10 décembre 2006
Faut-il avoir peur de l'armée ?
Lourdes peines de prison pour les incendiaires des mosquées d’Annecy, le 5 mars 2004 (Libé, 09/12/2006). On ne leur jettera pas la pierre, d’abord parce qu’on ne se sent pas une mentalité de procureur, ensuite parce que la plupart des accusés ont vécu une enfance de misère qui est bien pour quelque chose dans leur dérive. Au cours de leur procès devant la cour d’assises de Haute-Savoie, deux d’entre eux, anciens militaires du 27e bataillon de chasseurs alpins ont montré comment ils avaient appris le racisme à l’armée (Le Monde, 07/12/2006) : l’un raconte comment, à l’armée, il a subi un véritable conditionnement, « un bourrage de crâne patriotique ». « La France, la France et encore la France », comme on le lui a martelé. Une France « où il n’y a pas de place pour l’Islam ». Envoyé en Côte d’Ivoire, il découvre les passages à tabac de rebelles auxquels se livrent les militaires français : « Quand on en arrêtait un, on le ligotait. Le sergent lui mettait un coup de poing dans la gueule et c’était chacun son tour ». « Avez-vous refusé les coups ? », demande un avocat. « Oui, on m’a traité de pédé ».
Ce n’est peut-être pas inutile de rappeler ce genre d’histoires, qui, d’ailleurs, n’est pas isolée, à un moment où nos politiciens rêvent de faire rééduquer les jeunes par l’armée. « Je ne vois pas pourquoi le mot armée ferait peur », affirmait Royal il y a quelques mois. Au 27e bataillon de chasseurs alpins, on pourrait peut-être lui expliquer à Royal.
Commentaires
vian
La réeducation des jeunes par l'armée, ça m'a toujours fait penser au texte de Vian, Les bons élèves ...
Ah, il nous faudrait une bonne guerre, avoir un pied sur une mine, ça inspire, c'est un formidable outil pédagogique pour l'écriture ... (cf Les Fourmis de Vian).
"Je ne vois pas pourquoi le mot armée ferait peur"
Moi, je pense le voir : armée et éducation s'oppose profondément au moins sur une valeur ... la liberté ...
Vous avez des esprits étriqués
Messieurs,
J'ai lu avec attention vos remarques sur les évenements qui ont impliqué un ancien caporal du 27ème BCA.
Certes, je m'accorde avec vous sur le fait qu'il faut dénoncer ce type de comportement. D'ailleurs, la peine décidée au tribunal inclut une obligation de soins pour les accusés.
Cependant, vos remarques m'apparaissent davantage comme de la provocation que comme un raisonnement construit et réfléchi.
Le témoignage du caporal met en cause son encadrement de contact qui lui aurait inculqué le racisme.
Je me suis moi même occupé durant plusieurs années d'instruire de jeunes recrues chez les chasseurs alpins. Je peux vous garantir que ce type de comportement est considéré comme une DEVIANCE et qu'il est sévèrement sanctionné.
L'armée francaise forme plus de 10 000 jeunes par an. Elle engage constamment plus de 30 000 hommes sur des théatres partout dans le monde. Croyez bien qu'elle a pour vocation de servir la république, et qu'elle le fait bien. Une majorité des engagés d'aujourd'hui rejoignent au bout de quelques années le milieu civil. Ils possèdent des qualités de sérieux, de travail, de relationnel, etc... reconnues par leurs employeurs et leur entourage. Ils sont riches d'une expérience humaine, acquise au contact de nombreuses nationalités, qui leur a ouvert l'esprit.
Aussi, permettez moi de vous rappeler que la culture est justement une capacité d'ouverture d'esprit; une aptitude à voir un sujet sous plusieurs angles. Le préjugé est l'opposé de la culture, et je n'ai vu que cela dans vos remarques. Celles-ci ne s'appuient que sur un article, sans apport d'expérience personnelle ni de réflexion. Réfléchissez y et rassurez vous: la culture peut s'acquérir.
"Croyez bien qu'elle a pour vocation de servir la république, et qu'elle le fait bien"
sert à rien... lubin hait république, nation, france. lubin est citoyen du monde... enfin, l'unique citoyen de SON monde d'intolérance et de cynisme.
Ce n'est pas un hasard
A Comludo
« L’armée a pour vocation de servir la république, elle le fait bien », écrivez-vous. Je ne suis pas sûr que ce point de vue soit entièrement partagé en Côte d’Ivoire, à Mururoa ou au Rwanda...pour ne pas remonter à des périodes plus lointaines, les années 1950-1960 où l’armée était au service des colons. Le comportement des militaires d’Annecy n’est ni un fait isolé ni le fruit du hasard. A l’égard des hommes qui la composent, l’armée a d’abord pour mission de leur apprendre à tuer ou à se faire tuer sur ordre. Pour arriver à cette fin, pour leur faire accepter cette entreprise proprement inhumaine, elle use d’une discipline qui lui est propre – la discipline militaire – déshumanisante, fondée sur une obéissance absolue et déresponsabilisante. Ce n’est pas un hasard si les plus grands crimes de l’histoire contemporaine, guerres, génocides, ont été le fait des armées.
