Alors que les mouvements ultra-réactionnaires convoquent les médias – que seraient-ils sans eux ? – pour présenter une nouvelle fois leur appel « pour la refondation (sic) de l’école », appel signé notamment par Chevènement, on s’en voudrait de ne pas rappeler les liens intimes unissant tout ce petit monde.

Concluant un colloque, « Pas de société sans école », organisé le 4 avril 2006 par la fondation Res Publica, un de ces clubs de pensée un peu louches où la gauche, dite « républicaine » frétille avec la pensée d’extrême-droite, Chevènement tenait les propos suivants :

« Il me semble que les observations faites notamment par le GRIP – dont je veux saluer les travaux remarquables – montrent que l’allègement des programmes a conduit à un rabais certain de l’exigence par rapport à ce qui était encore appris dans les années 60 (...) »

Les responsables : Jospin et sa loi d’orientation de 1989. « On voit que le courant pédagogiste qui avait cheminé souterrainement, réapparaît et prend définitivement le pouvoir dans les années quatre-vingt-dix (...) Pourquoi ces pédagogues ont pris le pouvoir ? (...) 1968 marque sûrement un tournant : on peut y voir la prise de pouvoir par une petite bourgeoisie – que je ne veux pas assimiler aux frères Cohn-Bendit - là, on échappe de peu au complot juif – qu’on nommera par la suite les bobos. » Un complot des crypto-pédagogues en quelque sorte et voilà pourquoi nos enfants ne savent plus ni lire ni écrire ni compter. Même avec l’âge, on voit que Chevènement n’a pas perdu les habitudes mentales de ses jeunes années staliniennes. « Comment le prodigieux édifice qui avait duré de 1880-1890 à 1960 a-t-il pu être sapé comme l’ont montré les précédents intervenants, dont j’ai admiré la contribution qu’ils apportent à notre réflexion ? » Patience, lecteur, tu vas découvrir sous peu de quel intervenant il s’agit. « Je pense donc que le combat pour la république a été perdu à gauche à la fin des années 80. » Il est un peu brouillé avec les dates, Chevènement : tout à l’heure, c’était la faute à mai 68, puis aux années 90 et maintenant aux années 80 ; et encore, il a oublié de parler du traité de Rome, source de tous nos maux comme chacun sait.

« Au fond, l’éducation républicaine accepte ce grand naufrage de l’école publique à travers ce que Monsieur Le Bris a décrit – oui, il s’agit de l’intervenant précédent et de sa « remarquable contribution » – c’est-à-dire l’abandon de l’apprentissage simple de la lecture par la méthode syllabique...On n’ose plus faire redoubler [les élèves]...Il faut refaire des programmes et j’approuve tout à fait les propos du GRIP... » Et Chevènement de conclure, lyrique : « nous apportons notre petit fagot pour qu’un jour, peut-être, cette grande flamme s’élève vers le ciel. » On ne sait pas si le colloque s’est conclu par la Marseillaise.

Un commentaire est-il nécessaire ? Nostalgie du passé, analyses caricaturales et approximatives, théorie du complot, adhésion totale et sans retenue aux thèses exprimées par des mouvements et des individus politiquement marqués à la droite de la droite – lors de ce colloque, Chevènement ne pouvait feindre d’ignorer que, quelques semaines plus tôt, Le Bris s’était fait acclamer au congrès de l’UMP – voilà, donc, comment Chevènement comprend les problèmes éducatifs de l’heure.

Question subsidiaire : quelle est la place exacte de Chevènement dans l’équipe électorale de Royal ?

http://www.fondation-res-publica.org/Conclusions-de-Jean-Pierre-Chevenement_a139.html