29 août 2006
"à condition que..."
C’est reparti pour un tour.
En campagne électorale hier matin à l'école primaire Paul-Barroux de Longueau (Somme), de Robien est revenu sur son idée fixe : le b-a-ba pour apprendre à lire. Le ministre est "sûr que cela se passera bien. Les enseignants ont le sens du devoir, ils savent qu'ils appartiennent à l'Education nationale (...) À chacun sa façon d'enseigner mais à condition que l'on suive les programmes et qu'on commence [l'apprentissage de la lecture] par la méthode syllabique."
On est prié de ne pas rire : à chacun sa façon d’enseigner...à condition que. Et quand on cherche – comme c’est mon cas – à enseigner un petit peu à sa façon, on se fait immanquablement sanctionner par l’autorité académique. Il est vrai que j’avais oublié la « condition » du ministre : laisser son esprit critique à la porte de l’école. [Voir sur Journal d’école mon « rappel à l’ordre », du 26/07/2006]
Au fait, on rappelle que depuis le 10 avril dernier, de Robien a atteint l’âge de la retraite.
25 août 2006
Un passé pas si lointain
En juillet 1793, Robespierre lit devant la Convention un « plan d’éducation nationale » élaboré peu de temps auparavant par son ami Le Peletier de Saint-Fargeau, assassiné le 20 janvier de cette même année. Ce projet de décret prévoit que, dès l’âge de cinq ans, tous les enfants, garçons et filles, seront enlevés à leurs parents pour être conduits dans des « maisons d’éducation nationale » où ils resteront enfermés jusqu’à l’âge de douze ans pour les garçons, onze ans pour les filles. Alors, « tous, sous la sainte loi de l’égalité, recevront même vêtements, même nourriture, même instruction, mêmes soins ». En réalité, il ne s’agit pas d’établissements d’enseignement au sens où on l’entend aujourd’hui, la part de l’éducation intellectuelle étant singulièrement réduite comme le précise l’article 4 du projet de décret : « L’objet de l’éducation nationale sera de fortifier le corps des enfants, de le développer par des exercices de gymnastique, de les accoutumer au travail des mains, de les endurcir à toute espèce de fatigue, de les plier au joug d’une discipline salutaire, de former leur cœur et leur esprit par des instructions utiles et de leur donner les connaissances qui sont nécessaires à tout citoyen, quelle que soit leur profession ». Ce plan, inspiré à Le Peletier par le mythe de l’éducation spartiate très en vogue chez certains révolutionnaires, ne verra en réalité jamais le jour ; il suscite une vive opposition, de la part, notamment de l’abbé Grégoire ou de Condorcet et quelques mois plus tard, Robespierre exécuté, l’histoire prend une nouvelle direction.
Ce projet, en réalité le plus totalitaire qu’on ait jamais imaginé dans l’histoire de l’éducation, trouve sa source dans une idéologie très forte et de bien naïves illusions. Ainsi, cette idée selon laquelle une éducation commune serait l’assurance de citoyens vertueux et que, la fin justifiant les moyens, l’enfant, dès son plus jeune âge, devait rentrer dans un moule : « (...) la totalité de l’existence de l’enfant nous appartient : la matière ne sort jamais du moule ; aucun objet extérieur ne vient déformer la modification que vous lui donnez », explique Le Peletier dans son projet. L’enfant-matière, l’enfant-objet est d’autant moins considéré comme une personne que ses propres parents se voient dépouillés de toute prérogative éducative pour être ramenés au rang de simples géniteurs. Sans l’ombre d’une hésitation, le conventionnel Rabaut Saint-Etienne pouvait affirmer en 1792 : « La doctrine de l’éducation nationale consiste à s’emparer de l’homme dès le berceau et même avant sa naissance ; car l’enfant qui n’est pas né appartient déjà à la patrie. Elle s’empare de tout homme sans le quitter jamais, en sorte que l’éducation nationale n’est pas une institution pour l’enfant mais pour la vie tout entière ».