A l’armée, on apprend également l’amour irrationnel d’un pays, d’un truc nommé « nation » qui fait l’objet d’un culte, un culte dangereux car il établit des frontières artificielles entre les hommes. La nation, c’est l’antichambre du rejet de l’autre, de la xénophobie et du racisme. Les cérémonies devant le drapeau, les hymnes nationaux dont les armées sont grosses consommatrices peuvent provoquer des dégâts irréversibles dans l’organisme. La preuve : les chasseurs alpins qui comparaissaient l’autre jour devant la cour d’assises.
Pour arriver à cette fin, pour leur faire accepter cette entreprise proprement inhumaine": comprenez-moi bien, je ne suis pas là pour faire l'apologie de la guerre et de l'armée, mais je trouve cette phrase d'une candeur désarmante, surtout venant d'un professeur d'histoire. Si tuer et être tué est proprement inhumain, alors il n'y a pas d'histoire de l'humanité, mais uniquement de l'inhumanité, parce que c'est quand même ce qui se passe (à peu près) depuis que le monde est monde.
Effectivement, il faut choisir
Ce n'est pas parce qu'il y a eu des guerres par le passé et qu'il continue d'y en avoir, qu'il faut préparer celles de demain. Il y a eu aussi des périodes de paix mais faire la paix, ça demande en général davantage de courage que faire la guerre.
Choix?
"Il y a eu aussi des périodes de paix mais faire la paix, ça demande en général davantage de courage que faire la guerre." En voilà, un bel aphorisme! Et puis : c'est vrai quel courage, Munich en 1938! (je sais, c'est bas; mais après tout, l'allusion à la péroide nazie ne doit pas toujours être réservée au(x) même(s).
Remarquez que ce n'était pas le sens de mon commentaire: je m'étonnais simplement que vous sembliez croire qu'il soit si difficile que ça pour un homme d'en tuer un autre, fût-ce au péril de sa propre vie. L'histoire, hélas, nous prouve plutôt le contraire.
Abus de langage
Pour ce qui est de l'épisode de Munich, c'est un abus de langage que de qualifier de "pacifiste" la France de cette époque : un pays colonialiste, un pays imprégné de nationalisme, qui dépensait des sommes colossales en armement, même si cet armement n'a pas servi à grand chose.
Lecture hasardeuse
Parce que j'ai écrit que la France était "pacifiste", moi? J'ai juste dit qu'elle avait "fait la paix", ce qui était précisément l'expression que vous avez employée. Et vous ne pouvez pas nier que c'est ce qu'elle a fait.
J'en reviens à ma question, la liberté n'est-elle pas une condition de l'éducation ?
N'a-t-on pas le droit d'être pacifiste sans être anti-social ?
N'a-ton pas le droit de ne pas vouloir différiencier les êtres humains ?
N'a-ton pas le droit de penser que l'armée n'est pas forcément indispensable dans une démocratie ?
Est-ce qu'être citoyen ne signifie pas que c'est notre liberté d'avoir ces opinions ?
Est-ce que l'éducation n'est pas l'apprentissage de la citoyenneté et de la liberté qui en découle ?
Ce qui ramène à ma première question et ainsi de suite ...
Ce qui me fait dire que l'armée ne peut remplir ces fonctions précédement décrites.
"Est-ce que l'éducation n'est pas l'apprentissage de la citoyenneté et de la liberté qui en découle ?"
hé non, cher LudovicBourely ! car la citoyenneté, c'est appartenir à une communauté, une Cité... Hors selon Lubin, tout sentiment d'appartenance est générateur de guerre et de fascisme. Dojnc trouvez autre chose, un autre objectif à l'éducation. Le vôtre est réac.
La liberté réac ?
Bon d'accord , je vous laisse en juger...
Citoyenneté et liberté ne vont pas ensemble ?
On a le droit de tout redéfinir ...
Vous proposez quoi à la place, ça m'intéresse ...
Ah, j'avais oublié, Vian, bien sûr était réac ...
:)
Cher Ludovic, mon message était ironique... Je me mettais dans la peau d'un Lubin, pour qui toute référence à la république est un signe de lepénisation de l'esprit.
Tiens?
Je croyais que repérer l'ironie était une compétence de lecture... Méthode globale?
enfin un peu d'humour
Pourquoi ma réponse n'était pas ironique ?
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