Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

11 février 2008

Abattre le mur du silence

« (...) Or, depuis que je dis et écris sans ambages que maltraiter les enfants est les plus grand des crimes de l’humanité contre l’humanité parce qu’il abime psychiquement la génération future et, grâce au refoulement opéré par ses victimes (y compris les thérapeutes), demeure ignoré, l’on me reproche d’être dure et inexorable. Comment interdire aux parents (1) de se mettre en colère ? demande-t-on souvent. Malheureusement, ceux qui avancent pareils « arguments » ne font guère la distinction entre l’état affectif, qui ne tue personne, et les actes, qui eux sont dangereux. Il va de soi que les parents doivent avoir eux aussi le droit d’éprouver des sentiments. Mais ils n’ont en aucun cas le droit de battre, gifler ou humilier d’autres façons leurs enfants impunément : cela, c’est blesser un organisme en pleine croissance et l’abimer pour la vie, donc commettre un crime. Les parents qui peuvent éprouver leurs sentiments en sont conscients et ont l’intuition que leur irrépressible colère a certes été déclenchée par l’enfant mais en réalité ne le vise pas lui ; ils risquent également moins d’abréagir cette colère et de la déguiser en mesure éducative. Je parle ici très sciemment de « faute » et de « victimes » et non, comme on me le conseille amicalement, de « causes » et d’ « effets ». Car ce sont des êtres humains qui sacrifient ces enfants, ce sont leurs parents et non pas des automates. Ils n’ont pas le droit de se comporter en robots destructeurs et de persister dans leur ignorance, même si l’opinion courante, voire des préceptes moraux et religieux les y encouragent en prêchant aux victimes le pardon. Un jour, l’effet destructeur, mortifère, de ces injonctions sera clairement reconnu. »

Alice MILLER, Abattre le mur du silence, trad. française, Aubier, 1991

(1) ...et aux enseignants (note de Lubin)

Posté par Lubin à 00:15 - Education, au jour le jour - Commentaires [25] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

N'est-il pas excessif d'assimiler le jeune élève giflé par son professeur à un enfant battu ?
N'y a-t-il pas une différence importante - et sans doute ressentie par l'élève et par l'enseignant qui nous occupent - entre une gifle "échappée", surgie d'une tension à la fois immédiate et éphémère, et une gifle plus ritualisée, inscrite dans le mode éducatif de celui qui la donne comme de celui qui la reçoit ?

Posté par Zarathoustra, 11 février 2008 à 06:44

+ 1 avec Zarathoustra

Posté par Gelsie, 11 février 2008 à 06:46

Institutionnaliser la gifle ?

"N'est-il pas excessif d'assimiler le jeune élève giflé par son professeur à un enfant battu ?"

Je ne le crois pas dans la mesure où la gifle, même "échappée", même "éphémère", que je sache, ne fait pas partie des sanctions prévues par les réglements des établissements !
Si c'était le cas, alors il n'y aurait aucun souci !

Lorsque l'adulte sort de la norme, que comprend l'enfant ?

C'est justement à l'adulte éducateur que revient la mission de signifier à l'enfant qu'il sort de la norme. C'est pourquoi on ne peut mettre l'élève et l'enseignant sur le même plan.

L'élève dit "connard" parce qu'il n'a pas intégré la norme. C'est un enfant. Il est par nature éduquable. L'adulte, lui, aurait dû l'intégrer, surtout après 30 ans de carrière. Il n'assume plus son rôle.

Je peux comprendre qu'un gamin file une râclée à un autre de son âge parce qu'il l'a traité de connard... mais un adulte ?

Posté par Théo, 11 février 2008 à 09:47

théo intégriste intègre

Théo a surement intégré toutes les normes qui soient, il n'a jamais trébuché, il n'a jamais élevé la voix, il n'a jamais laissé échappé un juron en se coupant. il ne s'engueule jamais avec ses proches. Il ne dérape jamais, n'a pas de bouffées de chaleurs, très peu d'amour... Théo est un gaz...

Vous savez hier j'ai glissé, je suis tombé. Pourtant ca fait plus de 30 ans que je marche, que je sais comment marcher... Mais j'ai perdu l'équilibre et par un réflexe, me suis retrouvé le Q par terre...

Posté par tartempion, 11 février 2008 à 10:27

Gelsie (as Gelsomina ?) et Tartempion, je plussoie.

Je vous lis en pensant avoir affaire à des êtres vivants.

Posté par PMB, 11 février 2008 à 10:43

Tartempion

Selon Tartempion les règles sont donc faites pour être transgressées et ses contradicteurs pour être insultés.
Je croyais que nous étions entre adultes.