Rétrospectivement, avec le recul des siècles et l’expérience des grandes dictatures du 20e siècle qui chercheront, elles aussi, à « s’emparer des hommes », ce projet de Le Peletier fait froid dans le dos. Même si, bien sûr, il faut se garder de toute tentation anachronique, on peut quand même se demander si ces fantasmes éducatifs brutaux qui étaient ceux de l’époque révolutionnaire, ont totalement disparu du débat éducatif de notre époque : certains réflexes, certains discours ne sont-ils pas conditionnés par des conceptions éducatives qui étaient celles de Le Peletier ? Comme par exemple cette tendance lourde, largement répandue dans l’opinion publique et chez les politiciens, selon laquelle l’école et le système éducatif seraient à la source de tous les problèmes de société et qu’il suffirait de réformer l’école pour se dispenser d’avoir à réfléchir au reste. Il en est ainsi des émeutes de l’automne dernier, dont la responsabilité fut attribuée principalement à un « déficit d’éducation », mais absolument pas aux ghettos urbains ni à l’absence de perspective, au chômage de ceux qui y vivent, aux brutalités policières ou au racisme d’une bonne partie de la population. De même cette insistance, cette obsession à réclamer pour les jeunes – mais pour eux seulement – toujours plus de « civisme » : a-t-on remarqué que cette exigence de « civisme », de « citoyenneté », de « civilité » s’appliquait uniquement aux élèves mais jamais aux adultes ? On condamne l’ « incivilité » d’un collégien taguant un mur mais pas celle d’un marin-pêcheur de Marseille vidant la Méditerranée de ses poissons ou d’un agriculteur polluant durablement les cours d’eau. Et pourtant, lesquels causent le plus de tort à la société ? On a même l’impression que moins les adultes se préoccupent du bien commun, de la « cité », plus ils exigent des jeunes un comportement « citoyen ». Comme à l’époque révolutionnaire, on rêve d’une éducation qui assurerait au monde des lendemains qui chantent alors que les adultes, les classes dirigeantes, par leur inconséquence, leur futilité, préparent un monde qui risque d’être sans lendemains.
Le projet Le Peletier diffusait également une vision de l’enfance dont il n’est pas sûr que l’on soit sorti aujourd’hui : celle de l’ « enfant-matière », enfant objet, à couler dans un moule. C’est sans doute même là – bien davantage que dans une distinction droite / gauche qui, en matière éducative ne paraît pas spécialement pertinente – que passe la ligne de fracture dans le débat sur l’école. Le refus de reconnaître à l’enfant, à l’élève, le statut de personne, d’individu, conduisit, pendant longtemps, à lui infliger toutes sortes de châtiments, souvent corporels qu’on justifiait par la méconnaissance de la souffrance de l’enfant – une « matière » ne peut souffir – mais aussi par cette idée, conforme aux idéaux révolutionnaires, que la coercition plus ou moins brutale imposée à l’élève était le passage obligé pour arriver au bon citoyen. Je te fais du mal mais c’est pour ton bien, tu me remercieras plus tard. On rétorquera que cette conception, aussi vieille que l’éducation, n’avait jamais manqué aux établissements religieux de l’Ancien Régime mais on sait aussi que la Révolution française n’est pas sortie de rien et il n’est pas sûr qu’en matière éducative elle ait pris à l’Eglise sa meilleure part. Même si les aspects les plus brutaux de la punition ont été gommés au fil des ans, la contrainte reste encore, dans toute une tradition scolaire, le passage obligé de l’éducation : chez nombre d’enseignants, le mythe du bon coup de pied aux fesses est encore vivace. Si les Brighelli, Le Bris et consorts sont aussi violemment hostiles à la pédagogie, c’est qu’à leurs yeux, la pédagogie cherche à faire progresser l’élève sans le heurter, en le respectant en tant que personne et même en lui procurant du plaisir. Pour eux, c’est la souffrance qui fait grandir, peu importe que l’élève pleure si c’est le prix à payer pour le faire accéder au rang d’adulte et de citoyen. Le salut par les larmes, en quelque sorte. On sait pourtant à quels effets dévastateurs conduit le manque d’attention porté à la personne de l’enfant, son refus de le considérer comme unique, l’obstination, comme le réclame Le Peletier, à le faire rentrer dans un moule : outre que les apprentissages n’en deviennent que plus incertains, on n’a jamais vu que faire plier un enfant pouvait donner naissance à autre chose qu’un adulte tordu. Ce qu’en son temps déjà, Condorcet, violemment opposé au projet Le Peletier, résumait ainsi : « ce moyen peut former sans doute un ordre de guerriers ou une société de tyrans mais il ne fera jamais une nation d’hommes, un peuple de frères ». Ces belles paroles ne sont-elles toujours pas d’actualité ?
