06 novembre 2006
La jeunesse au pas de l'oie
Alors que Déroulède – pardon, Chevènement – venait de se déclarer candidat à la présidentielle, Royal lui a aussitôt demandé de la rejoindre (France 2, JT 06/11/2006) : «J’ai beaucoup de respect pour Chevènement – a-t-elle déclaré – je l’ai toujours soutenu dans sa démarche concernant l’encadrement des jeunes ». Tiens donc. Pour ceux qui ont la mémoire courte, ou qui étaient trop jeunes à l’époque, rappelons qu’il y a une vingtaine d’années, Chevènement, alors ministre de l’Education nationale, avait été à l’origine d’une formidable régression éducative dont on n’est toujours pas sorti aujourd’hui : le regard fixé sur l’école des années 20 (et sur la ligne bleue des Vosges), son passage rue de Grenelle avait été marqué par un arrêt brutal de l’innovation pédagogique et des tentatives pour faire bouger l’école. Le niveau collège, tout spécialement, ne s’en est jamais remis. Le collège d’aujourd’hui, dont chacun s’accorde à reconnaître que c’est le niveau à problème, c’est le collège Chevènement. C’est lui qui, notamment, en rétablissant un examen écrit en fin de 3e, a largement contribué à court-circuiter la rénovation des apprentissages scolaires et de l’évaluation. Aujourd’hui, si les élèves s’ennuient autant en collège, c’est à Chevènement qu’ils le doivent. Mais Chevènement, c’est aussi la Marseillaise obligatoire, le retour à l’histoire de France traditionnelle destinée à « faire émerger une conscience nationale » chez l’enfant, la kollaboration armée/école avec cet inénarrable programme d’éducation dite « civique » visant à développer l’esprit de défense chez les jeunes (voir mes très nombreuses chroniques sur le sujet). Chevènement, c’est aussi l’intarissable pleureuse de la disparition du service militaire qui, sur ce sujet, rêvait de voir Chirac au poteau d’exécution pour haute trahison. Chevènement fut également le premier, bien avant Sarkozylepenroyaldevilliers, à jeter l’anathème sur les « sauvageons », contribuant ainsi à créer dans une large fraction de l’opinion publique une profonde méfiance à l’égard des jeunes. Le jeune, bouc émissaire, surtout s’il est un peu métissé, le jeune à surveiller, le jeune à enfermer, le jeune à dresser, le jeune à encaserner, c’est lui, Chevènement, puis, après lui, beaucoup d’autres. Parmi lesquels Royal dont il est incontestablement le mentor, ou plutôt l’âme damnée. Car il est quand même effarant de voir comment cette détestation des jeunes générations a pu devenir le ciment de la quasi totalité des candidats à la présidentielle ; sans doute pour masquer le vide de leur pensée, leur piètre sens des responsabilités, leur incapacité maladive à traiter des questions d’avenir, ils font preuve au contraire d’une imagination sans limite dès lors qu’il s’agit d’ « encadrer » les jeunes, comme le dit Royal : colonies pénitentaires, internats généralisés, uniformes scolaires, policiers dans les écoles, suppression de la justice des mineurs, Marseillaise obligatoire, élèves au garde-à-vous devant le drapeau nazional, on ne sait plus au juste qui vole les idées de l’autre, qui inspire qui, qui ira le plus loin dans la surenchère.
Et moi qui ne suis qu’un petit prof de collège, donc éducateur un peu quand même, je m’inquiète devant cette dérive démagogique : l’histoire a gardé en mémoire que les régimes qui ont développé les conceptions éducatives les plus brutales ont été aussi parmi les plus totalitaires. Quand on commence par faire marcher au pas la jeunesse, c’est bientôt toute la société qui suit.
Commentaires
Confusion
Vous confondez deux catégories bien distinctes : "les jeunes" d'une part, qui sont l'avenir du pays, et les "jeunes voyous" d'autre part, qui pourrissent la vie de tout le monde et sont les veritables artisans du vote lepen.
j'ai déjà vécu avec moins que le RMI et je peux vous certifier qu'on peut tout à fait vivre pauvrement dans une merde noire sans avoir besoin de brûler des femmes, des voitures, des bus et des écoles pour exister
collège chevènement
d'accord avec cette analyse des années chevènement rue de grenelle
Vous m'avez convaincu...
