Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

17 janvier 2008

Echèque scolaire

Dans une interview au Figaro magazine à paraître le 19 janvier, Attali, président de la commission pour la libération de la croissance prône la création de chèques scolaires utilisables dans l’enseignement public comme dans le privé. Cette mesure, « consistant à donner aux parents un chèque corrrespondant aux frais de scolarité de leur enfant » permettrait, selon Attali de « favoriser une saine concurrence entre les deux systèmes ». (Dépêche Reuters, jeudi 17/01)

Pour ceux qui ont la mémoire courte, rappelons que le chèque scolaire est une très ancienne revendication du Front national...tout comme le retour des bonnes vieilles méthodes, les policiers dans les écoles, la Marseillaise obligatoire etc. Avec Sarkozy, effectivement, tout devient possible. Sur Journal d’école, ça fait déjà un certain temps qu’on répète, au risque de lasser, que l’école est le champ d’expérimentation des théories de l’extrême-droite.

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Darcos devrait cesser de fréquenter Sarkozy

Il y cinq ans, en novembre 2002, le ministre délégué à l’Enseignement scolaire, s’exprimait ainsi : « L’objectif est de faire baisser la violence de moitié en cinq ans. Je veux lever le tabou de la violence scolaire, prendre l’opinion à témoin et montrer ce qui se passe réellement dans nos écoles. Si chacun prend conscience de ce qui se passe, nous aurons plus de facilité à combattre le phénomène ». Le ministre en question s’appelait...Darcos, le même qui, hier, en signant la convention Initiadroit, se lançait dans un  tableau apocalyptique des établissements scolaires : « ici, c’est un pistolet qu’on introduit en classe (...) ailleurs, c’est l’intrusion d’une bande (ethnique ?) armée de barres de fer dans l’enceinte d’un établissement, là-bas, c’est un jeune enseignant  qui est physiquement agressé. » Et d’ailleurs, ajoute-t-il, « la litanie des faits de violence dans les établissements scolaires ne cesse de s’allonger ». Tout cela à cause de l’invraisemblable laxisme des prédecesseurs de Darcos, Ferry-Darcos, Fillon, Robien, puisque, si l’on en croit cet étonnant discours tenu hier par le ministre, ces faits de violence auraient été jusque là tenus pour « excusables » et « tolérés ». Darcos ignore sans doute, que, par exemple, la semaine dernière, un lycéen de Sablé-sur-Sarthe s’est retrouvé inculpé de tentative d’assassinat pour une agression à l’intérieur du lycée et qu’à ce titre, il risque vingt ans de prison. Il ne sait pas, non plus, que les conseils de discipline tournent à plein régime, excluant à tour de bras, que l’on sanctionne pour un oui pour un non  et que le système scolaire français reste l’un des plus punitifs qui soient. Il y a longtemps que la « culture de l’excuse » dénoncée par Sarkozy a disparu du paysage scolaire si tant est qu’elle ait déjà existé. On punit beaucoup dans les écoles mais pour quels résultats ?

A propos de Sarkozy, on est frappé justement devant le parallélisme du discours tenu par Darcos et les habitudes verbales coutumières chez son maître : violence, démagogie, amalgames grossiers et malhonnêtes. « Je ne saurais accepter le développement de zones de non-droit. Je ne saurais laisser agir impunément les multirécidivistes de la violence scolaire ». La racaille n’est pas loin et le kärcher non plus. Kärcher qui prend ici le sinistre rictus de Dati puisque c’est avec elle, la matonne en chef, que Darcos a signé une nouvelle convention visant à permettre « un traitement en temps réel des infractions à caractère pénal », bla bla, bla bla. Darcos précisant même : « elle – puisqu’il paraît que Dati est une femme – a accueilli cette idée avec l’enthousiasme qu’on lui connaît ». Le même enthousiasme, sans doute, qu’elle a mis ces derniers jours, à faire adopter la loi sur l’embastillement à vie des présumés dangereux. Et Dati, qui n’en demandait pas tant pour assouvir ses fantasmes de garde-chiourme, de marteler à son tour : « Pour les mineurs, j’ai posé un principe clair : une infraction, une réponse pénale » (Libé, 17/01/2008). Pour les mineurs seulement, certes, car pour les patrons-voyous, Dati, qui connaît ses maîtres, est en train de dépénaliser le droit des affaires.

Cet énième plan anti-violence, bien sûr, ne trompe pas grand monde : c’est un signal adressé non pas aux établissements scolaires mais aux médias et aux électeurs. Puisque faire peur a toujours si bien réussi au pouvoir en place, pourquoi ne pas continuer dans cette voie ? La violence à l’école a encore de beaux jours devant elle. On ne serait d’ailleurs pas surpris de voir, dans les prochaines semaines, Darcos continuer à battre l’estrade pour tenter de faire oublier, un peu, les milliers de suppression d’emplois de la prochaine rentrée. Il est vrai qu’une caméra de surveillance coûte moins cher qu’un prof.

Comme on le sait, Darcos a sur la lancée, annoncé la rédaction d’un « code de paix scolaire national », censé unifier « les règles et les sanctions ». Chaque établissement est déjà doté d’un règlement intérieur qui lui est propre, souvent dressé par les équipes enseignantes et d’autant plus efficace qu’il colle à la réalité du terrain. L’autonomie des établissements dont Darcos et Sarkozy chantent pourtant régulièrement les louanges doit avoir ses limites : dorénavant, ce sera le même règlement en petite section de maternelle et en classe prépa. On sait que cette idée lumineuse de règlement scolaire national a été soufflée à Darcos par Brighelli.

Posté par Lubin à 23:15 - Education, au jour le jour - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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