28 mai 2007
Nous ne la lirons pas. Réponse à Laurent Joffrin.
« Oui, il faut lire la lettre de Guy Môquet », proclame Laurent Joffrin (Libé, 24/05/2007) emboitant ainsi le pas de Sarkozy, avec une grande naïveté et beaucoup de complaisance. Il voit là « un geste de tolérance, de la part d’un homme de droite que de choisir comme figure emblématique un jeune qui se situe, en politique, à l’opposé de ses propres convictions », ajoutant sans rire qu’ « il faut juger sur les actes plus que sur les intentions ». Juger sur les actes ? Il faut croire que Joffrin ne lit même pas le quotidien dont il est directeur de rédaction [voir le lien ci-dessous] : il y verrait comment, chaque jour, avec brutalité, la police traque les sans-papiers, terrorisant les enfants jusque dans les écoles. Juger sur les actes un président qui vient de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale ? Juger sur les actes un candidat vociférant dans ses meetings : « la France on l’aime ou on la quitte », à l’adresse des électeurs de l’extrême-droite ? Juger sur les actes un politicien qui, pendant près de cinq ans, comme ministre de l’Intérieur, a fait des immigrés la cible d’une politique policière répressive, contribuant largement à developper les instincts racistes d’une population qui n’est déjà que trop portée au rejet de l’étranger ? Quels autres « actes » lui faut-il donc à Joffrin, pour qu’il se rende compte que cette lettre de Guy Môquet n’est qu’une manipulation supplémentaire de la part d’un politicien qui s’en fait décidément un mode de gouvernement.
Il faut rappeler que l’initiative de Sarkozy a été lancée devant un parterre composé, pas spécialement de résistants, mais d’anciens combattants des guerres coloniales, ces anciens combattants qui ont pris l’habitude de récupérer à leur profit, notamment devant les jeunes générations, avec la complicité de l’Education nationale (cf, en lycée et collège, le concours de la Résistance, chapeauté par les anciens d’Algérie), un combat contre le nazisme auquel ils n’ont pourtant jamais participé. Pour eux, évoquer la lutte contre le nazisme est un moyen bien commode d’effacer des mémoires le souvenir d’Haïphong, de Sétif, de la torture en Algérie ou des Arabes noyés dans la Seine par la police de la république. Joffrin écrit encore « peut-on suggérer que mémoire et histoire ne s’opposent pas forcément (...) Pourquoi le devoir de mémoire...se substituerait-il forcément au travail historique ? » Mais c’est justement ce qui est fait là ; pour Sarkozy, « il est essentiel d’expliquer à nos enfants ce qu’est un jeune Français, à travers le sacrifice de quelques-uns ». Il s’agit alors là d’une conception particulièrement réductrice et fortement connotée de l’idéal de la résistance, limitant l’engagement des résistants à la défense d’une identité purement nationale contre un ennemi dont le principal tort aurait été d’être Allemand, c’est-à dire étranger. Les lacunes et – il faut bien l’avouer – l’ambiguité des commémorations de cet épisode de l’histoire résident dans cette mise en avant permanente de l’idéal national de la résistance, ce qui permet de passer sous silence la nature essentiellement nationale et patriotique du régime de Vichy. Guy Môquet ne serait donc qu’un « jeune Français » auquel, et pour cette raison seulement, il faudrait rendre hommage ? Mais les miliciens aussi n’étaient pas moins « jeunes Français » que lui, est-ce une raison pour leur rendre hommage ? Ce devoir de mémoire dont on abreuve les élèves dans les écoles est trop curieusement tricolore pour être honnête ; il nous rappelle qu’après tout, pas une seule fois, dans ses Mémoires de guerre, le chef de la France Libre n’évoque la question juive. Un point de détail, sans doute, pour quelqu’un qui, quelques années plus tard, choisira Papon comme préfet de police.
Pour Joffrin, Sarkozy ne prétendrait « en aucune manière », remplacer les enseignants, ajoutant : « il se trouve qu’en démocratie, les élus décident de l’organisation des programmes (...) Mais en cas de conflit moral, d’arbitrage sur les grandes orientations, qui doit trancher, sinon les représentants légaux du peuple ? » C’est avec ce genre de prétention, qu’il y a quelques mois, le parti au pouvoir exigeait de faire apprendre aux élèves « les aspects positifs de la colonisation » et que le chef de ce parti n’avait pas de mots assez forts pour fustiger l’esprit de « repentance » à l’œuvre dans les programmes scolaires. On attend avec impatience les consignes que le ministre de l’identité nationale ne manquera sans doute pas de donner aux éditeurs de manuels scolaires.