L'année prochaine, je vote Chevènement !
Ben voyons
"Aujourd’hui, si les élèves s’ennuient autant en collège, c’est à Chevènement qu’ils le doivent."
Tiens! un bouc émissaire...
"kollaboration"
Tiens! un peu d'anti-germanisme primaire...
"drapeau nazional"
Tiens! un contresens (et le retour de l'anti-germanisme primaire?)...
"Sarkozylepenroyaldevilliers"
Tiens! un procédé à la Le Pen (vous savez, celui qui parle de l'UMPS)...
Discours biaisé
Je lis les dernières chroniques (5 et 6 / 11) et les commentaires suscités. En gros, je trouve les remarques de Meles raisonnables et globalement fondées. Vous avez un biais trop net dans les raisonnements. Dommage. La défense des gamins dans leurs difficultés sociales et d'une école qui puisse s'auto-construire dans l'initiative enseignante n'est pas un mauvais combat, mais il ne faut pas verser dans l'angélisme et la vindicte anti-autoritaire.
Il y a une vraie nécessité dans la reprise en main des établissements scolaires, même s'il est indispensable qu'elle soit le fait des équipes pédagogiques elles-mêmes (hélas, existent-elles ...?) et consécutive à leur volonté de se ressaisir - à leur niveau local, avec leurs moyens et au risque assumé de violer les textes et de bousculer la hiérarchie - d'une méthodologie pédagogique à adapter aux populations scolarisées.
... Et Chevénement, qui ne fut pas un bon ministre de l'E.N.(il n'y en a eu aucun depuis Mai 68), n'est pas responsable de tous les maux. Le corps enseignant doit aussi, sans réticences, sortir de son nombrilisme déploratoire et faire, constructivement, son autocritique.
Peut-être pourriez-vous aller faire un tour sur le site: www.jobohebo.canalblog.com
Bonjour,
Les raccourcis employés ici sont effectivement peu dignesd'un discours de raison, a fortiorid'un discours de quelqu'un qui enseigne l'histoire.
Je me demande, depuis que je lis ce blog et un peu comme à chaque fois que je tombe sur la production d'un extrêmiste de droite dont la vulgate est très proche des propos avancés ici (le fameux UMPS du FN et des nationalistes-identitaires), si l'auteur croit tout ou partie de ce qu'il écrit. Surtout de la part de quelqu'un qui a (aurait dû ?) faire sien les principes d'honnêteté intellectuelle de l'historien.
J'avoue que je reste sans voix devant les propos de Lubin. Je ne pensais vraiment pas qu'on pouvait faire autant acte de propagande sans avoir peur du ridicule de nos jours : procès d'intentions, stéréotypes, utilisation de la rhétorique du tous pourris et du racisme convenu de nombre d'antiracistes, le racisme gentillet anti-allemand.
Pour qui roule Lubin ? C'est finalement la question à se poser. Une telle outrance, un tel discours stéréotypé serait tout à fait le bienvenu sur un site instrumentalisé, sur un fake utilisé par SauverLesLettres pour décridibiliser l'adversaire.
Au bonheur de vous lire.