En 1979, Alice MILLER publiait Le drame de l’enfant doué, traduit aux PUF en 1979. Je redonne le titre de quelques ouvrages d’Alice MILLER, tous parus chez Aubier, que j’ai déjà plusieurs fois mentionnés. Lectures stimulantes et qui ne laissent personne indifférent. Pour ce qui me concerne, c’est peu dire que je dois beaucoup à la psychologue suisse.
C’est pour ton bien. Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant (trad. 1984)
L’enfant sous terreur (trad. 1986)
La souffrance muette de l’enfant (trad. 1990)
La connaissance interdite (trad. 1990)
Parlons toujours de l'école : ça évitera de parler de l'enseignement
Dans Libé (24/08/2006), Mehdi Ouraoui et Pierre Singaravelou, animateurs de la conférence Périclès, « cercle de promotion pour l’égalité dans l’enseignement », livrent leur vision de ce que devrait être « une rentrée idéale ». On connaît bien les auteurs, qui ont manifestement leurs entrées à Libé : le 12 avril 2006, ils avaient publié sur le même thème un article, critiqué dans Journal d’école(« La méritocratie républicaine contre la pédagogie », 13/04/2006). Leur recette : un médiocre mélange de banalités, de fausses solutions et surtout un grand silence sur les questions de fond, montrant une réelle méconnaissance des questions éducatives.
Comme souvent, on est irrité par cette façon qu’ont en commun les auteurs de l’article et les politiques de présenter comme innovation révolutionnaire ce qui se fait depuis longtemps ou ce vers quoi l’on tend : le ramassage scolaire par exemple. « A midi, aucun enfant ne se verrait refuser l’entrée d’une cantine publique » : même si, ces dernières années, certains maires zélés ont pu faire interdire l’entrée de la cantine à plusieurs familles, combien d’élèves sont-ils réellement dans ce cas ? Continuant à pousser les portes ouvertes, nos dangereux révolutionnaires suggèrent ensuite que « dès le début de l’année, parents et personnel encadrant pourraient se rencontrer dans des maisons des adultes ». Quelle innovation, effectivement...et qui viendrait sans doute remplacer avantageusement les réunions et la concertation parents/profs qui, depuis toujours font partie des obligations règlementaires des enseignants ! « Aucun enfant n’arriverait au collège sans maîtriser parfaitement la lecture » : encore faudrait-il préciser comment y arriver. Avec le b-a-ba cher à de Robien et à « Sauver les lettres » ? Alors que l’on sait très bien que la « maîtrise parfaite de la lecture » pour un enfant de 11 ans est illusoire et que c’est justement le rôle du collège et même du lycée que de tenter, modestement, de la faire acquérir. « La rentrée idéale – poursuit-on – serait citoyenne, mixte et laïque ». Là, on demande quand même un dessin, surtout pour l’exigence de mixité : depuis un demi siècle, école de garçons et écoles de filles ont fusionné. Il est vrai qu’on ne peut pas tout savoir.
