13 janvier 2008
La nuit des longs couteaux
Ce qui s’est passé l’autre nuit au Palais-Bourbon, avec le vote de la loi sur la rétention de sûreté, montre une nouvelle fois les dérives du discours sécuritaire : dans un hémicycle désert, il s’est trouvé une poignée de parlementaires pour adopter une des lois les plus sinistrement totalitaires que ce régime politique ait jamais votées. L’opposition est surtout venue du monde associatif, rarement des politiques (Badinter excepté, un des rares à faire encore honneur à son parti), et l’opinion publique est restée muette : le jour suivant, les rues étaient noires de monde, non pour dire son indignation mais pour faire les soldes. Le souci affiché de protection des enfants est d’autant moins crédible que les députés ont étendu le champ d’application de la loi à n’importe quel « crime odieux », notion dont le flou n’a rien de juridique mais qui, dans le contexte actuel peut s’appliquer à n’importe quoi. La pédophilie n’aura finalement été qu’un prétexte pour quelques charognards dont les préoccupations sont tout ce qu’on veut, sauf empreintes d’humanisme. Il faut quand même rappeler qu’une large partie de la droite politique et sans doute des électeurs qui vont avec, n’a jamais accepté l’abolition de la peine de mort en 1981. Il y a bientôt quatre ans, en avril 2004, qu'une trentaine de députés UMP ont déposé à l'Assemblée nationale un proposition de loi visant à rétablir la peine de mort. La chose s’avérant impossible à réaliser en ces termes pour cause d’inconstitutionnalité et d’incompatibilité avec les lois européennes, les nostalgiques de la guillotine ont trouvé l’équivalent : car qu’est-ce que la réclusion à perpétuité sinon une forme de peine de mort ? Depuis bientôt six ans, avec obstination, les parlementaires s’attachent farouchement à démanteler tout ce qui touche aux droits de l’homme. Cette dernière loi sur la rétention de sûreté est-elle un aboutissement ou bien seulement une étape ? L’opinion publique, elle, dort.
Sur ce sujet, on peut lire le point de vue de Jean-Pierre Rosenczveig sur son blog : « Vers la détention à vie des mineurs : bonjour l’espoir ! »
Commentaires
Nacht und Nebel
Je comprends pas bien votre allusion à la nuit des longs couteaux... c'est pas celle où les SA se sont faits décimés par les SS ?
vous confondriez pas avec la Nuit de Crystal (pogroms en Allemagne) ?
vous confondriez pas votre occupation avec le vrai métier de prof d'histoire ? Vos préjugés haineux avec des idées ? Vos reflexes conditionnés de sous-etudiant enfumé de la CNT Nanterre avec des opinions ?
Non, je ne confonds pas
...une nuit où s'est tramé quelque chose de grave, une nuit qui laisse augurer quelque chose de plus sombre encore. Décidément...
bonjour Lubin,
j'ai découvert votre blog par hasard il y a presque un an et je prend régulièrement plaisir à vous lire. Il est à noter que je me reconnais souvent dans vos propos et dans vos prises de position. C'est aussi pourquoi je souhaiterais, par curiosité, savoir si vous connaissez le philosophe Jean Claude Michéa et avoir votre point de vue sur son oeuvre. En effet, j'ai, à la lecture de son dernier livre "l'empire du moindre mal", été amené à revoir certains de mes positionnements.
ouhla
Mon pauvre Sébastien, Michéa est le chef de file de toute une partie des empêcheurs de penser en rond, néo-républicains, "néo-réacs" et parfois souverainistes... Bref les gens qu'abhorre Lubin...
Je ne sais pas si vous frappez à la bonne porte.
pourquoi "en rond" ?
Empêcheur de penser, tout simplement :-)))
rondeur
penser dans la chaude rondeur rassurante, dans le cercle de raison, dans le petit monde douillet, endogame et autoconvaincu du professorat "de gauche" Camif-télérama..
Ce petit cercle pensionné, vous avez, où les prêches se font aux convertis et où le reste de la société, les "gens du privé", ainsi que le peuple (qu'on est sensé comprendre, aimer et défendre étant "de gauche" mais il pense si mal et il a des gouts de chiottes, le peuple...) sont des intrus du réel.
Merci Tartempion pour ce portrait d'un de ces profs élitistes, néo-réac.. dans lequel je ne me reconnais pas mais dans lequel je reconanis certains.
Finalement, je continue à penser que si vous étiez mieux informé, on se rejoindrait assez souvent.
Michéa
Bonjour Sébastien, et bienvenue sur "Journal d'école".
C'est vrai que Michéa n'est pas ma tasse de thé (mais, comme vous le savez, il y a toutes sortes de thés) : je le trouve trop souvent philosophe et pas assez historien. C'est du moins mon point de vue. Par exemple, lorsqu'il parle de l'école, tenter d'expliquer les difficultés actuelles par une sorte de complot "pédago-libéral", ourdi par Jospin dans les années 80, me paraît ne pas tenir la route. La pédagogie est aussi vieille que l'éducation ; vous pouvez, si vous le souhaiter, jeter un coup d'oeil sur le site de Philippe Meirieu, qui, au passage, n'a jamais été le diable.
N'hésitez pas à intervenir sur "Journal d'école" comme vous le souhaitez et ne vous laissez surtout pas impressionner par les invectives de Tartempion.
se relire avant de rendre sa copie...
...si vous le souhaiteZ...
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=39633&pid=7553180
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
