy

Dans Libé (18/01/06), Emmanuel Davidenkoff déroule l’impressionnant catalogue des mesures décidées par de Robien depuis quelques semaines : apprentissage à 14 ans, policiers dans les établissements scolaires, note d’obéissance pour les collégiens, retour à des méthodes de lecture éculées, bivalence des profs, suppression des postes d’enseignants etc, mesures dont on a déjà dit ici où elles prenaient leur source d’inspiration (« Quand l’école fait le lit de l’extrême-droite », Journal d’école, 05/01/06 ). Décidées dans le secret de son cabinet, sans concertation avec qui que ce soit, avant d’être présentées sur les plateaux de télés. Déni de démocratie. Faut-il seulement rappeler qu’il y a deux ans à peine, un million d’intervenants participaient au débat sur l’avenir de l’école, qui s’était conclu par la remise d’un rapport (le rapport Thélot), censé poser les bases du système scolaire pour une bonne dizaine d’années, rapport superbement ignoré par les ministres successifs, comme sont ignorées des tonnes de rapports sur l’apprentissage de la lecture, la violence à l’école etc, dont de Robien prend comme à plaisir le contrepied. En parfait démago, de Robien (Libé, du même jour) ironise sur la nécessité de « commander un nouveau rapport, puis un rapport sur le rapport ». Et si, simplement, en tant que ministre responsable, il se contentait de lire les rapports déjà existants et de respecter leurs auteurs ?

Ce n’est pas un hasard si le mimétisme entre la méthode de Robien et la méthode Sarkozy est flagrant (« De Robien à l’école de Sarkozy », Journal d’école, 05/01/06) : dans les deux cas, du vent, de l’agitation, de l’esbroufe, des mouvements du menton, tout cela à l’intention du JT de 20 heures avec comme objectif, non pas de trouver des solutions à tel ou tel problème scolaire mais d’amener l’électeur à bien voter. Comme les gesticulations policières de Sarkozy auraient réduit la délinquance et ramené l’ordre, les gesticulations de de Robien permettraient d’en finir avec l’échec scolaire. Et tant pis si à l’arrivée, on constate que la délinquance a augmenté sous Sarkozy, comme on constatera que l’échec scolaire s’est agravé parce qu’on ne s’est pas attaqué à ses racines.

Le plus affligeant en l’affaire reste quand même la formidable complicité d’une majorité d’enseignants face à une politique de mystification, les protestations s’exprimant à la marge, par l’intermédiaire le plus souvent des mouvements pédagogiques ou de quelques isolés (« L’imagination en grève », Journal d’école, 26/11/05). Nombre d’enseignants, au fond d’eux-mêmes, sans l’avouer ouvertement, véritables faux culs-laïques, ne sont pas mécontents de voir un ministre les débarrasser de ces « gêneurs », de ces « fainéants », de tous ceux qui « ne sont pas faits pour l’école » et de leur permettre de ronronner jsuqu’à la retraite devant des classes passives et soumises. Et comme les flics ont été depuis bientôt quatre ans les premiers agents électoraux de Sarkozy, on peut dire que les enseignants viennent juste après... Les hussards noirs de Sarkozy, en quelque sorte.

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17 janvier 2006

Train-train judiciaire

Train-train judiciaire habituel au tribunal correctionnel de L*** (Ouest-France, 12-13/01/06) : 3 à 6 mois de prison avec sursis, 300 euros d’amende, pour 4 jeunes arrêtés avec quelques grammes de cannabis. La veille, après 9 mois de détention provisoire, un jeune avait écopé de 18 mois, dont 6 avec sursis ; 6 mois fermes pour les copains ; ce dangereux malfrat avait été arrêté avec 19 grammes de cannabis et un carnet impressionnant d’une dizaine de clients. Policiers et magistrats étant rémunérés au mérite, les affaires de cannabis, ça leur permet toujours d’arrondir leurs fins de mois. Il faut dire que choper un petit jeune à la sortie du lycée, c’est tellement plus facile que de mettre la main sur le fils Pasqua.

Les jeunes aussi, il faut dire qu’ils ne sont pas bien malins : si, au lieu de fumer un joint, ils se shootaient au muscadet ou au beaujolais comme le font les honnêtes gens, si au lieu de traficoter comme ça dans l’ombre, ils achetaient leur came à pleins chariots chez Leclerc, ils n’en seraient pas là, sur le banc des prévenus ou derrière les barreaux. Ils pourraient devenir juges ou gardiens de prison, peut-être même procureur de la république. Quels écervelés, ces jeunes, quand même !