Dans sa conclusion, Joffrin, avec des accents dignes de Déroulède, en appelle à l’esprit de « sacrifice », exaltant le souvenir de tous ceux qui sont « prêts à donner leur vie pour leur idéal ». Toujours facile, d’être courageux avec la vie des autres et de s’enthousiasmer sur la mort des millions de jeunes dans les tranchées de Verdun ou d’ailleurs. Des jeunes qui ne demandaient qu’à vivre. Joffrin, comme tous les apologistes de l’esprit de résistance, oublie curieusement la seule question qui mérite pourtant d’être posée mais qu’on préfère écarter, tellement elle dérange : aujourd’hui alors qu’il n’y a plus pour « nous » menacer d’Anglais, l’ennemi héréditaire, ni d’Allemands, ni de Rouges, ni de jaunes – bon, je sais bien qu’il reste Ben Laden dans ses montagnes d’Afghanistan – d’où, diable, peut bien venir la « menace » ? Et si elle venait d’abord de nous-mêmes, de notre incapacité à imaginer un monde juste, où le développement ne se ramènerait pas à l’enrichissement de quelques-uns, où la démocratie serait autre chose que le pouvoir du plus fort, où la paix ne s’accompagnerait pas de monstrueux dépenses d’armement ? Où le désir de vivre ensemble, en harmonie, ne s’identifierait pas avec des hymnes et des symboles nationaux aussi grotesques que mortifères. Où la commémoration du nazisme ne se réduirait pas à des cérémonies militaires où l’on traînerait des élèves, le 8 mai, encadrés par des anciens d’Algérie. Où des politiciens ne viendraient pas exiger, parce qu’ils ont décidément trop à cacher, qu’on lise à chaque rentrée devant des lycéens au garde-à-vous, comme autrefois dans les écoles catholiques on récitait des prières, la lettre d’un jeune résistant qui, ainsi instrumentalisée, n’a plus grand chose à nous dire. Respecter les morts, certes mais les exploiter ainsi sans vergogne revient à les tuer une seconde fois.
http://www.liberation.com/actualite/societe/256475.FR.php
Commentaires
C'est vraiment du vent tout ça! Vous brassez de l'air avec vos textes bidons! Les intellos dans votre genre feraient mieux d'aller faire de l'humanitaire. Les malheureux dans le monde, ça ne manque pas. Et les français n'en font pas partie!
Je vous conseillerais d'aller en Asie, en Afrique ou en Amérique Latine...je suis certain qu'en revenant vous adorerez la France!!
Mais encore ?
?????
autre version ?
Pourquoi je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet
Michel Ségal, Professeur de collège en ZEP.
Je suis enseignant de collège et je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet à mes élèves.
Je ne leur lirai pas parce qu'ils seraient bien incapables d'en comprendre le sens profond, et même d'en comprendre les mots qui la composent ; parce que notre école demande aux enfants de réinventer eux-mêmes les règles d'écriture ou de syntaxe. Je ne la lirai pas parce que depuis une trentaine d'années, l'école leur apprend le mépris du patrimoine et la méfiance du passé. Je ne la lirai pas parce que cette lettre me fait honte, honte de la maturité d'un adolescent il y a plus de soixante ans face à l'infantilisation construite par notre école de ceux du même âge aujourd'hui. Je ne la lirai pas parce que nos enfants ignorent les événements auxquels elle se réfère ; parce que notre école préfère par exemple demander à des enfants d'analyser des « documents » plutôt que de leur enseigner des dates et des événements. Je ne la lirai pas parce qu'il y a longtemps que l'école refuse de transmettre aucun modèle ; parce que notre école n'envisage plus les textes d'auteurs comme des exemples mais comme des thèmes d'entraînement à la critique. Je ne la lirai pas tout simplement parce que notre école a délibérément détruit l'autorité qui pourrait permettre une lecture et une écoute attentives.
Je ne la lirai pas parce que, même âgés de 16 ans, mes élèves ne sont que de petits enfants bien incapables d'appréhender son contenu et resteront sans doute ainsi toute leur vie : ainsi en a décidé notre école. Peut-être ne me croyez-vous pas car l'école que connaissent vos enfants ne ressemble en rien à celle que j'évoque ? En effet, j'ai peut-être oublié de vous préciser l'essentiel : je travaille dans une ZEP, c'est-à-dire là où peuvent être appliquées à la lettre et sans risque de plainte toutes les directives ministérielles, là où se préfigurent l'horreur et la misère du monde construit par notre école.
