Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

29 novembre 2007

A Montpellier, l'éducation civique a le goût du sang

A Montpellier, certaines écoles primaires ont été sollicitées par le rectorat d’académie pour faire participer les enfants à une opération de dessins envoyés pour Noël aux « 13 000 soldats français actuellement engagés dans les opérations extérieures  pour la restauration ou le maintien de la paix » (sic). Cette opération, soutenue par l’Education nationale, est due à l’initiative de l’association Solidarité Défense dont les membres visitent régulièrement les établissements scolaires avec pour mission de « présenter ce qu’est l’armée, à quoi elle sert ».

Ce qu’est l’armée, à quoi elle sert ? En Afghanistan, par exemple, au sein des forces de la coalition, , elle bombarde villes et villages, tuant indistinctement femmes et enfants. Les ONG dénoncent les bombardements disproportionnés dans des zones peuplées, aveugles et sans discernement. En Côte d’Ivoire (il y a trois ans), les militaires français tirent sur des manifestants faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Au Tchad, Sarkozy renforce le contingent français avec pour mission de soutenir et de protéger le dictateur local, comme c’est le cas quasi général dans toute l’Afrique depuis des décennies. Voilà les héros auxquels les écoliers français sont sommés d’envoyer un petit dessin en signe de solidarité. L’inspectrice d’académie de Montpellier, qui n’a sans doute jamais vu un enfant éventré ou étripé ou défiguré ou brûlé par la guerre, qui ne sait rien des enfants hurlant de terreur sous les bombes, ou qui s’en fout, l’inspectrice d’académie, elle, se réjouit : « ces dessins, c’est une opération de solidarité, à un moment où humanitaire et militaire se rencontrent. On ne se bat pas contre des ennemis mais pour des valeurs » (resic) [1]. Cynique, elle ajoute même : « cela doit faire partie de la réflexion des jeunes enfants ». Dans ce domaine, on sait que la réflexion laisse la place à la manipulation la plus grossière : cette sinistre opération de propagande guerrière prend place dans le cadre plus large de ce que l’Education nationale appelle l’ « éducation à la défense », en réalité la mise en place d’une véritable culture de guerre pour l’école [2]. Le protocole signé le 31 janvier 2007 entre le ministre de la Défense et celui de l’EN a mis en place tout un système ouvrant largement les portes de l’école à l’idéologie militaire et à ses représentants. Pour satisfaire aux besoins de recrutement de l’armée, les guerres sont camouflées en opérations de maintien de la paix et les militaires se donnent des airs d’humanitaires. Ce bourrage de crâne s’infiltre jusque dans les examens puisqu’en juin dernier les élèves passant le DNB ont dû subir une épreuve d’éducation dite civique toute imprégnée de cette idéologie de caserne [3]. Il est vrai que le recteur d’académie de Montpellier, lui, juge cette action « citoyenne, civique, facteur de cohésion nationale, formatrice ». Pour apprécier cet objectif à sa juste valeur, il faut préciser que l’association Solidarité Défense à l’origine de cette opération de propagande, avait été créée en 1994 par l’ancien amiral Lanxade, en son temps commandant de l’armée française au Rwanda et à ce titre complice d’un génocide qui avait fait plusieurs millions de victimes. Dans les écoles de l’Hérault, la citoyenneté, le civisme, la cohésion nationale ont un goût de meurtre et de sang. Mais les écoliers ne le savent pas. Car il faut bien reconnaître que – si l’on excepte la réaction de la CNT Education 34 – les enseignants font preuve sur ce sujet d’un incommensurable aveuglement et/ou d’une profonde lâcheté.

[1] http://www.liberation.fr/actualite/societe/294579.FR.php

[2] http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/09/16/index.html

[3] http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/06/25/index.html

Posté par Lubin à 17:03 - Esprit de défense, es-tu là ? - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Amara : la voix de son maître

Pour Amara, « le respect de la police, c’est très important », bien plus important, sans doute, que la vie de deux jeunes tués dans un contact pas clair avec la police. Et qui ne sont ni les premiers ni les derniers. En juin dernier, l’appréciation que j’avais portée sur Amara lors de son entrée au gouvernement m’avait valu des commentaires pas spécialement élogieux. Alors que si j’avais voulu rester poli, j’aurais pu dire simplement qu’Amara, c’est vraiment la voix de son maître.

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/294633.FR.php

http://journaldecole.canalblog.com/archives/2007/06/20/index.html

PS : une bête panne électrique, ce matin, dans les locaux qui hébergent Canalblog et voilà pourquoi Journal d’école fut muet une partie de la matinée. Mille excuses aux visiteurs.

Posté par Lubin à 16:49 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 novembre 2007

L'élève au centre

Nantes

Hier après-midi devant le rectorat de Nantes. Et l’on dira encore que les adultes démissionnent devant les jeunes...

