Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

31 janvier 2008

La presse

Lorsque la presse traite des questions éducatives,  c’est du sérieux. Exemple, aujourd’hui avec la commission Pochard :

« Les profs pourraient être rémunérés au mérite » (Le Figaro)

« Rocard claque la porte de la commission Pochard » (Libé)

« Le temps n’est pas encore venu d’une rémunération à la performance des enseignants » (Le Monde)

Trois journaux, donc, datés du même jour et parlant du même événement. Et encore, je ne regarde pas la télé.

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30 janvier 2008

A Orvault, des classes à petits effectifs

Ils en ont de la chance, les jeunes pensionnaires de l’EPM d’Orvault, dans la banlieue nantaise, qui doit ouvrir ses portes dans quelques jours (Ouest France, 30/01/2008). Avec un encadrement de deux adultes pour un mineur, à faire rêver n’importe quel prof de l’Education nationale. On n’a pas lésiné non plus sur le coût de la construction : 12,5 millions d’euros. Il faut dire qu’un mur d’enceinte de six mètres de haut et des miradors, ça alourdit tout de suite la facture. L’EPM d’Orvault, c’est en fait le cinquième « établissement pénitentiaire pour mineurs » à voir le jour en France. Avec les centres éducatifs fermés, cette nouvelle trouvaille avait surgi du cerveau de Sarkozy en 2002, sous les applaudissements des nostalgiques d’Aniane, de Mettray, de Belle-Ile- en Mer, des noms qui évoquent les sinistres bagnes d’enfants d’une époque pas si lointaine et qu’on croyait révolue à jamais. On se trompait lourdement : avec le délinquant sexuel et le terroriste nécessairement islamiste, le mineur délinquant occupe désormais une place de choix dans la grande peur des braves gens. Et l’on sait comment tout un arsenal pénal et répressif censé contenir le crime sexuel et le terrorisme, s’est en fait, par glissement, étendu à l’ensemble de la société. Certes, assure l’administration, un EPM n’a rien à voir avec une maison de correction : on ne parle pas de cellules mais de « chambres » et d’ « hébergement ». Mais il y a des miradors, un quartier disciplinaire et les éducateurs sont assistés de surveillants de l’administration pénitentiaire. Et l’on y sera enfermé jour et nuit, dès l’âge de 13 ans. Le Syndicat national des personnels de l’éducation et du social (SNPES) proteste : « Une prison reste une prison. C’est un habillage éducatif. Les juges auront moins de scrupules à enfermer les jeunes ».

Bref, en même temps qu’il impose des économies drastiques à l’éducation, avec les EPM, le pouvoir en place montre où vont ses priorités. Et Dati annonce pour l’année qui vient la construction de 3000 places nouvelles en prison. C’est d’ailleurs la seule de ses promesses électorales que Sarkozy soit en passe de tenir.

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28 janvier 2008

Justice folle

Lu dans le Figaro (25/01/2008) :

« Une enfant de 9 ans (8 ans au moment des faits...) est poursuivie devant le tribunal de police d'Évry après avoir été verbalisée en novembre 2006 à Champcueil (Essonne) alors qu'elle circulait sans casque sur un miniquad à moteur dont la vitesse ne dépasse pas 10 km/h. Le père de la fillette a expliqué qu'il se trouvait quelques mètres derrière et qu'il avait une télécommande qui lui permettait de couper à distance le moteur de l'engin, non homologué pour circuler sur la voie publique. »

Comme l'affirme, Dati, la chasse aux mineurs délinquants doit être impitoyable.

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Et si Darcos, lui, prenait de longues vacances ?

"Des stages de remises à niveau (...) seront proposés aux élèves en difficulté pendant les congés scolaires. Ces stages d'une semaine se mettront en place dès les congés de printemps 2008 (vacances de Pâques) ainsi que pendant les grandes vacances", a affirmé Darcos, selon une copie de son discours transmise à l'AFP.