lecteur récent de votre site, je me régale
pour ce dernier texte sur chevènement, merci :)
Ich hatte viel Bekümmernis
A Sejan
"Il y a une vraie necessité de la reprise en main des établissements scolaires (...)" Quel genre de "reprise en main" ? Feriez-vous vôtre cette image abondamment véhiculée par les médias de pauvres profs débordés par des barbares en furie ? Ce dont ont besoin les établissements, c'est d'une réforme en profondeur des contenus et des méthodes d'enseignement mais aussi de nouveaux rapports enseignants/élèves qui ne soient pas fondés comme c'est le cas aujourd'hui sur la peur, la crainte ou la soumission. Le système scolaire français est un des plus bêtement autoritaires qui soient au monde ; le malheur, c'est qu'on semble lancé depuis des annnées dans une fuite en avant dans le tout punitif. On punit à tour de bras et l'on s'étonne des résultats. Désolé d'insister, mais je n'ai rien entendu d'autre dans la bouche des candidats à la présidentielle que des discours convenus et complétement décalés par rapport à la réalité du terrain, sur la nécessité de punir encore davantage, de faire plier ou d'exclure. Que ce soit dans la bouche de Sarkozy, de de Villiers ou de Royal. Le Pen, lui, n'a pas grand chose à dire : tout le monde lui a repris ses idées.
A BGT sur mon "racisme anti-allemand..." Bof : c'est bien mal connaître quelqu'un dont le quotidien est baigné par les cantates de Bach ou les lieder de Schumann. Tiens, pour me consoler de cette grossière injure, je m'en vais écouter la cantate "Ich hatte viel Bekümmernis" écrite par Bach pour le 3e dimanche après la Trinité. Volà pour mon racisme anti-allemand.
tous mauvais
Pas d'accord avec vous Sejan;
il me semble qu'Alain Savary fut un excellent ministre .. sacrifié hélas par Mitterrand
Et avant 68, vous en voyez des bons ?
Vous savez le "je ne suis pas raciste, la preuve, je travaille avec Mamadou" on l'entend dans la bouche de beaucoup d'électeurs du FN qui, effectivement, ne se croient pas racistes. La version avec les cantates de Bach est juste la version "intellectualisée" (parce qu'en plus ça en jette d'écouter du Bach... mais je ne ferais pas du Bourdieu de bas étage).
Pas très convaincant quand même... d'ailleurs, ma charmante épouse - d'outre-Rhin par sa mère - ne comprend pas comment on peut encore trouver des idioties pareilles dans la bouche des français "pas racistes" ... bien entendu. Un vieux fond de xénophobie probablement.
Gute Nacht
Gute Nacht, BGT
Доброе ночь
Il n'y a pas à dire, Lubin a une position cohérente avec lui-même. Dans cette époque du vide et de, il soutient des positions tranchées et recrée les débats vivants qui ont disparu depuis Mitterrand.
On ne peut pas en dire autant pour Lofi, qui ose ici approuver les propos de Lubin tout en soutenant ailleurs ouvertement la Madone des Crétins, Ségolène Royal, partisane du redressement militaire de la jeunesse. En voilà un qui bouffe à tous les rateliers et soutient toutes les idées à la mode. Cela me donne la nausée.
nausée
1) Je soutiens certaines des idées de Lubin sur l'éducation.
(Ici, je n'ai approuvé que ce qu'il écrit sur Chevènement)
2) je soutiens une candidature de S. Royal parce que je pense qu'elle peut porter ces idées-là.
Lubin n'est évidemment pas d'accord avec moi. ce qui ne nous empêchent pas davoir un débat là-dessus qui reste correct et courtois / ça, je comprends que cela vous dépasse.
3) Comprendre "redressement militaire de la jeunesse" dans la proposition de S. Royal, c'est de l'abus de langage .. comme parler de génocide pour la Vendée (!)
à la mode
si je soutenais toutes les idées à la mode, je soutiendrai Brighelli, Boutonnet, Lebris et SOS Education.
Et non, je soutiens Meirieu !
sauvageon or not sauvageon?
Pour certains, on se demande à partir de combien de femmes brûlées vives ou de pompiers caillassés ils vont trouver acceptable le qualificatif "sauvageon".
Peut-être qu'il n'y a aucune limite puisque de toute façon tout est de la faute à Sarkosy.
Ci-contre un texte prémonitoire de Michéa en 1999 sur la "caillera" : http://www.communautarisme.net/La-Caillera-et-son-integration_a376.html
le problème avec ce genre de qualificatif, c'est la généralisation, les raccourcis que cela engendre.
jeune = sauvageon
Sur la réaction de Lubin..