Non, Monsieur le Président, je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet tant que n'auront pas été engagées les réformes structurelles du ministère de l'Éducation nationale qui mettront fin à la démence toute puissante des instances coupables des mesures les plus destructrices de tout espoir de justice sociale, tant que n'auront pas été engagées les réformes pour que l'école cesse de conforter les enfants dans leur nature d'enfants, pour que l'école accepte enfin de remplir sa seule mission : instruire.
Guillemets
Il faudrait penser aux guillemets, Victor et surtout, citer ses sources. Ce commentaire provient en droite ligne du Figaro et a déjà été posté sur "Journal d'école" le 25/05. Autrement dit, ce tetxe assez piteux, eu égard aux enjeux, ne fait pas vraiment avancer le débat.
désolé, retour au 25/05 !
Désolé pour la répétition ! Quant au fait qu'il vienne du Figaro (je l'ai trouvé sur un autre blog "vous nous ils" peut-être ?) ou de la planète Mars qu'importe ? Pour les guillemets, l'auteur est cité en tête...C'était sur le fond que je souhaitais une réaction mais je me rends de ce pas aux commentaires du 25/05 !
Pauvre Lubin !
Oui, pauvre Lubin ! Les arguments de Michel Ségal, cités ci-dessus par Victor, sont les seuls qui tiennent la route — la seule bonne raison pour ne pas perdre du temps à lire une lettre que des élèves patiemment formatés par vos amis depuis vingt-cinq ans ne peuvent pas comprendre, eux qui ont hérités de 200 mots de vocabulaire… Pourquoi donc croyez-vous que la violence monte das les ZEP et ailleurs ? Le coup de boule est l'ultime argument de ceux qui n'ont pas les mots. Vous en avez fait des barbares, et vous vous en félicitez.
Pauvre Lubin, qui croit que les anciens de la Résistance (combien en reste-t-il, d'ailleurs ?) sont plus ou moins honorables que les anciens d'Algérie ! Les appelés qui se battaient dans les Aurès étaient aussi enthousiastes que les GI's actuellement engagés en Irak. Quant aux atrocités commises par le FLN — par exemple à l'égard des harkis —, Lubin-à-la-mémoire-sélective n'en parle jamais.
Pauvre Lubin, qui s'accroche à une défaite — celle de Sainte Ségolène — avec la conviction de ceux qui sont persudés d'avoir toujours raison — ce qu'on appelle des idéologues, si je ne m'abuse…
JPB
à propos de la lettre de M. Segal
"parce que notre école préfère par exemple demander à des enfants d'analyser des « documents » plutôt que de leur enseigner des dates et des événements."
Visiblement ce monsieur n'applique pas les programmes en vigueur qui font une part importante aux événements et aux repères chronologiques nécessaires.
Ciomment - en temsp qu'historien ?- peut on laisser sosu-entendre que l'analyse des documest est une compétence futile ?
"En effet, j'ai peut-être oublié de vous préciser l'essentiel : je travaille dans une ZEP"
J'ai travaillé dix ans dans une Zep, un dure (en haut du classement du Point). Tous les ans j'y ai invité un ancien déporté / tous les ans j'ai vu des élèves émus (parfois jusqu'aux larmes) respectueux de cette personne et qui tiraient pleinement profit de cette intervention (qu'on avait préparé en analysant des documents et en fixant les connaissances, dates et événements nécessaires !)
(la seule fois où j'ai dû faire sortir un élève, ce fut dans un autre collège, bien tranquilleà
ça me gêne toujours ces procès faits aux élèves a-priori : on est généralement agréablement surpris quand on ose.
Quant à la maturité politique du jeune Guy Môquet, n'oublions pas qu'il était fils de député.
Ceci dit, lire cette lettre en début d'année hors de tout contexte, ce n'est pas enseigner l'histoire.
Réponse à Laurent Joffrin
Bonjour,
Libération rouvrait le 22 mai, en publiant mon texte, le débat autour de la question de savoir s'il fallait lire à tous les lycéens à la prochaine rentrée scolaire la dernière lettre de Guy Môquet. Le 24 mai le directeur de la rédaction du quotidien utilisait de manière assez étonnante les pages "Rebonds" (le plus souvent réservées aux textes "extérieurs") pour dire son accord avec "l'idée" de Nicolas Sarkozy. La Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH : http://cvuh.free.fr/) a souhaité lui répondre mais Libération a préféré rester sourd à cette demande.
Je me permets donc de vous signaler que cette réponse est consultable sur le site internet du CVUH avec des liens hypertextes qui permettent de retrouver la chronologie du débat dans Libération et aussi le texte de Laurence Pierrepont paru dans L'Humanité du 24 mai (un n° spécial autour de Guy Môquet) :
http://cvuh.free.fr/spip.php?article105
Le débat n'est sûrement pas clos et "rebondira" avec les décisions concrètes du gouvernement. A suivre donc, notamment sur le site du CVUH.
