Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

01 février 2008

A qui la faute ?

Ils s’étranglent d’indignation les profs, les mots leur manquent pour crier leur colère après la mise en examen d’un de leurs collègues, à Valenciennes : la victime, ce n’est pas l’élève giflé mais, c’est lui, le prof frappeur. Certes le « connard » sorti de la bouche du gamin est blâmable, mais que dire de cette indécente campagne de soutien adressée à celui qui a porté les coups ? On se gardera bien de juger l’un ou l’autre, le petit comme le grand, nul n’est à l’abri d’un dérapage, mais cette campagne médiatique est particulièrement malvenue lorsque l’on sait que, pour un prof épinglé, combien d’autres se permettent des violences verbales ou physiques à l’égard des élèves sans jamais susciter la moindre réprobation et même souvent s’en vantent. Le mythe du bon coup de pied aux fesses, de la bonne gifle, est encore vivace dans les établissements scolaires où l’on punit et l’on cogne sans état d’âme. Le « bon » maître n’est-il pas celui qui fait pleurer les élèves ?

De toutes façons, cet épisode prend place dans un contexte plus général de judiciarisation des troubles de la vie quotidienne, tout spécialement dans les établissements scolaires. On en voit les dérives. Lorsqu’en août 2002 – tout nouveau ministre de l’Intérieur, Sarkozy s’appropriait le code pénal pour l’accomoder à son gré – le législateur instituait cet improbable délit d’ « outrage à enseignant » passible de six mois de prison, il n’y eut pas grand monde, dans le milieu enseignant, pour dénoncer cette mesure démagogique et s’inquiéter des dérapages. Depuis, de policier référent en convention école-justice, on s’est accoutumé à de curieux transferts sémantiques : les bavardages, les chahuts sont devenus des incivilités, puis des violences et aujourd’hui des délits. La qualification de terrorisme, ça viendra bientôt. Qu’un enseignant soit mis en examen (et non pas derrière les barreaux comme on a pu le lire) pour une gifle est certes ridicule mais chez les profs qui font aujourd’hui les gorges chaudes, on n’a pas vu grand monde s’élever, lorsqu’il y a quelques jours, le ministre de l’Education nationale s’emportait contre ces « multirécidivistes de la violence scolaire », confiant aux tribunaux le soin de poursuivre sans faiblesse toute forme de déviance : « pour les mineurs une infraction, une réponse pénale » (voir « Darcos devrait cesser de fréquenter Sarkzoy », Journal d’école, 17/01/2008).

Les établissements scolaires, très majoritairement, n’ont jamais su créer des relations saines entre jeunes et adultes ; les désordres les plus extravagants y côtoient l’autoritarisme le plus brutal. Situation aggravée ces dernièes années par tout un discours réactionnaire fondé sur une différenciation d’ ordre hiérarchique entre « supérieur », le maître qui ordonne et « inférieur », l’élève qui obéit. Le manque de respect flagrant de nombre d’enseignants pour les élèves génère en retour des comportements déplacés de la part des élèves. Il n’appartient pas aux tribunaux de gérer ce genre de choses mais aux enseignants d’apprendre autrement leur métier d’éducateur. Ce sera sans doute pour une prochaine commission Pochard, dans quelques années...

Posté par Lubin à 00:01 - Education, au jour le jour - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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