Fierté nationale
Donc pour Royal – elle vient encore de le répéter – comme pour Le Pen, comme pour les fanatiques de l’identité nationale, chacun doit être « fier de la France ». Fier de la France quoiqu’on ait pu faire en son nom.
Fier de la France qui raflait les Juifs en 40 (comme elle rafle aujourd’hui les enfants devant les écoles).
Fier de la France qui s’appropriait par la violence des contrées entières pour les exploiter à son profit.
Fier de la France qui torturait en Algérie et noyait les Arabes dans la Seine.
Fier de Papon, préfet de police du chef de la France libre, fier de Bousquet, copain de Mitterrand.
Fier de la France qui a irradié les populations du Pacifique avec ses essais nucléaires.
Fier de la France qui a coulé le Rainbow Warrior (ça doit rappeler un souvenir de famille à Royal).
Fier de la France, deuxième exportateur d’armements au monde.
Fier de la France qui a soutenu jusqu’à nos jours n’importe quel régime dictatorial en Afrique pourvu qu’on lui achète des armes.
Fier de la France de Dassault et Lagardère, de son Rafale, de ses porte-avions et de ses 48 milliards d’euros de dépenses militaires.
Fier de la France, complice du génocide au Rwanda.
Fier de la France des sans-papiers, des sans-logis et de ses millions de pauvres.
Fier de la France et de ses prisons inhumaines. Etc.
Et donc, si l’on n’est pas fier de tout cela, on n’a pas sa place parmi les braves gens ; la France, on l’aime ou on la quitte. Cette France, à vrai dire, je ne vois guère que les criminels ou les abrutis pour en être fiers.
Commentaires sur Fierté nationale
- ContradictoireQue l'identité nationale "n'empêche en rien le discernement", on pourrait effectivement en rêver, Meles, mais vous savez très bien quelle utilisation on en a fait, tout au long du 20e siècle, pour fanatiser les foules. Il faut croire que le concept s'y prête...

Que chacun se définisse "sa France", voilà ce que les défenseurs de la nation ne peuvent comprendre, puisqu'il s'agit justement, pour eux, de définir une identité "collective". - Parce que les identités communautaires, ou religieuses, voire régionales, seraient peut-être meilleures? Or, sauf à penser que nous ne sommes effectivement que des "particules élémentaires", une identité "individuelle" nous suffisant, ce qui est une hypothèse ultra-libérale aussi désespérante qu'absurde, ce sont bien ces identités-là qui risquent de s'imposer, la nature ayant horreur du vide. Que le nationalisme ait été une plaie du XXème siècle, je vous l'accorde (mais pour être complet, ce n'est pas le fléau principal de ce siècle-là, ni le stalinisme, ni le nazisme ne relevant réellement de cette grille de lecture.). Mais les identités qui risqueraient de s'imposer à la plac e de cette identité nationale me semblent avoir une capacité de nuisance infiniment supérieure, d'autant qu'elles empêchent souvent, pour leur part, toute possibilité de discernement, ce qui est moins vrai pour l'"identité nationale", construction peut-être mythique, mais surtout éminemment politique.

- 7 milliards de mortsIdentité nationale + bombe atomique = 7 milliards de morts potentiels. Voilà pour les "capacités de nuisance". L'identité nationale n'est rien d'autre qu'une forme de communautarisme qui se donne des airs de religion. L'identité nationale est dangereuse et condamnable dans la mesure où elle cherche à s'imposer de force à chacun : aujourd'hui, en France, personne ne cherche à imposer sa religion à qui que ce soit. Que dirait-on si dans les écoles on commençait la journée par des prières devant un crucifix ? La Marseillaise devant le drapeau, c'est la même chose.

- "aujourd'hui, en France, personne ne cherche à imposer sa religion à qui que ce soit"

Ah oui? Vous en êtes si sûr? Entre les expressions de l'identité musulmane à tous les coins de rue (pour cause de "pudeur féminine", qui a bon dos; au fait, quelles est la part d'"identité individuelle" derrière une burqua?) et la résurgence toujours possible d'un catholicisme intégriste tout à fait capable de profiter de la situation, il me semble, au contraire, que le prosélytisme a de très beaux jours devant lui, surtout si on se voile la face.
Quant à la Marseillaise devant le drapeau, je l'ai rarement vue dans les écoles de la République.
Pour les 7 milliards de mort potentiels: on atteint des sommets de procès d'intention. C'est sûr, dès demain, le nouveau président de la République n'aura qu'une envie: appuyer sur le bouton de l'arme atomique pour imposer à tous notre "identité"... - Que nenniNon pas; lisez-moi par ailleurs. Des propositions telles que le drapeau dans toutes les chaumières me semblent totalement grotesques: s'il y a un "génie national" français, il me semble qu'il est aussi dans le fait de ne pas vouer un culte quasi-religieux aux symboles nationaux et une saine capacité à brocarder, sans la dénigrer, la République. Nous ne sommes pas aux E-U, tant mieux. En revanche, faire peser tous les maux sur la Nation,en en oubliant au passage le côté souvent émancipateur, ça me semble pousser le bouchon, ou la caricature, un peu loin. Comme, d'ailleurs, de faire de la Marseillaise un symbole aussi "hideux" que la guillotine (cf. post suivant)

- franchementMeles, laissez tomber. Il ne veut rien entendre. Lubin reste confiné dans sa chambre d'adolescent en révolte avec ses t shirts du Ché et de Meirieu et ses livres de dolto... Et pas beau la guerre, et méchant l'Etat, et caca la révolution française.

Je remarque cela souvent, cotoyant pas mal de profs. Ne pas quitter l'école fait qu'on reste longtemps un grand enfant, un grand dadais révolté contre la société de Papa.
Lubin aurait peut etre voulu qu'on reste sous l'ancien régime, comme son admiration du monarque mitterand le sous-entend (oui, moi aussi je sais faire des procès d'intention)
moi je suis fier d'être patriote (et pas nationaliste, mais la différence est trop subtile pour le bineuronal Lubin élevé à la soupe tiède du pacifisme new age)
j'assume tout. Les croisades et la Renaissance. Danton et Robespierre. Jean Moulin et Drancy. Laguiller et le Pen. Papon et Leclerc. Napoléon et Pasteur. Ferry et Ferry. Les papes d'avignon et la loi 1905. Tout cela, aimable ou détestable, fait partie de la France, et aucune nation, communauté, ethnie, profession, religion ou individu n'est pur, gentil, bienfaisant par essence et de toute éternité.
Les oeillères faussement "révoltées" des Lubin me font de la peine pour eux.




Et on pourrait très bien vous répondre avec "Ma France" de Ferrat...