Très cordialement,
Pierre Schill
comité ?
Comité de vigilance... Mazette !
Bientôt un "Comité de Salut Public", puis un "Tribunal révolutionnaire" ?
Je sais pas si les gens se rendent bien compte, des fois, où peuvent mener les postures de justicier...
ceci dit il ya de bonnes choses sur ce site, et les historiens... (je parle des vrais, pas des Lubins qui jugent le passé avec leurs présupposés nihilistes modernes au coeur pur et la larme en bandouillère)
... les historiens, donc, ont raison de se défendre contre la récup politique de passés incertains, mythifiés, à étudier en permanence.
Du moment qu'ils luttent contre TOUTES les récup et falsifications historiques (à gauche comme à droite, "patriotiques" ou "tiersmondistes"), je les soutiens des 2 bras !
Affinités
A Brighelli (ou à l'usurpateur d'identité le cas échéant).
Toujours le coup du mépris. Passons sur le "pauvre Lubin" : pour ce qui me concerne, j'évite d'injurier mes contradicteurs, c'est juste une question d'éducation, mais il est clair que vous et moi ne partageons pas la même idée de l'éducation. Mais le mépris lourd, pesant, fond de commerce des traditionnalistes, pour ces "barbares...qui ont hérité de 200 mots de vocabulaire", ce mépris disqualifie les profs qui s'y livrent.
Des "élèves patiemment formatés par vos amis depuis 25 ans...". Pourquoi 1982 ? Mystère. Le déclin de l'école, en France, tantôt c'est la loi Jospin, tantôt mai 68, tantôt la scolarité à 16 ans, tantôt le traité de Maastricht. Allez savoir : c'est tellement fuyant la chronologie quand on ne se donne pas la peine de la justifier.
Pour ce qui est de la lettre de Guy Môquet, les arguments de Michel Ségal seraient donc "les seuls à tenir la route". Et les autres, sans doute, sommés de se taire, alors que l'injonction de Sarkozy, son intrusion dans le domaine éducatif font manifestement problème à beaucoup.
Ce n'est pas nier les atrocités commises par le FLN que d'affirmer que les anciens d'Algérie n'ont pas leur place dans la mémoire de la lutte contre le nazisme, dans l'appropriation qu'ils en font, avec la bénédiction de l'EN, auprès des élèves ; par leur présence, ils donnent légitimité à des guerres de décolonisation qui sont la honte de la république. Piquant, d'ailleurs, de voir cette légitimation - la torture en Algérie, les Arabes noyés dans la Seine, ce n'est pas plus grave que les massacres de harkis, n'est-ce pas - mêlée grossièrement à la dénonciation des "barbares de ZEP". Alors que la France avait apporté la civilisation aux sauvages, voici comment leurs descendants nous remercient : par des "coups de boule"...
Bon, ne chargeons pas la barque : le discours des déclinologues sur l'école, ça fait longtemps qu'on sait d'où il vient et où il nous mène.
non je ne sais pas
"le discours des déclinologues sur l'école, ça fait longtemps qu'on sait d'où il vient et où il nous mène."
expliquez-moi. je suis bête et EN PLUS j'ai eu un prof d'histoire un peu comme vous.
Enervé
J’ai vu sur des blogs la reprise de ma tribune du figaro, des commentaires de toute sorte et pas une seconde je n’ai envisagé de répondre. Mais là, je craque. Schilli a publié 3 jours plus tard une tribune reprenant la titre de la mienne (il est vrai qu’il avait ajouté « ... à mes élèves à la prochaine rentrée scolaire ». C’est la patte de l’homme de style qui va à l’essentiel en livrant ces précisions indispensables sans lesquelles on aurait pu croire qu’il s’apprêtait à la lire aux contrôleurs de la RATP le 14 juillet où à la rentrée parlementaire de l’année dernière). J’ai appelé la rubrique rebonds à libé pour leur dire que, bien que n’étant pas journaliste, il me semblait que ce procédé n’était pas très honnête sans mention de l’original. Ils s’en sont excusés (le sachant parfaitement) et EN ONT CONVENU. Ils m’ont dit qu’ils écriraient un mini-sous-entrefilet-raccourci de cinq mots et demi pour signaler l’existence de la tribune du figaro le lendemain où un nouvel article était publié sur le sujet. Le lendemain, rien. J’ai également écrit quelques mots à Schilli pour lui dire simplement que ce n’était pas très courtois de sa part. Aucune réponse.