Posté par Lubin à 19:04 - Education, au jour le jour - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

"Mythes fondateurs"

A propos du conflit israélo-palestinien, Ilan Greilsammer (Libé , 26/11/2007) évoque les dégâts provoqués par les « mythes fondateurs...les vieilles rengaines empoisonnées » et l’incapacité des « nains politiques » à construire la paix. Ce n’est pas seulement vrai pour cette partie du monde.

http://www.liberation.fr/rebonds/293696.FR.php

Posté par Lubin à 15:21 - Mémoire et histoire à l'école - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 novembre 2007

Pauvre France...

Qui a tenu ces paroles ? «Ouvrons les yeux: le problème n'est pas économique. Il s'agit en réalité d'un communautarisme ethno-culturel anti-France d'une société étrangère qui s'est constituée sur notre sol, qui se nourrit d'un racisme ordinaire anti-français alors même que ces émeutiers ont la nationalité française». Non, ce n’est pas un militant lepeniste en chaleur mais Jacques Myard, honorable député UMP des Yvelines qui, à propos des émeutes de Villiers-le-Bel, estime qu'on ne règlera pas la crise «à coup de centaines de millions d'euros et d'assistance sociale». «La seule solution consiste à insérer ces délinquants dans de véritables bataillons militaires pour casser ce communautarisme générateur de guerre civile, s'il n'est pas déjà trop tard.» On sait que Myard – qui s’est singularisé, il y a trois ans, en déposant une proposition de loi tendant à rétablir la peine de mort  - n’a jamais fait dans l’analyse ni dans l’humanisme mais il est vrai qu’à l’entendre, on comprend mieux ces émeutes de banlieue et, d’une certaine façon, on leur trouverait même une certaine légitimité.

http://www.liberation.fr/actualite/societe/294079.FR.php

Posté par Lubin à 18:46 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La caméra dans l'oeil

Au et autour du collège des Tarterêts, les incidents semblent s’être mulipliés ces derniers jours. Les responsables politiques (parmi lesquels Valls, futur ministre d’ouverture) s’alarment et promettent pour les jours qui viennent des caméras de surveillance afin, comme ils l’affirment, de « sécuriser » les abords. L’ennui, c’est que les cameras de surveillance, il y en a déjà dans ce collège mais on nous assure que si elles ne servent à rien, c’est parce qu’elles sont « hors service » ou « mal situées ». Diable ! La videosurveillance ne suffirait donc pas à elle seule pour assurer l’ordre et la tranquillité dans les établissements scolaires ?

http://www.vousnousils.fr/page.php?P=data/autour_de_nous/l_actualite_du_jour/depeches_de_l_educat/&key=20071126&key2=071126185748.43cdvcr6.xml

Posté par Lubin à 18:31 - Education, au jour le jour - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 novembre 2007

Cannabis : les apothicaires sortent de leur officine

12 millions de Français reconnaissent avoir fumé du cannabis au moins une fois dans leur vie et, à 17 ans, un jeune sur deux l’aurait expérimenté. Les chiffres sont connus et, pour l’Académie nationale de pharmacie, ils sont « alarmants », comme, bien sûr, sont alarmants tous les chiffres concernant les jeunes. Dans une communication récente devant cette docte assemblée, le Pr Boulu va plus loin : pour lui, il s’agirait même d’une « pandémie », ni plus ni moins, comme le sida ou la peste. Terme fort, très chargé, mais finalement bien dans l’air du temps : aujourd’hui, lorsque des comportements sont en cause, il s’agit de faire peur, de stigmatiser bien plus que d’analyser. Comme les « barbares » ont envahi nos cités, voire l’école, le fumeur de joint est un pestiféré qui, non seulement met sa vie en danger mais également celle des autres. Pour nos pharmaciens, la responsabilité de cette contagion – on s’étonne de ne pas avoir encore entendu le terme d’ « épizootie » - est à rechercher dans la « communication banalisante » qui entoure cette drogue. Là, on est autorisé à se demander si l’auteur de la formule n’a pas un peu forcé sur le beaujolais nouveau, car parler de banalisation dans un pays qui est de loin le plus répressif en la matière ne fait pas très sérieux : banalisation, quand une bonne partie de l’activité de la police et des tribunaux tourne autour du cannabis ? Quand des centaines de milliers de jeunes sont fichés pour quelques grammes de cannabis ? Quand la justice prononce de lourdes peines d’emprisonnement contre des « trafiquants » qui, pour une autre drogue - pastis, prozac etc - seraient simplement qualifiés d'honorables commerçants ou d'estimables pharmaciens ? Dans son delirium punitif, l’Académie de pharmacie va plus loin et cette fois, c’est elle qui fait peur : non seulement une formation doit être dispensée sur ce thème dans les IUFM – on imagine une sorte de « module cannabis » - mais elle recommande aussi de « mener une réflexion sur la pénalisation des discours permissifs à l’égard du cannabis » ( !). Autrement dit, interdire tout débat public sur le sujet et, par exemple, traduire en correctionnelle l’auteur de ce blog pour menée subversive et atteinte à la santé morale et physique de notre belle jeunesse. Ces vieux réflexes pétainistes, dans un pays où l’alcool et les tranquillisants font des ravages en toute légalité, se situent dans une ligne de pensée qui, par les temps qui courent, prend des proportions de plus en plus inquiétantes. On ne compte plus les initiatives tendant à criminaliser les comportements réputés déviants, même les plus bénins, au nom d’on ne sait trop quelle vérité médicale ou scientifique. On prétend traquer les comportements déviants dès la maternelle, isoler le gène de la pédophilie et la prison redevient le lieu d’enfermement des malades mentaux, comme elle l’était par le passé. Il est dans l’ordre des choses que la médecine soigne et que la pharmacie délivre les médicaments mais que médecins et pharmaciens prétendent définir la morale et dicter la loi est parfaitement illégitime.  Et même très dangereux par ces temps sarkoziens.