« L’année scolaire débuterait par l’étude de la Déclaration des doits de l’homme et du citoyen ». Est-ce vraiment le bon jour lorsque l’on sait que les collégiens par exemple, sont littéralement gavés pendant quatre ans d’éducation civique et de déclaration des droits en tout genre, sans que les résultats soient vraiment époustouflants. L’éducation civique fait depuis toujours partie intégrante des programmes scolaires et des examens mais de manière tellement artificielle et déconnectée du monde des élèves qu’on a vite fait de les en dégoûter. Pas plus que les leçons de morale ne faisaient autrefois des êtres moraux, les leçons d’éducation civique ne contribuent à forger un réel sens civique : un citoyen, c’est d’abord un être responsable, quelqu’un, donc, à qui l’on a laissé prendre des responsabilités pendant son enfance et sa jeunesse. Bien autre chose que cette discipline frileuse et corsetée ou que cette piteuse Marseillaise qu’on assène aujourd’hui aux enfants. « Dans des ateliers du respect (sic), un accompagnement pédagogique compléterait des sanctions sévères contre tous les comportements discriminatoires et les violences scolaires ». Des « sanctions sévères » ? Le fouet, par exemple, les coups de règle sur les doigts, comme ça se faisait dans les bonnes vieilles écoles d’autrefois que semblent regretter nos auteurs chez qui l’on sent poindre l’influence, certaine, de Royal-Sarkozy. Ils ne se rendent sans doute pas compte à quel point il peut être ridicule et, d’une certaine façon, injurieux, de laisser entendre que les enseignants accepteraient sans réagir les « comportements discriminatoires et les violences scolaires », alors qu’il s’agit d’une préoccupation de tous les instants ? A ceux qui fantasment sur les « sanctions sévères » on rappellera quand même que l’école en France est déjà aujourd’hui l’une des plus punitives qui soient alors que les punitions ont depuis lontemps montré leurs limites. Le reste des propositions est du même tonneau, comme par exemple « ouvrir davantage les grandes écoles aux enfants des milieux populaires » – encore une idée piquée à Sarkozy. On attend toujours qu’on nous explique en quoi les « grandes » écoles peuvent être considérées comme des modèles éducatifs, ni surtout pourquoi les « milieux populaires » ont tellement de mal à y entrer. Car c’est bien là où le bât blesse et où l’analyse d’Ouraoui et Singaravelou montre toute sa faiblesse : assurer le transport scolaire et le petit déjeuner est sans doute une bonne chose, recruter davantage de personnels également, de même qu’augmenter l’allocation de rentrée mais tout cela n’est d’aucune effet si, dans le même temps, les contenus et les méthodes d’enseignement ne sont pas remis en cause, rénovés en profondeur. Or, dans cette longue tribune, comme d’ailleurs, dans les discours de la totalité de nos politiciens, si l’on parle beaucoup de l’école, jamais on n’évoque l’enseignement, comme si l’école pouvait avoir un sens en elle-même indépendamment de l’enseignement qui y est distribué. Pourtant c’est un fait reconnu, sauf par les ignorants et les gens de mauvaise foi, que si l’école n’assure pas l’égalité des chances, si les enfants des milieux populaires ont plus de difficultés que les autres à s’y faire leur place, la responsabilité en incombe principalement à des contenus d’enseignement, des programmes scolaires obsolètes, des méthodes pédagogiques inadaptées, une formation des enseignants déficiente, des procédés d’évaluation qui n’évaluent pas grand chose, des rythmes scolaires ridicules dont on sait les méfaits de longue date. Le système éducatif français reste tributaire de ses origines, d’une époque où, fondamentalement, l’enseignement secondaire, tourné vers l’abstraction, était réservé aux enfants des milieux aisés alors que ceux des milieux modestes se voyaient cantonnés aux écoles primaires. Se réclamer de la « méritocratie républicaine » relève de la supercherie tant que l’on refusera, obstinément, de s’atteler à une rénovation en profondeur des méthodes et des contenus de l’enseignement. Ce dont ont besoin les enfants des milieux défavorisés – les autres aussi, d’ailleurs – c’est en premier lieu d’une révolution pédagogique qui leur permette d’utiliser au mieux leurs compétences et de réussir dans un système éducatif qui, autrement, tourne à vide.
http://www.liberation.fr/opinions/rebonds/199920.FR.php
24 août 2006
Ecole : attention névrose !
La revue Medium de septembre 2006, dirigée par Régis Debray (qu’on ne présente plus), publie un inénarrable article faisant l’apologie de l’uniforme scolaire, article reproduit par l’Observatoire du communautarisme, cénacle dédié – comme on sait – à l’exaltation du communautarisme franchouillard. L’auteur est un certain Daniel Faivre, longtemps responsable local du SNES. Ca ne s’invente pas. Faivre est tombé amoureux des uniformes – et sans doute de ceux qui les portent – lors d’un voyage au Cambodge. « La comparaison [entre jeunes Français et Cambodgiens] était confondante, écrit-il : au Cambodge, les visages joyeux, rieurs et les uniformes simples (pantalons et jupes bleu marine, chemises et chemisiers blancs) ajoutaient encore à cette impression de bonheur d’apprendre et de vivre. » Quelle opposition avec les jeunes Français « aux visages fermés, aux expressions désabusées, [aux] allures traînantes, comme dégoûtées, le corps avachi (...) vêtements unisexes, pantalon blouson (sic), noir en majorité (resic). » Toutefois, dans un éclair de lucidité, Faivre précise : « il est vrai qu’en France, c’était l’hiver ». Peu lui chaut, à Faivre que ce pays où les jeunes portent l’uniforme (et le visage joyeux et rieur) se soit livré il n’y a pas si longtemps à l’un des plus épouvantables génocides de l’histoire et que faire porter l’uniforme à des jeunes ne soit pas forcément la garantie de lendemains qui chantent. Chez nous, en Europe, on n’a jamais vu autant de jeunes en uniformes que dans les années 40. On a les références qu’on peut.