Bien sûr, à priori tout cela n’a aucune importance et je vais passer pour un obsessionnel, ce qui n’a d’ailleurs aucune importance non plus. Mais je crois que c’est pourtant assez significatif car je retrouve dans cette attitude quelques tics des malades et indigents de l’EN qui ruinent l’école :
1) Chercher ce qui est attaquable à fortiori quand il y a consensus, et s’imaginer que l’esprit critique est le résultat d’un entraînement à la critique
2) Faire des phrases et ajouter des mots. Il aurait également pu écrire « ... à mes élèves à la prochaine rentrée scolaire là où je travaille dans l’établissement où j’ai été nommé». En lisant attentivement son texte, on comprend qu’il peut être réduit de moitié.
3) Sourire et miel en toutes circonstances. On est soulagé lorsqu’il écrit : « sans vouloir remettre en cause l’autorité du président de la république ». Peut-être craint-il qu’on parle de désobéissance et il livre une petite phrase sucrée pour assurer de son dévouement.
4) Accumuler les structures. « Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire » Nous avons peu de moyens de communiquer, pas de télés, pas de radios, pas de journaux, pas d’internet, il est donc nécessaire de créer un centre de chercheurs au titre prétentieux, voire à parfum totalitaire (par qui ont-ils été mandatés pour utiliser un titre pareil ?), qui informera les citoyens. Sans doute ont-ils aussi procédé à l’élection d’un bureau politique au sein du conseil de surveillance du comité de vigilance.
5) Vanité. Non seulement il faut se faire admettre comme expert, mais en plus comme expert « autorisé » pour tenter d’établir son autorité sur la populace qui n’y connait rien en éducation ni en histoire, et même sur ses collègues. Pour cela, il faut avoir des idées sur tout et s’exprimer coute que coute.
6) Malhonnêteté intellectuelle. (Voir les premiéres lignes)
Je rappelle que ces points doivent être lus comme ceux des assassins de l’école, pas de ce brave prof d’histoire-géo M. Schilli que je ne connais pas et qui n’apparait dans mes explications que sous forme de parallèle, pas d’illustration.
Voila, je suis plus calme maintenant.
Ah mais ce sont des gars de Montpellier
Vous etonnez pas ! Ici c'est le royaume des comités arbitraires de toutes sortes et des passe-droits y afférant. Le Frêchisme semble se manifester à tous les niveaux : inspecteurs rebelles contre l'autorité du ministère (quand ça les arrange, pour des élections présidentielles par exemple...), impéritie dans la gestion des fonds publics (n'allez pas fouiller dans les comptes des organismes liés à l'éducation dans la région, non n'y allez pas ou bien si, allez y...), il y a dans le coin une forme de consensus mou dont les deux ressorts sont, derrière une bonhomie de façade, une propension à aduler le chefaillon tyrannique et à louer ses qualités d'arnaqueur.
Un peu excessif ? Je ne crois pas...
Lassitude...
Je vous avoue qu'il y a une chose qui m'étonne avant tout, c'est la persévérance des gars qui enseignent en ZEP : avec toutes les conneries qu'on leur raconte (et que les inspecteurs viennent scrupuleusement vérifier), la niaiserie des tentatives "nouvelles" (il semble que l'étude des chansons de Diam's soit devenue un fait banal...Flics ivrognes, allusion à la bonne petite boulette de shit, banalités dangereuses sur le suicide etc), je ne comprends pas qu'un être humain normal résiste à cette schizophrénie institutionnalisée. Oui, les clients sont incultes, oui, ils n'ont pas le vocabulaire minimal de survie, non ils ne sont pas cons et irrécupérables, bons pour le rap. A part des chanceux qui "ont travaillé en ZEP" (ouf c'est fini, tant mieux parce que ça empire de jour en jour), des planqués (animateurs-formateurs-escrocs d'IUFM passant en gros 20 pour cent de leur temps en classe) ou des malades de longue durée je ne vois pas qui peut apprécier de travailler en ZEP dans les conditions actuelles.
Lubin ne doit pas s'y trouver, c'est certain, lui qui a tant d'énergie à revendre le soir venu sur son magnifique blog dénonçant les corvées de bois : et les corvées de bois mentales d'aujourd'hui, cher ami ? Condamner des enfants au rap à l'école, chacun sait que c'est les préparer doucement à la case chômage ou pire à l'embastillement. Je me vois donc forcé de vous amener à prendre du recul : les petits gars de par chez vous qui entendront la lettre de Guy Moquet, ça ne leur fera pas de mal, ils sauront interpréter, au pire ça leur rappelera une station de métro. Les petits gars de ZEP ils n'y entraveront quedalle (au fond de leur classe de niveau de collège unique...), ils ne peuvent pas : Guy Moquet parlait français, cet abruti, quelle idée...