Posté par Théo, 11 février 2008 à 11:53

qu'on se comprenne bien

je suis pour que le prof frappeur soit sanctionné,
mais pas mis à l'index par les bien pensants à la Lubin, qui ne rate jamais une occasion de montrer à quel point il déteste son métier, ses collègues, son institution (l'en)

de manière générale, et contre les dogmes égalitaristes syndicalo-pédogigues, je suis pour que les mauvais profs, les frappeurs, les "je fous rien sous prétexte de pas me faire avoir sur le temps de travail" soient sanctionnés, virés, et les bons profs soient mieux payés, promus, etc...

ce qui m'énerve, ce sont les gens qui sont anarchistes un jour et réclament les flics le lendemain, estiment que l'âge vaut absolution, et qu'un prof est forcément coupable s'il n'applique pas les dogmes lénifiants de l'enfantroikatoujourrézon.

Posté par tartempion, 11 février 2008 à 12:46

Contradiction

Théo écrit : "Selon Tartempion les règles sont donc faites pour être transgressées et ses contradicteurs pour être insultés".

Alors, pourquoi traitez-vous les gens qui ne pensent pas comme vous de gorets qui chouinent ?

Posté par PMB, 11 février 2008 à 13:25

Pour répondre à Théo

Vous répondez à ma première question, mais pas aux suivantes, c'est dommage.

D'accord pour dire que c'est à l'adulte de faire respecter la norme, et de la suivre.
Mais à mon avis, l'Ecole n'est pas à l'abri des situations "non normées", c'est-à-dire, humaines, imprévisibles, impulsives, et par conséquent excessives. Il y en a toujours une poignée tous les ans, et ça ne veut pas dire que les élèves sont violentés, en général, dans les salles de classe.
Pour moi, c'est cela qui différencie l'enseignement d'une autre activité : nous sommes confrontés quotidiennement, certes, à des situations pédagogiques, mais nous n'en restons pas moins humains, avec nos failles. Je refuse de me voir comme un simple pédagogue garant de la norme. Je le suis, mais je suis autre chose, et cela, les élèves doivent aussi le comprendre.

Ainsi, cette gifle avait-elle vraiment fonction d'éducation, de sanction, ou a-t-elle été un geste irréfléchi ? L'élève lui-même a bien dû sentir qu'elle n'était pas sanction, ni punition, qu'elle n'avait pas valeur d'éducation.
Cette gifle aurait dû être traitée comme un geste impulsif résultant d'une situation de conflit exceptionnel et somme toute assez rare, dans cette configuration, dans un établissement scolaire. Ce qui ne veut pas dire que je la cautionne : l'enseignant aurait dû être sanctionné par le rectorat, et par lui seul, après s'être expliqué devant la famille.

En définitive, je crois que l'on a tort, de part et d'autre, de récupérer cette affaire en en faisant un symbole du retour aux vieilles valeurs (cf. le gouvernement), et en en faisant un symbole de la maltraitance des enseignants sur les enfants (cf. ce blog ?).

Il me semble que les élèves - et leurs familles ? - sont tout à fait capables de comprendre que l'Ecole n'est pas un lieu de consommation éducative, où la justice, les medias, pourraient intervenir à volonté, et où les individus ne sont pas de vulgaires robots infaillibles. L'humain peut commettre des fautes, qu'il soit élève ou enseignant. Les uns comme les autres doivent l'assimiler pour faire des années scolaires les meilleures années d'une vie.

Posté par Zarathoustra, 11 février 2008 à 16:41

déraison

Ce dernier commentaire de Zarathoustra me semble mettre beaucoup de monde d'accord.



Finalemnt donc, beaucoup de bruit pour ce qui n'aurait pas dû devenir une affaire. Enervé de voir qu'on en a profiter pour -une fois de plus - tenir à la fois un discours pour le retour à l'ordre ancien et surtout un discours anti-élèves. Consternant de la part de profs ! (pas seulement de la part du gouvenement Zara, loin de là !) C'est ce que j'ai essayé d'exprimer ici :http://educpol.over-blog.com/article-16301845.html Théo et Lubin devraient s'y retrouver également.

Si Dumouche passait par ici. J'aimerais bien qu'il s'exprime sur le sujet. il me semble que par le passé, il nous a souvent écrit ici que ce sont les pédagos et non les réacs qui étaient pour le retour des "coups de règle". j'en ai pas vu parmi les signataires de la pétition du snalc, par contre j'y ai reconnu quelques noms...

Posté par lofi, 11 février 2008 à 17:32

à Lofi

Je suis ton blog depuis quelque temps et je l'apprécie beaucoup, autant que celui-ci !
Le dernier message ("l'instruction, y a que ça qui compte... vraiment ?") est comme tant d' autres très persuasif dans le contexte actuel.
Lubin et toi incarnez pour moi ce devoir de résistance selon mon cher Philippe Meirieu.
Bonne continuation et à bientôt !

