Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

27 mars 2007

La Marseillaise, la guillotine et Libération

Donc Libé approuve et applaudit Royal, le drapeau, la Marseillaise (27/03/07). Enfin, Libé ou son directeur-adjoint de rédaction, Jean-Michel Thénard. Avec des arguments d’une mauvaise foi confondante. Pour Libé¸donc, il s’agit de « rendre à la gauche l’héritage révolutionnaire de la Marseillaise et de reconquérir cet électorat ouvrier bla bla, bla bla ». La référence à la Révolution française est récurrente chez les tenants d’une Marseillaise « de gauche » qui oublient simplement que la Révolution n’est pas un bloc homogène et que la Marseillaise n’est pas contemporaine de 1789 ni des Droits de l’homme mais de 1793, de la Terreur et de la guillotine. Or, la guillotine, Thénard en parle, justement, dans le même éditorial, en se livrant à un amalgame osé entre les extases de Royal sur le drapeau et l’abolition de la peine de mort par Mitterrand en 1981. Démonstration : « le pari royaliste est risqué qui consiste à braver les bonnes consciences de gauche pour mieux conquérir les suffrages du peuple. il rappelle celui de Mitterrand qui, le 16 mars 1981, avait pris une partie de l’opinion à rebours en se prononçant contre la peine de mort ». Ou bien Thénard est mal informé, ou bien il est de mauvaise foi. Car si proposer l’abolition de la peine de mort était effectivement la marque du courage politique de Mitterrand à une époque où l’opinion y était favorable, ça l’est beaucoup moins pour Royal avec les symboles nationaux dont les sondages publiés sur la même page nous affirment que l’opinion (enfin, l’opinion sondée) y serait massivement favorable. Là où Mitterrand faisait effectivement preuve de courage, Royal est populiste, racoleuse ; elle carresse l’électeur dans le sens du poil. Et l’on sait bien de quel électeur il s’agit. Au demeurant, il ne faut pas beaucoup d’audace à Royal pour affronter ce que Thénard appelle, avec une bonne dose d’arrogance, « les bonnes consciences de gauche » alors qu’il apparaît avec de plus en plus d’évidence que Royal est tout ce qu’on veut, sauf une femme de gauche. Le rapprochement entre Mitterrand et Royal, entre l’abolition de la peine de mort et l’exaltation de la Marseillaise ne manque d’ailleurs pas de piquant : la guillotine et la Marseillaise sont effectivement les deux symboles de 1793. On chantait la Marseillaise à pleins poumons lorsque le sang impur (ou pur, on n’était pas spécialement regardant) coulait sur l’échafaud. Et alors que Mitterrand avait effectivement détruit un des symboles hideux de la république, Royal, elle, voudrait réhabiliter un autre symbole, non moins hideux de la république. A force de se complaire dans les symboles hideux, on va finir par se poser des questions sur cette république.

Posté par Lubin à 19:38 - Marseillaise ? Non merci - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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