Donc bon, vos beaux discours d'alentours de machine à café c'est très joli, ça va très bien avec le fond mauve de la page : pendant ce temps des centaines de milliers de mômes sont conduits à l'abattoir social avec le sourire.
Et je ne crois pas me tromper en pensant que mon discours va vraiment en faire sourire certains.
Je n'en suis pas loin moi-même, de ce cynisme.
Juste un peu contraint et forcé par des bêtises matérielles. Honneur donc aux profs de ZEP, courage aux élèves et Vogue la galère !
Autre conséquence :
il va sans dire que la conséquence de toutes ces conneries va être la prolifération des écoles privées et la transformation des derniers collèges de ZEP encore debout (grâce à divers artifices visant à tromper les parents) en des centres de rétention pour barbares de moins d'un mètre cinquante. S'en féliciter ? Ben non hein, on lui doit beaucoup à l'école publique quand même non ? Enfin surtout l'illusion qu'on pouvait s'en servir comme ascenseur social en tous cas.
Personnellement il faudra qu'elle me prouve qu'elle n'est pas morte, qu'elle affiche fièrement ses ambitions (comme une jolie dame son avenante poitrine) pour mériter ma mansuétude. Je ne crois plus aux belles paroles, à l'auto-endoctrinement, à la "mixité" : tout ça c'est du vent ma bonne dame, des promesses, des lapins.
n'éxagérons rien
La lettre de Moquet n'est qu'un alignement décevant de "petits papas petite maman chéri" passablement enfantin, et ne contient aucune difficulté de langage, même pour des élèves de ZEP.
Par contre, professeurs, expliquez bien le contexte, hein ! : à l'époque G Moquet est certes communiste mais n'est pas dans la ligne du PC, qui reste "neutre", pacte germano-soviétique oblige. Le PC entrera en resistance un peu plus tard...
Ah non n'exagérons rien...
Surtout minimisons le problème...Moi je suis certain que la plupart des élèves ne comprendront pas l'ensemble de cette lettre : l'adjectif "digne", "la voie que tu m'as tracée", "je l'escompte" , "sache que", "surmonter ta peine" : tout ceci demandera une sérieuse explication de texte préalable : comptez une heure avec des troisième de ZEP.
pour escompte certes...
pour le reste... le niveau est tel ???
Détournement de débat
L'intervention de Michel Segal, nous appellerons ça, pudiquement, un détournement de débat. Ce qui fait problème, dans le cas présent, ce n'est pas le niveau des élèves mais l'instrumentalisation de l'histoire par les politiciens. Quant au niveau en question, je doute vraiment que des élèves de 3e ne soient pas capables de comprendre "ma petite maman chérie, mon petit papa aimé..." A force de vouloir les faire passer pour des crétins ou des barbares, on se rend soi-même un peu ridicule.
Je suis désole...
mais le niveau est bien celui-là : je ne parle évidemment pas de quelques classes de niveau isolées. Le pire est sans doute l'absence totale de savoir-vivre en société chez ces "jeunes". Quelles qu'en soient les causes c'est un obstacle majeur à leur acquisition de quelque connaissance que ce soit. Les professeurs s'y épuisent, tâchant de faire accepter le minimum de règles de vie en commun. Evidemment un crétin d'inspecteur viendra leur dire que la pédagogie peut tout et finira de leur démonter le moral. Tout cela est bien ainsi.
SARTRE DOIT SE RETOURNER DANS SA TOMBE…
En réponse à l’article : « Oui, il faut lire la lettre de Guy Môquet »
de Laurent JOFFRIN, paru dans Libération le 24 mai 2007.
SARTRE DOIT SE RETOURNER DANS SA TOMBE…
…si de son « huis clos » il perçoit encore les échos de cette « voix de son maître » qu’est devenu Libération. En véritable héraut médiatique, Docteur Mouchard, alias Mister Joffrin, a dénoncé le refus des professeurs de lire à leurs élèves la lettre de Guy Môquet. Il y aurait beaucoup à dire. Objectons lui d'abord que les actes ne sont pas seuls à compter, que l’identité et les intentions de celui qui ordonne (et non pas en l’occurrence « propose ») une commémoration déterminent pour une part essentielle le sens et le respect qu’il faut lui accorder. Et tâchons en l’occurrence de l’en convaincre, non de le persuader (différence conceptuelle qu’il ne juge pas pertinente en la matière ni opportune dans l’enseignement… comme si tous les démagogues et manipulateurs, depuis les sophistes grecs jusqu’aux tribuns populistes d’aujourd’hui en passant par les terribles conducteurs de masses des années 30, n’avaient pas fait de cette confusion leur première arme…).