Son attirance pour l’uniforme, Faivre s’en justifie de plusieurs manières. « L’uniforme scolaire – écrit-il – a été créé par un souci démocratique de justice sociale. » Ah bon ? Outre qu’on aurait du mal à prouver que la Grande-Bretagne de Blair, seul pays d’Europe où les élèves portent l’uniforme scolaire, est un modèle de démocratie et de justice sociale, on constate une fois de plus que ce thème de l’uniforme est mis en avant lorsque l’on veut éviter tout débat de fond sur l’école et surtout, la remise en cause de son fonctionnement, des programmes scolaires, des méthodes pédagogiques, toutes choses dont on sait qu’elles conditionnent la réussite ou l’échec des élèves, bien davantage que la casquette ou les baskets. Pour Faivre, finalement, le rôle de l’école n’est pas de permettre à chaque élève de réussir indépendamment de son milieu social d’origine, d’assurer une véritable égalité des chances, mais de masquer les différences ; ce ne sont pas les inégalités qui dérangent mais le fait qu’elles soient visibles. En Angleterre, on ne se mélange pas malgré les uniformes : les riches envoient leur progéniture dans des collèges de riches avec des uniformes de riches, les pauvres envoient la leur dans des collèges de pauvres avec des uniformes de pauvres.
Pour Faivre, le grand mérite de l’uniforme, sa vertu suprême, serait de « franciser la jeunesse ». Morceaux d’anthologie : « l’uniforme est beaucoup plus qu’une apparence, c’est une appartenance fièrement portée à un pays. (...) en allant à l’école, on est avant tout une Française et un Français ». Mais là, en reprenant à son compte la rhétorique du nationalisme le plus éculé – « Français d’abord ! », c’est qui, déjà, l’auteur de la formule ? – notre Déroulède-ancien-responsable du SNES dérape sérieusement : « Notre passé – poursuit-il – ne serait que colonial, esclavagiste, vichyste...Pourquoi ne pourrait-on être fiers sans excès, sans morgue ? » C’est bien vrai, après tout : pourquoi ne serait-on pas fier de notre passé colonial, esclavagiste, vichyste ? La colonisation n’a-t-elle pas eu des « aspects positifs », n’avons-nous pas apporté la civilisation aux sauvages et Pétain, n’a-t-il pas été, en son temps, le « sauveur de la France » ? Certains ont apporté leur réponse à ces questions et l’on n’est pas surpris, à vrai dire, de trouver cette logorrhée sordide hébergée par un Observatoire du communautarisme, qui s’est fait une spécialité de glorifier le passé national, quel qu’il ait été.
