Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

08 février 2008

Honte d'être prof

Le procureur d’Avesnes-sur-Helpe confirme ce que l’on sait depuis huit jours : au collège de Berlaimont, c’est bien l’enseignant qui porte la plus grande part de responsabilité dans l’affaire de la gifle. « Parce qu’il voulait réaménager la classe en vue d’une activité, l’enseignant a brusquement jeté les affaires d’un élève à terre, raconte le magistrat. Comme celui-ci lui demandait une explication, il l’a agrippé par le pull et l’a plaqué contre le mur. C’est alors que l’enfant, qui n’est pas du tout un ado rebelle, l’a traité de « connard ». Furieux, [l’enseignant] lui a donné une gifle avant de l’entraîner dans la pièce voisine pour lui faire rédiger une lettre d’excuses. » « De retour parmi ses élèves, poursuit Le Figaro (07/02/2008), l’enseignant aurait enfin déclaré : « La parenthèse est fermée. Personne ne parle de ce qui vient de se passer. »

Et pourtant, aujourd’hui, seul l’élève a été sanctionné. Bel exemple de justice. Après le soutien affiché des autorités de l’Education nationale, de l’inspecteur d’académie à Darcos en passant par le recteur, sans oublier celui de ses chers collègues qui se démènent pour le faire considérer comme un héros, on sait que l’administration n’ira pas plus loin, aucune procédure disciplinaire ne sera engagée. Et à la sortie du procès fin mars – si procès il y a – le prof sera porté en triomphe par des militants du Snalc qui ont prévu de manifester ce jour-là. Vous savez que dans notre beau pays, tous les collégiens suivent des cours d’éducation civique ? On leur inculque le respect de la loi et des règles de vie en société ; ils sont punis, d’ailleurs, s’ils ne les respectent pas. Les profs, les adultes, eux aussi, sont censés respecter la loi et les règles de vie en société, comme par exemple celle qui leur interdit de brutaliser un élève. Mais lorsqu’ils ne les respectent pas, ils reçoivent le soutien de leurs collègues, des grandes personnes, et même du chef du gouvernement qui, d’ailleurs a exprimé le regret que l’élève n’ait pas été suffisamment puni... Fillon, qui vient ainsi de délivrer un permis de cogner à tous les profs, qui n’en doutons pas, sauront le remercier. Plus de 10 000 d’entre eux auraient, paraît-il, signé une pétition en faveur du prof. Certes, 10 000 sur un total de 800 000, cela ne fait pas une majorité mais alors que font les autres ? Pourquoi se taisent-ils ? Aujourd’hui, j’ai honte d’être prof.

Posté par Lubin à 00:02 - Education, au jour le jour - Commentaires [32] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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