Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

18 novembre 2006

Pour l'école, le pire reste à venir

Il y a huit jours à peine, la presse et la classe politique mêlée ne bruissaient que de cet infâme complot mené contre Royal par vidéo interposée. Le thème du « tous contre Royal » s’imposait comme une évidence. Aujourd’hui, la même presse et la même classe politique, avec leur lucidité coutumière, nous affirment que toute la gauche est derrière Royal, puis bientôt, sans doute, tout le peuple, tout le pays. Un peuple, un pays, une cheftaine. J’aurais personnellement tendance à penser que c’est bien plutôt Désir d’avenir, la boite de pub de Royal, qui a judicieusement laissé s’échapper cette vidéo où la cheftaine en question se défoule sans retenue sur les profs. Un rapide coup d’œil sur les forums internet, sur les courriers de lecteurs dans la presse montre que Royal a déclenché un nouveau procès en sorcellerie contre les profs où chacun, parfaitement ignorant de la réalité du métier, se laisse aller contre des fonctionnaires travaillant 18 heures par semaine avec 4 mois de vacances. Cette nouvelle philippique sur l’école lui vaut bien cinq points dans les sondages et 60% de militants « socialistes ». Pourquoi s’arrêterait-elle là, la reine des sondages, puisqu’elle a bâti toute sa popularité sur un éreintement obsessionnel de l’école, des élèves et des jeunes ? Chronologiquement, il est facile de vérifier que sa percée dans les enquêtes d’opinion remonte au printemps dernier avec sa dénonciation brutale des sauvageons qu’il faut enfermer en internat, surveiller dès la maternelle, expédier en camp militaire « à la première incartade ». Avec sa phobie maladive de tout ce qui a moins de 18 ans, avec sa dénonciation permanente des jeunes, elle se positionne sur une thématique qui a si bien réussi à Sarkozy depuis quelques années : faire peur à l’opinion avec la jeunesse. On a tout lieu de redouter la suite. De Royal à Le Pen, en passant par Sarkozy, Bayrou ou de Villiers, c’est à qui ira de sa petite phrase assassine sur cette classe d’âge qu’il ne faut plus éduquer mais faire plier. Alors qu’aucun d’entre eux n’a présenté de véritable programme sur l’école, ils sont d’une imagination délirante lorsqu’il s’agit de flatter un électorat apeuré : les jeunes, on va les enfermer, les mettre en uniforme, les mettre au garde-à-vous devant le chiffon national. Le plus discret reste encore Le Pen : c’est normal, les autres lui ont volé toutes ses idées.

On pressent que Royal n’en restera pas là dans la surenchère populiste ; quand, au fil des mois, le vide de son projet et l’inconsistance de sa personne commenceront à percer, c’est encore et toujours sur l’école et les jeunes qu’elle laissera s’exprimer sa brutalité. Dans ce pays de vieux cons, promettre le retour de la trique dans les écoles, c’est suffisant pour remporter les élections.

Quant au PS, en soutenant massivement une femme qui pouvait aussi bien faire carrière à l’extrême-droite, ce n’est pas la première fois qu’il abdique tout honneur et jette aux orties les maigres valeurs qui lui restaient. Les militants socialistes, en investissant Royal, se sont montrés les dignes héritiers de ceux qui, il y a un demi siècle, envoyaient les paras torturer en Algérie, ou même, auparavant, on sait en quelles circonstances, avaient voté les pleins pouvoirs à un vieux militaire dont le grand âge et les médailles rassuraient tellement les braves gens. Un vieux militaire qui, pour mieux encadrer la jeunesse, avait inventé les chantiers de jeunesse...que Royal a promis de restaurer. Mais il n’y a sans doute aucun rapport.

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