« Français d’abord ! », donc, mais aussi « mâle avant tout ! » Car l’apologie de l’uniforme scolaire semble être sous-tendue chez Faivre par de bien curieuses attirances. Dans ce long texte, le sexe est partout présent, mais il s’agit du sexe des filles et c’est pour le dénoncer. Dans les établissements scolaires, Faivre ne voit que « slips, strings, seins à demi dévoilés, aux trois quarts. » Il dénonce le maquillage. « A quand la nudité ? » s’indigne-t-il devant cette « névrose agressive » qui ravage notre belle jeunesse. Mais qui donc est névrosé, Faivre ? Chacun sait depuis Freud que la névrose est une affection caractérisée par des troubles affectifs obsessionnels souvent à connotation sexuelle. On a noté bien des fois à quel point les partisans de l’uniforme scolaire non seulement ne voyaient une fille qu’à travers ses fesses mais avaient tendance à prêter aux autres leurs propres fantasmes. Il n’imagine d’ailleurs pas pour les filles un autre uniforme que la jupe : « Fini les filles en jupe qui passent pour des putes. La jupe redevient un signe de féminité (...) » Et si c’était lui, Faivre, qui voyait des putes partout ? Le grand mérite de l’uniforme est de faire ressortir les formes de celles qui les portent. Et de se pâmer devant les jeunes Cambodgiennes : « leur beauté éclatait. Celle des filles, surtout, bien « prises » dans leurs uniformes. Une de nos élèves m’en fit la remarque (...) Sans doute enviait-elle le port naturel de la petite jupe bleu marine et sentait-elle le désir des garçons de sa classe. » Autrement dit, pour Faivre, on n’est femme qu’en petite jupe bleu marine et si l’on ne porte pas la petite jupe bleu marine c’est qu’ « on hystérise, [qu’] on vicie un peu plus les rapports. »
Mais après tout, laissons Faivre à ses chimères, à ses extravagances de sexagénaire ; les petites culottes ont encore manifestement de beaux jours devant elles. Le plus ennuyeux reste quand même que ce texte, entre glauque et désopilant, ait pu trouver sa place dans des publications (Medium), au sein – mon Dieu, encore ! – d’organismes ( Observatoire du communautarisme) qui s’affichent ouvertement comme forces de réflexion, de proposition pour rénover la vie politique et, au-delà, la société. Dans quelques jours, c’est la rentrée des classes pour 12 millions d’élèves, 6 millions de filles et 6 millions de garçons considérés comme autant de « putes » et de « névrosés » en puissance par des gens, qu’à la réflexion, on aimerait voir se tenir éloignés des écoles. L’article en question porte pour titre : « Faisons un rêve : l’uniforme à l’école ». Le jour où les obsédés mettent leurs rêves en pratique, ça tourne rapidement au cauchemar pour tout le monde.
http://www.communautarisme.net/Faisons-un-reve-L-uniforme-a-l-ecole_a804.html
22 août 2006
West Eastern Divan Orchestra
Vu dimanche soir sur Arte.
A l’Alhambra de Grenade, le West Eastern Divan Orchestra interprète Beethoven, Brahms, Wagner. De très jeunes musiciens – moins de 30 ans – rassemblés depuis quelques années par le pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboim. Tous sont originaires d’Israël, de Palestine, du Moyen Orient. Et pendant qu’au pays, leurs « compatriotes » s’entretuent, eux font de la musique ensemble. On a beau chercher, on ne voit vraiment pas ce qui différencie un violoniste israélien d’un violoniste palestinien. Et d’ailleurs, on s’en fout de leurs papiers d’identité : ils sont là pour faire de la musique et nous sommes venus pour les écouter. Daniel Barenboim rappelle souvent : « Nous ne sommes pas un orchestre israélien avec des musiciens arabes, ni le contraire : nous appartenons à un projet commun qui nous est spécifique. » Et ce soir-là, le public andalou est aux anges ; un public qui nous remet en mémoire qu’il y a quelques siècles, Juifs, Chrétiens et Musulmans vivaient en harmonie sur la terre d’Andalousie, donnant même naissance à l’une des civilisations les plus raffinées du Moyen Age. Il est arrivé à Barenboim de se faire agresser presque physiquement par de sinistres énergumènes qui ne comprendront jamais qu’avant d’être Israélien ou Arabe...ou Français, on est d’abord un homme et que les identités nationales ne sont que des monstruosités dont il n’y a rien à attendre, sinon la méfiance, la haine, la guerre. Des décennies de guerre au Moyen Orient. Pour rien. Barenboim et ses musiciens nous montrent la voie. Et si on écoutait leur voix ?
[L'orchestre s'est produit l'an dernier à Ramallah. En souvenir, on peut acheter le CD de ce concert qui comprenait la Symphonie concertante de Mozart, la Symphonie no 5 de Beethoven et les Variations Enigma d'Elgar. Paru chez Warner Classics.]
18 août 2006
Ca continue...jusqu'où ?
Reçu ce message du RESF :
"Ci-dessous le communiqué du collectif qui appelle à une conférence de presse aujourd'hui à 17 heures.
Il est possible que la police intervienne à nouveau de façon imminente. Le RESF appelle tous ceux qui le peuvent à protester par mail, fax; téléphone auprès du ministère et à venir nombreux au rassemblement de 17 heures pour fortmer un rempart humain destiné à protéger les familles.
Expulsés de Cachan, ALERTE
Conférence de presse unitaire à 17h sur place 18 août 2006
Le préfet menace d'évacuer le campement des expulsés du bâtiment F de Cachan avant cette nuit et de saisir le procureur de la république pour mise en danger des enfants.