J'avais exactement écrit ceci: "Il y a une vraie nécessité dans la reprise en main des établissements scolaires, même s'il est indispensable qu'elle soit le fait des équipes pédagogiques elles-mêmes (hélas, existent-elles ...?) et consécutive à leur volonté de se ressaisir - à leur niveau local, avec leurs moyens et au risque assumé de violer les textes et de bousculer la hiérarchie - d'une méthodologie pédagogique à adapter aux populations scolarisées."
Il me semble que le paragraphe dans sa totalité répond précisément au procès intenté sur la base de son seul premier membre de phrase.
Sauvageon et fier de l'être
Sauvageon, est-ce une insulte ?
Dictionnaire de L'Académie française, 8e Edition (1932-5)
SAUVAGEON. n. m. T. d'Agriculture. Jeune arbre venu spontanément et sans culture. "Greffer sur sauvageon".
Il se dit aussi d'un Arbre venu de semis et qui n'a pas encore été greffé. Les sauvageons portent des fruits âpres.
C'est mon boulot, en pays bocager, de faire prendre conscience aux élèves de la valeur écologique des sauvageons ; et pendant les vacances, j'ai transplanté des sauvageons pour faire une haie non standardisée autour d'un parc d'entreprise.
Comment un tel mot, même au sens figuré, peut-il faire peur ?? Moi aussi j'étais un sauvageon, et je le revendique : http://nivosefloreal.free.fr/images/sauvageon.JPG
Qu'on puisse donner à ce mot le sens d'incendiaire de bus, c'est cela qui est effrayant et qui en dit long sur notre société aseptisée et normalisée.
Quant à Ségolène Royal, c'est le contraire même de la sauvageonne. Avec son fard et son maquillage (quelle horreur ça doit être de lécher ça tous les soirs pour Hollande !), avec son obsession de la mise au pas militaire des élèves et du contrôle social des profs (un intellectuel qui travaille chez lui sans surveillance, c'est dangereux), elle est le type même de ce dont il faut se débarrasser si on ne veut pas finir sous l'oeil de Big Brother.
moi j'aime bien chevènement
J'étais jeunot quand il était à l'éduc nat sous mitterand, et il avait parlé de mettre fin à la suprématie des maths dans la scolarité !
et comme j'étais nul en math... Du coup il me reste un petit faible pour lui.
Lubin roule pour...
""Ich hatte viel Bekümmernis" écrite par Bach pour le 3e dimanche après la Trinité."
Ca y est, on a trouvé ! Lubin est un religieu intégriste antirépublicain !! Il ne cesse de taper sur la république, l'Etat, l'armée, la France, mais jamais un mot sur l'église, l'emprise de la religion sur les consciences, etc. Et maintenant il nous écoute de la musique religieuse... Protestant ou catho intégriste, le lubin, moi je vous dis !!
Savary/Lofi ...
Non, pas plus Savary que les autres.J'ai eu l'occasion à l'époque de le voir de près en réunion. Il m'a semblé flou, flottant et totalement piloté par sa conseillère Thérèse Delpech.Il ne voyait pas plus qu'un autre où résidait le problème et dans les premières semaines de sa prise de fonctions, il avait commencé par affirmer que les recteurs devaient exécuter sa politique et être en quelque sorte aux ordres. Aberrant. Le système éducatif crève de ne pas savoir concilier cohérence souple et autonomie large des entités locales, de la région au dpartement et à l'établissement.
Quant à avant 68...C'est là qu'est la césure et là qu'on pouvait (et qu'on n'a pas su) refonder. Qu'importe, face à cet échec, l'avant, le déluge ...
et Legrand ?
excellente analyse : "Le système éducatif crève de ne pas savoir concilier cohérence souple et autonomie large des entités locales, de la région au département et à l'établissement."
Savary a su bien s'entourer : Legrand et d'autres.
J'ai un faible pour le rapport Legrand, et j'ai eu l'occasion, après son "larguage" de travailler sur un petit film sur lui.
Savary s'est couché devant les ukases de Mitterand mais que pouvait il faire d'autre ?
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