Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

08 novembre 2007

Payé pour quoi, déjà ?

Même si, sur Journal d’école, je n’ai pas pour habitude de parler de moi (je suis un grand timide, en fait), je vais pour ce soir faire une exception. Mais pour ce soir seulement. Ce matin, dans mon collège comme ailleurs, c’est la rentrée. Mes sixièmes savent qu’ils auront une évaluation d’histoire-géo en début de semaine prochaine, sur des questions étudiées avant les vacances. S’il est vrai que mes petits sixièmes ne sont pas des bêtes de travail – je ne l’étais sans doute pas à leur âge – il est évident que réviser leur pose problème. Je sais bien qu’on peut toujours leur dire : « apprenez ça pour la fois prochaine ! » mais la formule a ses limites, tant qu’on ne leur a pas expliqué comment apprendre. Et ce fut donc l’objet du cours de ce matin. Mettre de l’ordre dans son cahier et surtout dans sa tête, distinguer l’essentiel de l’accessoire, utiliser au mieux les fiches d’évaluation distribuées par le prof, réfléchir aux différentes façons de mémoriser, utiliser un brouillon etc, l’heure de cours fut occupée à ces activités. Rien que de très normal, me direz-vous ; c’est mon boulot de prof, je suis payé pour cela. Sauf que...

Il se trouve qu’au même moment, Darcos tirait devant la presse le bilan de ce fameux temps de soutien, distribué généreusement aux collèges classés « éducation prioritaire », dans le but de satisfaire, on s’en souvient, la promesse électorale de Sarkozy sur les « orphelins de 16 heures ». Par les temps qui courent, on voit décidément des orphelins partout. Bon, je sais, la plaisanterie est un peu convenue, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. Et c’est tellement facile, un petit orphelin, pour émouvoir les braves gens... Pour les activités encadrées de fin de journée, le bilan paraît plutôt mitigé. Si l’on en croit le Journal du dimanche (04/11/2007), ce sont « les élèves qui manquent à l’appel » (1), au point qu’il faut faire du racolage auprès des parents. Ce qui n’a rien de vraiment surprenant et qui était d’ailleurs prévisible : les élèves les plus en difficulté sont très majoritairement des élèves qui n’aiment pas l’école et qu’on imagine mal demeurer volontairement le soir au collège après une déjà longue journée de cours. Si cette initiative hasardeuse n’a manifestement pas l’heur de plaire aux collégiens, par contre elle remporterait, paraît-il (2), un franc succès auprès des profs, tout heureux d’arrondir leur fin de mois en heures sup défiscalisées. 35 euros pour une heure d’ « aide aux devoirs », de « soutien  personnalisé »...alors que d’autres collègues, bien naïfs, font la même chose (cf supra) sur leurs heures de cours. Parce que si les heures de cours ne servent pas à « aider » ou à « soutenir » les élèves, à quoi servent-elles donc ? Comment justifier que le temps de travail et d’apprentissage d’un élève ne puisse pas lui permettre de travailler et d’apprendre ? Au ministère de l’Education nationale, on ne fait même pas mystère que ce sont les milliers d’emplois supprimés qui permettent de financer les heures sup. Travailler plus pour gagner plus, le slogan sarkozien ferait donc un tabac chez les profs ; du moins chez certains. Quant à ceux qui souhaiteraient travailler autrement pour permettre aux élèves d’apprendre autrement, ceux-là pourront toujours aller chercher du côté des trois au quatre collèges expérimentaux que Darcos, bon prince, a bien voulu concéder à Gabriel Cohn-Bendit. C’est dingue comme je peux faire du mauvais esprit !

(1) http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200744/les-eleves-manquent-a-l-appel_69178.html

(2) http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-976027@51-976129,0.html

Posté par Lubin à 21:37 - Education, au jour le jour - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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