Des familles auraient été interpellées par la police dans leurs hôtels. Les autres familles hébergées ont peur et rejoignent le campement.
Réuni autour des familles et de leurs délégués, le Comité de soutien composé de personnalités, d'élus, d'associations, d'organisations syndicales, politiques et de citoyens de Cachan. conformément aux revendications des expulsés, exigent du préfet et du gouvernement :
- la libération des expulsés interpellés,
- le relogement décent et durable de tous les expulsés et dans l'attente la réquisition de logements vacants.
- La régularisation des sans-papiers.
- Le respect de la scolarisation des enfants.
- Une table ronde d'urgence avec le Préfet, et si nécessaire le gouvernement, les représentants des expulsés, les différentes composantes du Comité de soutien et les élus.
Le Comite de soutien appelle le mouvement social et associatif, les élus, les personnalités de la société civile à se mobiliser et à renforcer la solidarité pour faire cesser cette répression acharnée.
Pour maintenir la solidarité, un rassemblement sera organisé tous les soirs à 17 h.
A l'appel de
Premiers signataires :
Agir contre le chômage, AITEC, AMES, APEIS, Cimade, Comité des sans-logis, CGT, CNL 94, DAL, Droits Devant !!, FCPE, FSU, RESF, LDH, Réseau IPAM, Solidaire.
LCR, Verts, PCF et de nombreux élus du Conseil Général et de municipalités environnantes."
à bientôt,
MR
getmr@wanadoo.fr
18/08/2006
_______________________________________________
Resf.info@rezo.net - http://listes.rezo.net/mailman/listinfo/resf.info
17 août 2006
Du Vel' d'Hiv' à Cachan
Un millier de flics, mercenaires à la solde de Sarkozy, raflant quelques centaines de pauvres gens. Toute une administration préfectorale se vautrant au service des ambitions électorales d’un ministre de l’Intérieur. Parce que les rafles contre les Noirs , les Arabes, les étrangers, c’est tout ce qui reste à ce sinistre individu pour l’emporter dans quelques mois contre Le Pen. Alors, cette France-là, on lui pisse dessus. Excuse l’emportement, lecteur, mais c'est sous le coup de l'émotion.
13 août 2006
Un enfant de trois ans
Ci-dessous, sans commentaires, le dernier communiqué du Réseau Education sans frontières. Frontières, identité nationale, conscience nationale, nation, on en sort quand de l’ère des dinosaures ?
« Ils vivaient en France. Alexandre, Inna et Vladislas ont été expulsés.
13 août : fin du délai officiel de dépôt des dossiers pour les familles sans
papiers et expulsion de la famille KOSTYUBA dont la régularisation a été
refusée.
Déclaration sinistre et lourde de sens : pas de pitié pour les enfants nés en
France, pour les familles venues avec l'espoir d'y trouver asile, respect des
droits et possibilité de vivre des jours meilleurs. Alexandre, Inna et
Vladislas ont le triste privilège de voir leur vie, celle de gens sans histoire
depuis quatre ans, devenue en 48 heures l'illustration de l'avenir que le
gouvernement a tracé pour les sans papiers.
Refus de régularisation, alors que tous les critères objectifs étaient réunis :
en France depuis 4 ans, un enfant né à Corbeil Essonne et scolarisé depuis
septembre 2005 en maternelle. Parmi les motifs contestables invoqués et
couverts par le « médiateur » Klarsfeld, la scolarisation de l'enfant en
maternelle n'est pas reconnue contrairement à l'énoncé de la circulaire du 13
juin 2006 « y compris en classe maternelle ».
Arrestation à l'occasion d'une convocation à la préfecture (pendant le même
temps, le préfet reçoit RESF sur le sujet de l'après circulaire), départ
précipité avec deux valises, rétention lointaine, pressions morales sur la
séparation possible de la famille en cas de refus d'embarquer, rétention
judiciaire dans les locaux de la police dans l'aéroport, contact minimum avec
un avocat, et présence maximum de la police qui pose les conditions du marché :
l'enfant ne pouvant rester en garde à vue, il sera obligatoirement placé en
foyer de l'ASE (Aide sociale à l'enfance), pour une durée inconnue, dépendant
de la décision du juge des libertés (remise en liberté ou non) prévue pour le
lendemain. Devant ce chantage, un seul moyen d'éviter la séparation : accepter
l'expulsion.