Autrement dit, non content d’avoir bouleversé la semaine des écoliers, Darcos envisage de faire la même chose avec leurs vacances. Les écoliers (CM1 et CM2) déjà en délicatesse avec l’école, retourneraient donc y travailler sur le temps de vacances. Il est vrai qu’il s’agirait de volontaires...

Aux dernières nouvelles, Darcos est toujours ministre de l’Education nationale.

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27 janvier 2008

Docteur Folamour à l'école

Les médias (1), pourtant jamais en reste lorsqu’il s’agit d’affoler l’opinion et d’entretenir le sentiment d’insécurité, se sont pourtant montrés bien discrets sur le rapport rendu public par cinq anciens responsables militaires occidentaux – parmi lesquels le Français Lanxade (2)- et qui sera discuté lors du prochain sommet de l’Otan à Bucarest. Ce rapport préconise un usage préventif de la bombe atomique contre quiconque serait susceptible d’acquérir et d’utiliser des armes nucléaires ou bactériologiques ; ainsi, Bush aurait été autorisé à utiliser l’arme atomique contre Bagdad en 2003...et à conduire le monde à sa fin certaine. Tout simplement. Les nécessités de la lutte contre le terrorisme conduisent aux pires dérives, renversant même la problématique, puisqu’en menaçant des populations innocentes d’une mort atroce, les pays occidentaux, prétendument « civilisés », se conduisent à leur tour en terroristes, en états-voyoux. La « politique de civilisation » vantée par Sarkozy prend ainsi un sinistre visage. Sarkozy qu’on a vu, ces dernières semaines, dans le rôle du représentant de commerce pour l’industrie d’armement. Dans cette poudrière qui va de la mer Rouge à l’Inde, il n’a rien d’autre à proposer que  missiles et technologie nucléaire. C’est à cette lucidité et à cette hauteur de vue qu’on voit les grands politiques.

Bien évidemment, cette information ne fera pas l’objet de l’épreuve d’éducation civique au prochain brevet : pour les collégiens, l’armée française n’a qu’un rôle défensif, humanitaire, même si, dans la réalité, c’est au crime qu’on travaille. L’ « éducation à la défense », partie intégrante des programmes officiels de l’Education nationale, interdit formellement tout regard critique, tout questionnement sur la bombe et sur la guerre et, fonction publique oblige, on ne saurait désobéir à monsieur l’inspecteur. C’est pourtant l’apocalypse qu’on nous prépare.

(1) J’ai vu sur le sujet un article du Monde (23/01/2008), en autre dans Rue 89 (26/01/2008)

(2) Dans l’armée française, Lanxade n’était pas sous-adjudant : chef d’état-major des armées, à la tête des armées françaises pendant le génocie rwandais, il fut également chef d’état-major particulier de Mitterrand et, à ce titre, chargé de le conseiller sur l’utilisation ou non de l’arme nucléaire...Rétrospectivement, on tremble.

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26 janvier 2008

Finkielkraut au Café du commerce

Dans Libé d’aujourd’hui, Finkielkraut écrit ça :

« On a tellement sentimentalisé l’école qu’on en est venu à criminaliser les notes. Si vous ne faites pas la différence entre l’élève et l’enfant, donner une mauvaise note à l’élève, c’est insulter l’enfant. »

Et puis ça :

« Je prends acte de cette mauvaise nouvelle : la démocratie est sortie de son lit et elle envahit des espaces où elle n’a rien à faire, notamment l’éducation et la culture. Or refuser la dissymétrie institutionnelle de l’école pour en faire une communauté éducative, c’est tuer l’école. Refuser la hiérarchie des valeurs esthétiques, la distinction entre la culture et l’inculture, ou même entre la beauté et la trivialité, c’est tuer la culture. »

Et encore ça :

« Arrêtons de nous cacher derrière notre petit doigt bien-pensant : le chômage dans les banlieues n’est pas seulement imputable au racisme, il tient aussi à l’attrait exercé par les trafics de l’économie parallèle. Il est plus tentant, quand on rêve d’une consommation infinie, d’être dealer que plombier, maçon, avocat, médecin, sans parler de professeur, ce métier de pauvre ! »

Questions : pourquoi persiste-t-on à qualifier Finkielkraut de « philosophe » ? Et comment expliquer l’omniprésence d’un âne dans les médias ?

