A Montpellier, certaines écoles primaires ont été sollicitées par le rectorat d’académie pour faire participer les enfants à une opération de dessins envoyés pour Noël aux « 13 000 soldats français actuellement engagés dans les opérations extérieures  pour la restauration ou le maintien de la paix » (sic). Cette opération, soutenue par l’Education nationale, est due à l’initiative de l’association Solidarité Défense dont les membres visitent régulièrement les établissements scolaires avec pour mission de « présenter ce qu’est l’armée, à quoi elle sert ».

Ce qu’est l’armée, à quoi elle sert ? En Afghanistan, par exemple, au sein des forces de la coalition, , elle bombarde villes et villages, tuant indistinctement femmes et enfants. Les ONG dénoncent les bombardements disproportionnés dans des zones peuplées, aveugles et sans discernement. En Côte d’Ivoire (il y a trois ans), les militaires français tirent sur des manifestants faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Au Tchad, Sarkozy renforce le contingent français avec pour mission de soutenir et de protéger le dictateur local, comme c’est le cas quasi général dans toute l’Afrique depuis des décennies. Voilà les héros auxquels les écoliers français sont sommés d’envoyer un petit dessin en signe de solidarité. L’inspectrice d’académie de Montpellier, qui n’a sans doute jamais vu un enfant éventré ou étripé ou défiguré ou brûlé par la guerre, qui ne sait rien des enfants hurlant de terreur sous les bombes, ou qui s’en fout, l’inspectrice d’académie, elle, se réjouit : « ces dessins, c’est une opération de solidarité, à un moment où humanitaire et militaire se rencontrent. On ne se bat pas contre des ennemis mais pour des valeurs » (resic) [1]. Cynique, elle ajoute même : « cela doit faire partie de la réflexion des jeunes enfants ». Dans ce domaine, on sait que la réflexion laisse la place à la manipulation la plus grossière : cette sinistre opération de propagande guerrière prend place dans le cadre plus large de ce que l’Education nationale appelle l’ « éducation à la défense », en réalité la mise en place d’une véritable culture de guerre pour l’école [2]. Le protocole signé le 31 janvier 2007 entre le ministre de la Défense et celui de l’EN a mis en place tout un système ouvrant largement les portes de l’école à l’idéologie militaire et à ses représentants. Pour satisfaire aux besoins de recrutement de l’armée, les guerres sont camouflées en opérations de maintien de la paix et les militaires se donnent des airs d’humanitaires. Ce bourrage de crâne s’infiltre jusque dans les examens puisqu’en juin dernier les élèves passant le DNB ont dû subir une épreuve d’éducation dite civique toute imprégnée de cette idéologie de caserne [3]. Il est vrai que le recteur d’académie de Montpellier, lui, juge cette action « citoyenne, civique, facteur de cohésion nationale, formatrice ». Pour apprécier cet objectif à sa juste valeur, il faut préciser que l’association Solidarité Défense à l’origine de cette opération de propagande, avait été créée en 1994 par l’ancien amiral Lanxade, en son temps commandant de l’armée française au Rwanda et à ce titre complice d’un génocide qui avait fait plusieurs millions de victimes. Dans les écoles de l’Hérault, la citoyenneté, le civisme, la cohésion nationale ont un goût de meurtre et de sang. Mais les écoliers ne le savent pas. Car il faut bien reconnaître que – si l’on excepte la réaction de la CNT Education 34 – les enseignants font preuve sur ce sujet d’un incommensurable aveuglement et/ou d’une profonde lâcheté.

[1] http://www.liberation.fr/actualite/societe/294579.FR.php

[2] http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/09/16/index.html

[3] http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/06/25/index.html