Laurent Joffrin sut pourtant se montrer plus juste dénonciateur quand au cœur de la campagne présidentielle il protesta contre les pressions exercées par Nicolas Sarkozy sur les journalistes par l’intermédiaire des propriétaires de leurs journaux. Mais comment ne voit-il pas, ce Directeur de rédaction, qu’un homme qui gagne une élection par de tels moyens ne fait rien de moins dans le principe, sinon dans le degré, qu’un dictateur montant au pouvoir par tous les canaux de la propagande ? « La propagande, écrit Hitler dans Mein Kampf, vise à imposer une doctrine à tout un peuple… la propagande agit sur l’opinion publique à partir d’une idée et la rend mûre pour la victoire de cette idée. » Et peu importe l’idée car, par principe encore, c’est toujours un peuple que l’on sacrifie quand on le persuade ainsi. Le peuple n’est bien gouverné que par la raison qui l’instruit. C’est là sans doute ce que signifie la présence d’une tapisserie des Gobelins représentant l’Ecole d’Athènes au dessus du perchoir du président de l’Assemblée nationale et d’une autre dans le cabinet du départ de l’Hôtel de Lassay, face à une statue de la République. Pour convertir le peule allemand au nazisme Goebbels reçut la mission de diffuser cette idéologie par la musique, le théâtre, le cinéma, la radio, les livres, bien entendu la presse et, last but not least, les documents pédagogiques. Alors, bien sûr, Sarkozy n’est pas Hitler, mais est-il bien sûr qu’il ne glissera pas doucement vers l’autoritarisme, puis vers la dictature, « doucement » c’est-à-dire sous ces couverts doux et prévenants que Tocqueville et d’autres nous ont appris à reconnaître comme les formes softs du despotisme moderne ? Songeons à la lecture de la lettre de Guy Mocquet devant l’équipe nationale de rugby par celui qui était appelé au gouvernement à prendre en charge les sports et une jeunesse galvanisée par une victoire escomptée, tandis que grâce à une médiatisation sans précédent le ballon oval remplaçait déjà le ballon rond dans les cours de récréation !
Mais Monsieur Joffrin n’a pas été le moins du monde troublé par la décision du Président Sarkozy de fabriquer dès sa prise de fonction un mythe pédagogique. Car il s’agit bien d’un mythe. En témoigne par exemple cette incroyable « erreur » historique commise par les auteurs de « La lettre », court métrage sur les derniers instants de Guy Môquet commandé par la Chaîne parlementaire et diffusé par France Télévision : le fait que Guy Môquet a été fusillé évanoui est escamoté. Sans doute ce détail historique n’a-t-il pas été jugé édifiant pour cette jeunesse à qui l’on voulait inculquer « un exemple » de « sacrifice de soi » selon les mots de Sarkozy repris par Xavier Darcos dans le B.O. du 30 août 2007. Mais Guy Môquet ne s’est pas sacrifié. Il a été sacrifié. Quand s’est décidée son exécution il s’impatientait d’être placé en liberté surveillée, il était en détention administrative après avoir été acquitté en janvier 41 pour des activités militantes qui l’avaient certes amené en prison mais dont il ne pensait sans doute pas, du moins quand il les commença en octobre 39 (1) , qu’elles le conduiraient indirectement à la mort… Ce martyr qui « aurai[t] voulu vivre » a été assassiné par les Allemands non « sur l’ordre de l’état-major allemand et du gouvernement de Vichy » (contrairement à ce que dit confusément le court métrage de LCP) mais sur l’ordre du seul Ministre de l’intérieur de Pétain, Pucheu, qui choisit politiquement les otages réclammés par le Général Stülpnagel en représailles à l’exécution de l’officier Holtz … C’est comme cela, voyez-vous, Monsieur Mouchard, que l’on brouille les mémoires et prédispose à tous les égarements. Le glissement subreptice de sens, dont notre gouvernement nous donne presque chaque jour une illustration, est le premier stratagème de la persuasion sophistique…
Vous rendez-vous compte dans quoi vous trempez, Monsieur Mouchard, quand vous exaltez le patriotisme en soi comme ce vieux gâteux de Maurice Druon reprochant aux professeurs réfractaires à la lecture de Môquet de n’être pas de « bons Français »? C’est rompus à une telle exaltation, notamment par la pédagogie de la troisième République, que les Français de 1940 ont suivi aveuglément les paroles émouvantes du vainqueur de Verdun, là aussi une affaire de cœur et de don de soi… « C’est le cœur serré que je vous dis qu’il faut cesser le combat », « À mon âge, lorsqu'on fait à son pays le don de sa personne, il n'est plus de sacrifice auquel l'on veuille se dérober ».