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25 janvier 2008

Danger, école !

« Bientôt, tous les enfants en âge d’être scolarisés qui résident en France seront fichés dans le système Base élèves 1er degré. Elaboré en l’absence de tout débat démocratique sur sa finalité, son fonctionnement, ses possibilités de croisement avec d’autres fichiers (police, justice,…), il est en voie de généralisation sur tout le territoire, après une simple déclaration à la Cnil le 24 décembre 2004. Sa mise en place rencontre de fortes oppositions de la part de parents d’élèves – mais nombre d’entre eux ignorent jusqu’à son existence –, d’enseignants, d’associations et d’élus. Des conseils municipaux se sont prononcés contre ce fichage, des parents le refusent, des directeurs d’école sont opposés ou réticents (ils sont alors soumis à de fortes pressions de leur hiérarchie)… mais rien ne semble pouvoir arrêter une administration qui minimise les dangers du système (...) »

A l’initiative du CORRESO (le Collectif Rennais de Résistance Sociale), une pétition est en ligne contre le fichage des enfants (fichier Base élèves). Pétition à signer à l’adresse ci-dessous. Parmi les premiers signataires, Philippe Meirieu, Albert Jacquard, Hubert Montagner...

http://petition.bigbrotherawards.eu.org/

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24 janvier 2008

Darcos et Clovis : du bon usage de la blouse grise

« Il faut faire de l’école à l’école ! (...) Avant, les enfants d’ouvriers ou de paysans partageaient la même culture que les enfants de bourgeois ». En ce sinistre hiver, Darcos a enfilé sa blouse grise ; il s’agit présentement de faire plaisir aux lecteurs du Figaro (23/01/2008) et accessoirement, aux électeurs nostalgiques du bon vieux temps. Le bon vieux temps où les enfants d’ouvriers et de paysans n’usaient pas leur fond de culotte sur les mêmes bancs que les enfants des bourgeois : l’enseignement secondaire était le privilège de ces derniers seulement, les premiers devant se contenter des rudiments – et non des bases – d’un enseignement primaire qui permettait à peine à la moitié d’entre eux de décrocher le certificat d’étude. En ces temps bénis, les élèves avaient des « repères », perdus aujourd’hui : « Tous devaient connaître la date du baptême de Clovis, savaient placer les fleuves sur une carte [et la ligne bleue des Vosges également] et connaissaient les départements ». Le baptême de Clovis, les noms des fleuves et des départements, voilà la  culture commune rêvée par un ministre de l’Education nationale pour les citoyens du 21e siècle, un ministre qui a oublié au fond d’un tiroir quelques-unes des prescriptions du socle commun : « maîtriser le socle commun (...), c’est être en mesure de comprendre les grands défis de l’humanité, la diversité des cultures et l’universalité des droits de l’homme ». Un ministre qui, d’ailleurs, manifeste une mauvaise foi sidérante, feignant d’ignorer que, depuis qu’on enseigne l’histoire à l’école élémentaire, cette discipline a toujours pris la forme d’une histoire exclusivement « de France », faisant la part belle aux dates, parmi lesquelles le baptême de Clovis. Quand dans quelques semaines, Darcos (ou Sarkozy), viendra plastronner devant micros et caméras pour présenter les programmes «  rénovés » du primaire, y aura-t-il quelqu’un dans la salle pour lui faire observer que Clovis se trouvait déjà dans les programmes de 2002 comme dans ceux d’avril 2007, appliqués depuis la dernière rentrée (et donc complètement dépassés), comme ils l’ont été constamment depuis plus d’un siècle ?

