22 janvier 2008
Abus d'alcool, abus de pouvoir
Ce n’est pas à proprement parler une découverte : jamais la vie privée des individus n’est autant malmenée que lorsque les libéraux sont au pouvoir. La liberté est sans doute une bonne chose pour les marchandises mais pas pour la société. Darcos envisage donc de faire interdire la vente d’alcool aux 16-18 ans. On est d’abord surpris devant la prétention d’un ministre de l’Education nationale d’intervenir sur la vie des jeunes en dehors du cadre scolaire, un ministre qui, il est vrai, tend à développer de fâcheuses impulsions de ministre de l’Intérieur, mais en fin de compte, on se dit que c’est dans l’air du temps : la jeunesse, entre stigmatisation et infantilisation, est le jouet de considérations politiciennes qui n’ont pas grand chose à voir avec un impératif bien pensé de santé publique. Darcos retrouve ici ses vieux fantasmes d’orde moral : on n’a pas oublié ses anathèmes d’il y a quelques années, lorsque, ministre délégué, il vitupérait les jeunes filles « désirables...jouant de leurs charmes », nécessairement aguicheuses et qu’il faudrait songer à mettre en uniforme. Des propos d’ayatollah repris depuis par d’autres. Le moment choisi par Darcos n’est d’ailleurs pas anodin : alors que Sarkozy voit sa cote de popularité s’effondrer, non pas par adhésion de l’opinion à une alternative politique inexistante mais par la désaffection de l’électorat âgé qui l’a élu, il importe – surtout en période électorale – de reconquérir le cœur des vieux. Et morigéner une jeunesse dépravée et dissolue est un moyen facile d’y arriver. Darcos que l’on voit depuis quelques semaines autoritaire et menaçant – fulminant contre les grévistes ou les « multirécidivistes de la violence scolaire » - est actuellement en service commandé auprès de son maître. Comme toujours en période électorale, l’éducation a tout à craindre de la surenchère des politiques. Après les élections, Darcos pourra à nouveau retrourner sa veste. D’aucuns vous diront toujours que c’est la démocratie...
