20 octobre 2007
Le 22 octobre, ils sont partout
Y a-t-il encore des doutes sur les ressorts cachés des commémorations historiques ? Lundi 22 octobre, c’est toute la presse qui est convoquée pour suivre les ébats patriotiques des ministres sur le terrain. Darcos sera au lycée Bertrand de Born à Périgueux, Alliot-Marie, ministre de la police et des rafles se rend à Calluire, Dati, ministre des prisons et des centres de rétention au collège Guy Môquet à Villejuif, Boutin, ministre de la Sainte-Famille au collège Jean Jaurès de Montfermeil, Marleix secrétaire d’état à la bombe atomique et aux exportations d’armement, traînera des élèves de l’académie de Versailles et du lycée Buffon pour rallumer le gaz à l’Arc de triomphe. Tout cela, bien sûr, sans que les profs des établissements concernés y trouvent à redire... Fillon, lui, recevra des lycéens à Matignon, tandis que Sarkozy est attendu au lycée Carnot à Paris. Tellement attendu, d’ailleurs (1), qu’il n’est pas exclu qu’il se décommande. Courageux mais pas téméraire.
Et pendant ce temps, alors que les lycéens et les profs seront rassemblés au garde-à-vous devant les autorités, les ministres, les préfets, les parlementaires, devant les cohortes d’Anciens d’Algérie, pendant que résonneront les Marseillaise et paroles patriotiques, dans cet ordre glacé et sinistre des commémorations officielles, pendant ce temps-là, donc, des dizaines de sans-papiers continueront à être pourchassés, raflés, brutalisés, défenestrés. La lettre de Guy Môquet, comme d’ailleurs, bien souvent, la mémoire de la Résistance en milieu scolaire, ça sert d’abord à cela : à camoufler les crimes du présent. Le souvenir de la Résistance est trop tricolore pour être honnête. Si l’on en voulait une preuve supplémentaire, il suffit de lire l’entretien accordé par Guaino à Libé (20/10/2007), dans lequel le racisme, la brutalité, l’arrogance du personnage se développent sans retenue (2). Guaino, qui s’était déjà signalé il y a quelques jours par des agressions verbales contre les profs qui refuseront de lire la lettre de Guy Môquet, les accusant d’avoir « une attitude purement politicienne » et de se livrer à « une prise en otage corporatiste, idéologique » (sic).
Le 22 octobre, il faut vraiment choisir son camp.
(1) http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/10/17/index.html : « 22 octobre : les élèves donnent l’exemple »
(2) http://www.liberation.fr/actualite/politiques/286184.FR.php
Journée Môquet-Sarkozy : préparer la riposte
Les prises de position hostiles à l’oukase présidentiel se multiplient depuis quelques jours. Sera-ce suffisant pour réveiller les profs qui, alors que cela fait cinq mois que Sarkozy a annoncé son intention de faire lire la lettre de Guy Môquet, ne semblent pas avoir beaucoup bougé ?
Dans Libé (19/10/2007), on retrouve les historiens du CVUH : «tout est fait pour que l’école fabrique un mythe patriote en lieu et place d’une interrogation critique (...). C’est une cérémonie de monument aux morts qui est prévue dans certains établissements, inventée pour l’occasion » (1). Fort justement – c’est aussi le point de vue que je cherche à développer depuis plusieurs mois (2) - les historiens tissent un lien entre l’instrumentalisation du passé et la politique de Sarkozy : « Tout cela paraît donner à l’exercice mémoriel une double visée : restauration de l’ordre social et restauration de l’unité nationale. L’ordre cérémoniel est la traduction de la lettre aux éducateurs (...). L’union sacrale, dont lrécole doit être la garante , permet ainsi d’effacer toute tache mémorielle : de la responsabilité de l’Etat français dans la déportation et l’extermination des Juifs à la non-reconnaissance des massacres coloniaux, de la répression du 17 octobre 1961 à l’oubli des anciens combattants ex-colonisés etc ... »
C’est aussi le point de vue développé par Jacques Le Goff (3) : « cet acte est typique du sarkozisme : il allie la volonté d’intervenir dans tous les domaines de la vie des Français et l’introduction de la confusion dans le rappel louable de la Résistance à travers un document personnel émanant d’un jeune membre du Parti communiste, qui n’est pas en cause dans cette lettre. »
Enfin, Philippe Watrelot annonce sur son blog (4) sa participation sur ce thème à l’émission Ripostes sur France 5, dimanche soir à 17h45. Un regret toutefois : il faudra se farcir Finkielkraut.
(1) http://www.liberation.fr/rebonds/285866.FR.php
(2) http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/05/17/index.html
(3) http://www.liberation.fr/actualite/societe/285923.FR.php