Posté par Lubin à 07:32 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 janvier 2006

Appel à résister

« L’apprentissage à 14 ans, c’est en réalité un réalisme de renoncement, au nom de l’adaptation à une situation urbaine, sociale, économique, culturelle et scolaire engendrée par une politique libérale qui organise la concurrence systématique entre les individus, accroît les écarts et externalise les exclus (...). Le vrai courage politique ne consiste pas à traiter les problèmes par l’exclusion mais à s’attaquer le plus tôt possible, et donc dès les premières classes, à la genèse de l’échec et de la ségrégation scolaires. (...). Non il n’est plus possible que dans ce domaine comme dans tant d’autres (...), les hommes politiques qui nous gouvernent s’évertuent à transformer les victimes en coupables, à envoyer en permanence aux vaincus du libéralisme des signaux leur disant : « C’est de votre faute ! Vous n’aviez qu’à être du côté des vanqueurs ! » (...) On voudrait nous laisser croire, en privilégiant une logique de traitement individuel, qu’il suffirait de mieux « adapter » les enfants des milieux populaires (à grands renforts de soutien, de rattrapage, de parrainage, voire de culpabilisation ou de pénalisation de leurs parents) à un système éducatif dont le fonctionnement élitiste pourrait demeurer inchangé. (...) Quand cette politique s’accompagne d’une multitude d’autres renoncements ponctuels mais tout aussi significatifs : abandon, en terminale, des TPE (...), imposition aux professeurs d’école de la méthode syllabique au détriment d’un apprentissage progressif et critique de la lecture tout au long de la scolarité, présence dans les établissements des forces de police pour faire régner l’ordre alors qu’on refuse à ces mêmes établissements les moyens en conseillers principaux d’éducation et en cadres éducatifs, enseignement des « bienfaits » de la colonisation, réduction de l’éducation civique à l’apprentissage de la Marseillaise, etc., alors il n’est plus temps de s’inquiéter, il est urgent de chercher, par tous les moyens à RESISTER. »

Ci-dessus, quelques extraits d’un appel lancé à l’initiative de Samuel Josha, Philippe Meirieu, Jean-Yves Rochex, paru dans Libération (6/1/2006). On peut signer en ligne la pétition à l’adresse ci-dessous :

http://www.ecole-resister.net/phpPetitions/?petition=2

Posté par Lubin à 08:25 - Education, au jour le jour - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 janvier 2006

Aspects positifs de la colonisation

Aujourd'hui, en Guinée, un enfant de 10 ans tué par un concurrent du Paris-Dakar.

Posté par Lubin à 18:08 - Mémoire et histoire à l'école - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 janvier 2006

Violence à l'école, violence à la ferme

« Ca ne va pas se passer comme ça. Tu vas voir, je vais m’occuper de toi et de ta copine. Je vais venir chez toi. Je vais tout casser. » Un remake de l’agression d’une prof au lycée d’Etampes ? Injures, bousculades, coups, menaces de mort parfois avec armes contre des fonctionnaires. Encore les sauvageons du 9-3 terrorisant leurs enseignants ? Non : plus simplement des agriculteurs accueillant à leur façon les inspecteurs du Travail venus faire leur boulot. Depuis mai 2005, cinquante d’entre eux ont été aggressés, deux d’entre eux ont été abattus par un agriculteur de Dordogne en 2004 (Le Canard Enchaîné, 11/01/2006). Et le ministère de tutelle de s’en accomoder.

On ne peut s’empêcher de mettre en parallèle la passivité, voire la complaisance des autorités politiques, ainsi que le silence des médias dès lors que certaines catégories socio-professionnelles – singulièrement, les agriculteurs – sont en cause avec le déferlement outragé qui accompagne tout incident qui se déroule dans une enceinte scolaire. Imaginons un instant ce que seraient les réactions si un élève tuait deux profs : Sarkozy serait nommé ministre de l’Education (bon, d’accord, il l’est déjà plus ou moins) et les 60 000 établissements scolaires se retrouveraient enfermés derrière des barbelés surveillés nuit et jour par les paras. Au moins. Alors que la violence à l’école est devenue un thème rebattu, éculé, substrat de la grande trouille des braves gens qui voient derrière tout gamin de CE1 un délinquant en puissance, la violence des adultes, tout spécialement celle du monde rural, elle, fait l’objet d’un traitement à part : on préfère la taire, alors que, soit dit au passage, seuls 20% des délits – et encore, ce sont les moins graves – sont commis par des mineurs. Et alors que les émeutes de novembre ont été impitoyablement réprimées au nom de la défense de l’espace public, on accepte sans sourciller que les manifs agricoles se soldent par des dégâts qui seront à la charge du contribuable. On estime que la reconstruction du Parlement de Bretagne à Rennes après l’incendie allumé par les marins-pêcheurs en 1994 aura coûté autant que les émeutes dans les  banlieues. Aucun marin-pêcheur n’a jamais été poursuivi.

Cette différence de traitement dans les médias, l’opinion publique et surtout chez les politiques, il n’est pas besoin d’être grand clerc  pour l’expliquer : l’agriculteur vote, le jeune, lui, ne vote pas. Le jour où les lycéens disposeront d’un bulletin de vote, ils pourront mettre le feu partout où ils le voudront, en toute tranquillité, en toute impunité. On verra même alors Sarkozy leur dérouler le tapis rouge.

Posté par Lubin à 19:23 - Education, au jour le jour - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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