Faire choix du baptême de Clovis comme «repère», relève d’une double manipulation du passé. D’une part, c’est ignorer que le « mythe du baptême-sacre » de Clovis (Suzanne Citron), est une invention historiographique qui ne peut en aucun cas servir de point de départ à la France d’aujourd’hui. D’autre part, c’est perpétuer la légende trompeuse d’une origine unique et commune aux 64 millions d’habitants que compte la France de 2008, alors que nombre d’entre eux, la majorité sans doute, ont leurs ancêtres, leurs racines, en dehors d’un hexagone dessiné artificiellement sur une carte. Il est d’ailleurs piquant de constater qu’alors que l’évocation par Sarkozy des « racines chrétiennes » de la France suscite à juste titre de vives réactions, de bons républicains intransigeants sur la laïcité, ne trouvent rien à redire à la place prise par Clovis dans les programmes de l’école de la république, accréditant ainsi une interprétation « cléricale » de l’histoire. Une certaine vision de la France, quasi religieuse donc, commune aux cléricaux et aux thuriféraires de la république.

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22 janvier 2008

Abus d'alcool, abus de pouvoir

Ce n’est pas à proprement parler une découverte : jamais la vie privée des individus n’est autant malmenée que lorsque les libéraux sont au pouvoir. La liberté est sans doute une bonne chose pour les marchandises mais pas pour la société. Darcos envisage donc de faire interdire la vente d’alcool aux 16-18 ans. On est d’abord surpris devant la prétention d’un ministre de l’Education nationale d’intervenir sur la vie des jeunes en dehors du cadre scolaire, un ministre qui, il est vrai, tend à développer de fâcheuses impulsions de ministre de l’Intérieur, mais en fin de compte, on se dit que c’est dans l’air du temps : la jeunesse, entre stigmatisation et infantilisation, est le jouet de considérations politiciennes qui n’ont pas grand chose à voir avec un impératif bien pensé de santé publique. Darcos retrouve ici ses vieux fantasmes d’orde moral : on n’a pas oublié ses anathèmes d’il y a quelques années, lorsque, ministre délégué, il vitupérait les jeunes filles « désirables...jouant de leurs charmes », nécessairement aguicheuses et qu’il faudrait songer à mettre en uniforme. Des propos d’ayatollah repris depuis par d’autres. Le moment choisi par Darcos n’est d’ailleurs pas anodin : alors que Sarkozy voit sa cote de popularité s’effondrer, non pas par adhésion de l’opinion à une alternative politique inexistante mais par la désaffection de l’électorat âgé qui l’a élu, il importe – surtout en période électorale – de reconquérir le cœur des vieux. Et morigéner une jeunesse dépravée et dissolue est un moyen facile d’y arriver. Darcos que l’on voit depuis quelques semaines autoritaire et menaçant – fulminant contre les grévistes ou les « multirécidivistes de la violence scolaire » - est actuellement en service commandé auprès de son maître. Comme toujours en période électorale, l’éducation a tout à craindre de la surenchère des politiques. Après les élections, Darcos pourra à nouveau retrourner sa veste. D’aucuns vous diront toujours que c’est la démocratie...

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21 janvier 2008

Qui veut faire l'ange...

A force d’en appeler aux racines chrétiennes de la France à tout propos, on finit par se prendre les pieds dans le tapis, dans les cordes de contrebasse, plus exactement, et se couvrir de ridicule. Après la mort de l’avant-dernier Poilu de la guerre 14-18, Marleix, secrétaire d’état à la défense et aux anciens combattants, affirme vouloir organiser une cérémonie nationale qui « pourrait prendre la forme d’un Te deum », précise-t-il...c’est-à-dire d’un chant de joie. C’est la famille du mort qui va se sentir honorée. Le Te deum est une hymne d’action de grâce, de reconnaissance à Dieu, pour le remercier d’un bienfait, célébrer un heureux événement. Sous l’Ancien régime, on chantait des Te deum pour un sacre, lors de la naissance d’un enfant royal, pour la fin d’une guerre ou d’une épidémie.

On a tout à redouter d’un ministre de la défense qui confond ainsi Te deum et Requiem. Par exemple qu’il ne sache pas distinguer la guerre de la paix.

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