http://www.vousnousils.fr/page.php?P=data/autour_de_nous/l_actualite_du_jour/depeches_de_l_educat/&key=20071122&key2=071122111603.2omyp3lj.xml

Posté par Lubin à 19:31 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 novembre 2007

Ados : y a plus de sous

Près de 15 % des 11-18 ans en situation de grande souffrance. 40 000 tentatives de suicide chaque année. Ce sont quelques-uns des chiffres qu’on peut trouver dans le rapport de Dominique Versini, défenseure des enfants, sur la santé des adolescents. Alors qu’en quinze ans, la demande de soins a augmenté de 70 %, le nombre de lits d’hospitalisation en pédopsychiatrie est passé de 5380 à 1860. 800 postes de psychiatres et 15 000 postes d’infirmiers sont vacants. Seules 18 maisons d’adolescents sont actuellement ouvertes.

Par contre, lorsqu’il s’agit de punir, l’état ne manque pas de moyens : plusieurs dizaines de centres éducatifs fermés ont vu le jour ces dernières années, en attendant les prisons pour mineurs prévues pour bientôt. Initiatives ruineuses et inefficaces mais qui font plaisir à l’électeur. Et, alors qu’il faut parfois attendre un an pour obtenir une simple consultation spécialisée pour un jeune en détresse, les policiers ne manquent pas pour leur tomber sur le dos à la première bêtise. Comparution immédiate, incarcération à l’audience ; là, le délai d’attente est très court et plusieurs milliers de mineurs passent chaque année par la case prison. Il est vrai que, comme Sarkozy ne manquera sans doute pas de le rappeler aujourd’hui à Dominique Versini, pour un jeune, « la meilleure prévention reste encore la punition ».

http://www.liberation.fr/actualite/societe/292469.FR.php

Posté par Lubin à 09:00 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 novembre 2007

Histoire belge et pas drôle

« Dans la cour de récréation,celui qui s'avise de parler français à son copain est puni. Comme un quart des élèves sont francophones, les punitions tombent tous les jours : elles consistent à faire des exercices de néerlandais, à nettoyer la cour ou à aider les plus petits à la cantine. » C’est se qui se passe dans cet établissement scolaire de la périphérie bruxelloise (Le Monde, 17/11/2007). La capitale européenne qui, au passage, semble bien avoir oublié l’esprit des fondateurs de l’Europe, montre chaque jour un peu plus où mène la bêtise nationale. Cela rappelle un peu la France d’il y a un siècle et même après, lorsque les petits Bretons qui s’avisaient de parler leur langue à l’école étaient stupidement punis. L’imbecillité, comme les nations, serait-elle éternelle ?

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-979501@51-926038,0.html

Posté par Lubin à 18:05 - L'Europe quand même - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

De la neige en novembre, des policiers dans les facs

De la neige un 18 novembre. Surtout dans la région où je vis, c’est le signe d’un profond dérèglement du climat.

Des policiers dans les facs. Cela fait bien longtemps qu’on ne les y avait pas vus. A Rennes, à Nantes, un peu partout, la police est intervenue pour déloger les étudiants grévistes. A Nanterre, on a vu des étudiants applaudir les flics tabassant d’autres étudiants. C’est le signe d’un profond dérèglement des mentalités chez une génération gavée de séries policières, où le policier est toujours un héros et intoxiquée par la fréquentation quotidienne de journaux télévisés où les caméras sont toujours du côté des matraques. La plupart des lois sécuritaires votées ces dernières années ont été inspirées par les commissariats ; mais la police est aussi devenue l’instrument d’une politique, au service d’un gouvernement. Dans les quartiers réputés difficiles, les services sociaux ont disparu mais les CRS sont omniprésents et, dans toute la France, des milliers de fonctionnaires de police sont occupés à temps plein à traquer les sans-papiers. Il faut bien faire plaisir  à son maître. On peut quand même s’interroger sur le genre de société qui est en train de se mettre en place.

Posté par Lubin à 15:04 - Police partout, justice nulle part - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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