Vladislas, 3 ans, est cramponné en pleurs depuis le début à sa mère. Il est
emmené au foyer pour la nuit, situation insoutenable pour les parents qui ont
accepté leur expulsion au petit matin. Dans un appel téléphonique à la Cimade,
Inna remercie et dit « On n'a pas eu le choix ». Ils sont expulsés vers
l'Ukraine, pays qu'ils ont quitté pour des raisons politiques, pays où le
gouvernement en place est redevenu celui qu'ils ont fui.
Le Réseau Education sans frontières prend acte de cette expulsion, la première
(à sa connaissance) d'une famille ayant déposé un dossier dans le cadre de la
circulaire du 13 juin. Il complimente le préfet de l'Essonne de sa diligence
-efficace et rapide- premier fusil de la chasse à l'enfant. Bravo !
Il félicite le « médiateur » Arno Klarsfeld pour son approbation du bannissement
d'un enfant de trois ans né en France et de ses parents, décision qu'il a jugée
« ferme et légitime ».
Il rappelle les propos du ministre de l'intérieur ayant exprimé à plusieurs
reprises sa volonté de faire preuve d'humanité et d'exceptionnelle
bienveillance. Nous craignons de devoir dans les semaines qui viennent dénoncer
les formes étranges prises par cette « humanité », telle qu'elle s'est dévoilée
aujourd'hui. Humanité et ambition présidentielle auraient-elles du mal à
s'accorder quand il s'agit de capter des électeurs ?
La mobilisation autour de cette famille arrachée à sa vie en France à la faveur
d'un long week-end estival, les soutiens reçus, le dégoût et la détermination
exprimés pour refuser cette politique, doivent faire entendre au gouvernement
et à ses exécuteurs qu'il y a en France une large partie de l'opinion qui ne
l'acceptera pas et qui s'opposera à sa mise en oeuvre par tous les moyens à sa
disposition. »
09 août 2006
L'armée et ses missions
Dimanche 6 août, à Kourou, une cinquantaine de légionnaires, sont sortis de leur caserne encagoulés et armés de bâtons, pour se livrer à une sévère ratonnade anti-Noirs dans les rues de la ville ; plusieurs personnes ont été hospitalisées. Le Monde (09/08/2006) qui évoque la chose, raconte que ce n’est pas la première fois que des légionnaires, fleurons de l’armée française comme chacun sait, se livrent à de semblables brutalités contre des civils. Il y a quelque mois, présentant son projet de faire redresser de jeunes mineurs délinquants par l’armée, Royal avait affirmé : « je ne vois pas pourquoi le mot militaire ferait peur ». Qu’elle aille reposer sa question aux Noirs de Kourou comme à beaucoup d’autres !
On ne sait pas si, l’an prochain, les collégiens de 3e travaillant sur « l’armée et ses missions » dans le cadre de la préparation du DNB, seront autorisés à se pencher sur cette mission...
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-802195@51-802267,0.html
04 août 2006
Bonne conscience nationale
A lire dans Libé (04/08/2006) : « A Saint-Etienne, les Roms s’expulsent à la pelleteuse ».
Mardi 25 juillet, 6 heures du matin, la police investit un campement où vivent 70 Roms de tous âges, hommes, femmes, enfants. Cinq minutes pour déguerpir, s’habiller, ramasser en toute hâte quelques biens. Trois flics devant chaque baraque, devant chaque caravane. Les Roms sont regroupés sur un côté du terrain pendant que bulldozers et pelleteuses entrent en action. Les engins soulèvent et laissent retomber les caravanes. « Le mobilier est démoli à coups de godet, comme tout ce qui se trouvait à l’intérieur. La nourriture, les matelas, parfois quelques meubles, un frigo, une cuisinière. Un homme, soigné pour des problèmes cardiaques, y avait laissé ordonnance et médicaments (...) ».
Après les destructions, les Roms dorment la nuit dans le centre-ville, avant que les associations humanitaires ne se mobilisent.
Des choses comme ça, on en voyait couramment il y a plus de 60 ans dans une Europe vert-de-gris. Aujourd’hui, c’est simplement la mairie qui libère un terrain pour un promoteur immobilier. En toute bonne conscience nationale, évidemment.