Alors, que vous ne compreniez pas pourquoi les professeurs désobéissent à Sarkozy, pourquoi ils refusent le baiser de l’araignée que ce racoleur de l’extrême droite veut par leur bouche faire à la Résistance et à la gauche, lequel me rappelle analogiquement les déclarations de Hitler embrassant le pacifisme pour mieux préparer l’Allemagne à la guerre, que vous ne le compreniez pas, Monsieur Mouchard, au point de dénoncer à la vindicte populaire ces professeurs comme des représentants de l’anti-France, cela me glace d’effroi. Songez seulement, Monsieur Joffrin, que vous auriez pu de nouveau vous illustrer comme celui que vous avez eu le cran de paraître quand seul ou à peu près seul vous avez dénoncé au printemps 2007 les pressions exercées par Sarkozy sur les journalistes par l’intermédiaire des financiers dont la plupart des quotidiens de gauche ont été obligés d’accepter peu à peu les capitaux faute de lecteurs, faute de courage éditorial… Vous auriez pu rappeler que le candidat Sarkozy avait contesté aux lycéens le droit de grève et de manifestation pour les renvoyer à leurs chère études, ce qui mutatis mutandis impliquait que Guy Môquet n’aurait pas dû se dresser contre le gouvernement légal de Daladier (qui à l’automne 39 avait décrété l’illégalité du PCF et fait arrêter son père) ni contre celui non moins légal de Pétain. Vous auriez surtout pu dire que tandis qu’il faisait larmoyer les Français sur la lettre de cette victime de la collaboration, Sarkozy démantelait l’une après l’autre les conquêtes de la Libération et, en asservissant les médias, foulait aux pieds le programme du CNR …
« PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE (DU 15 MARS 1944) : EXTRAIT.
II – MESURES A APPLIQUER DES LA LIBERATION DU TERRITOIRE […]
Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en œuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la libération :
4) Afin d’assurer : […]
la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;
LA LIBERTE DE LA PRESSE, SON HONNEUR ET SON INDEPENDANCE A L’EGARD DE L’ETAT, DES PUISSANCES D’ARGENT et des influences étrangères ;
[…] En avant pour le combat, en avant pour la victoire afin que VIVE LA FRANCE !
LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE »
Certes, les choses ne font que commencer avec Sarkozy, mais elle vont déjà bon train, et les espaces de liberté que vous croyez pouvoir occuper dans l’empire de cette pensée unique dont vous prétendez vous faire le critique nuancé, ces espaces ne sont déjà plus que des interstices et bientôt, c’est à craindre, ils confineront au néant comme toute différence de degré entre les démagogues d’aujourd’hui et les dictateurs d’hier… Alors on observera de près si les caméléons de votre sorte, Mister Joffrin, sauront mettre en pratique ces beaux conseils de patriotisme qu’ils prodiguent sans scrupule aux professeurs courageux qui ont choisi de s’engager contre la propagande populiste, de résister à l’ordre de lui prêter leur voix, bref de collaborer. Voilà, Docteur Mouchard, l’exemple qui honore la mémoire de Môquet tandis que la récupération de sa lettre intime pour célébrer la devise « Travail, famille, patrie » en est la trahison absolue qui doit le faire lui aussi se retourner dans sa tombe.
Fabien Grandjean, professeur de philosophie
(1) C’est-à-dire après la mise hors la loi du PC mais avant le décret du socialiste Sérol qui en avril 40 étendit l’application de l’art. 76 du Code pénal (la peine de mort) à « tout Français qui aura participé sciemment à une entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation », ce qui incluait notamment toute activité de propagande communiste… Quant à l’activité militante de Guy Môquet précisément à ce moment-là est-elle bien, selon les mots de Laurent Joffrin, ce « magnifique exemple d'héroïsme manifesté dans la lutte la plus indiscutable qui soit, celle qui a opposé la Résistance aux barbares hitlériens » ? L’émotion que pareille grandiloquence est susceptible de susciter ne saurait prévaloir contre l’exigence « scolaire » d’une enquête historique seule habilitée à déterminer l’écart éventuel du jeune militant par rapport à la ligne définie par M. Thorez qui n’était pas encore celle de la Résistance, ni prévaloir contre l’exigence politique d’une libre discussion de la légitimité de cette ligne…
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