Posté par Théo, 11 février 2008 à 19:43

"Enervé de voir qu'on en a profiter pour -une fois de plus - tenir à la fois un discours pour le retour à l'ordre ancien et surtout un discours anti-élèves."
L'ordre ancien, Lofi et Théo, c'est le vôtre : celui de L'Emile de Rousseau, l'ordre du préceptorat où l'on guidait gentiment, à son rythme, sans contraintes -pour quoi faire ?- "l'enfant" vers un avenir sans nuages. "L'élève dit "connard" parce qu'il n'a pas intégré la norme. C'est un enfant"...surenchérit Théo qui oublie ou feint d'oublier que "l'enfant" en question a onze ans.
Qui a "oublié" de lui rappeler ou enseigner la norme ?

Posté par victor, 11 février 2008 à 20:16

Rousseau

Mais oui ! Rousseau disait qu'il fallait aller dans le sens de ce que voulait l'enfant MAIS, petite hypocrisie, que le pédagogue devait aussi toujours s'arranger pour que l'élève veuille ce que son maître voulait !

Posté par Théo, 11 février 2008 à 20:49

bien dit victor !

"Qui a "oublié" de lui rappeler ou enseigner la norme ?"

oui, ca fait des décennies qu'on nous dit que l'école ne doit plus transmettre des normes et une culture qui n'est que la culture de la classe dominante, et vlà t'y pas que maintenant il leur faut des normes aux jeunes ??? mais je croyais que c'était fasciste, d'inculquer des normes, des repères, des valeurs...

Posté par tartempion, 11 février 2008 à 21:05

Fasciste ?

"mais je croyais que c'était fasciste, d'inculquer des normes, des repères, des valeurs..."

La valeur de la gifle, oui, certainement, c'est brutal et sans avenir.

Mais des valeurs et des normes, il en est d'autres, savez-vous ? Droits de l'homme, droits de l'enfant...

Et puis ne confondez pas respect des normes et moyens employés pour les faire respecter. La différence est énorme !

Posté par Théo, 11 février 2008 à 22:00

A Théo

La politesse est une valeur qui transcende les désaccrds idéologiques.

Je vous a posé une question à 13:25.

Pourriez-vousépondre ? Merci d'avance ;-)

Posté par PMB, 11 février 2008 à 22:23

A Théo2

Théo, je me permets de repsoer une question que le bug overblog a dû squeezer :

Vous écrivez : "Selon Tartempion les règles sont donc faites pour être transgressées et ses contradicteurs pour être insultés".

Alors, pourquoi traitez-vous les gens qui ne pensent pas comme vous de gorets qui chouinent ?

Posté par PMB, 11 février 2008 à 13:25

Merci d'avance

Posté par PMB, 12 février 2008 à 17:18

skjouzmi !

Décidément, les voies d'overblog sont impénétrables, le commentaire perdu vient de reparaître !

(Avec trois fautes de frappe ! Lubin, vous serait-il possible de paramétrer la fonction Prévisualiser ? Merci)

Posté par PMB, 12 février 2008 à 17:21

Bug

Normalement, on nous assure chez Canalblog (et non chez Overblog) que le problème des commentaires est résolu. Avec mon type de blog (gratuit), il n'est pas possible de paramétrer une fonction "prévisualiser" pour les commentaires. Quand le commentaire est un peu long, le mieux est de taper son texte (sous Word par exemple) puis de le copier/coller dans les commentaires. Cela évite les mauvaises surprises.

Posté par Lubin, 12 février 2008 à 17:57

à PMB

"Les gorets que réjouit la promesse du massacre ne sont évidemment pas nouveaux, dans notre paysage: ils sont là depuis toujours - planqués derrière "les bleus", et de la voix leur enjoignant de réprimer sans faiblesse.

Ils étaient là, n'en doutez pas, en 1942.

Ils étaient là, n'en doutez pas, en 1961.

Les imputrescibles gorets décomplexés - dont le courage se déploie sous la protection des matraques."



"Mes" gorets, empruntés pour la circonstance à Sébastien Fontenelle,

(http://vivelefeu.blog.20minutes.fr/archive/2007/11/14/vivre-et-penser-comme-des-sarkozystes.html)
ne se contentent pas de penser à l'inverse de ce que je pense : ils agissent et appellent de leurs voeux l'enfermement, la mort, autrement dit la répression la plus dure et applaudissent la brutalité institutionnelle, ils braillent à l'abri des matraques.

Tartempion, lui, m'attaque et m'insulte personnellement. C'est là toute la différence.

Posté par Théo, 12 février 2008 à 20:04

A Théo

- Fontenelle n'est pas, à gauche, mon blogueur préféré. C'est un démagogue inapte au dialogue.

- Qui dit "goret" dit "animal". Rabaisser un humain à l'animal n'est pas acceptable.

- Pour ce que j'ai lu de vos échanges avec Tartempion, je vois qu'il vous attaque, je ne vois pas qu'il vous insulte (mais, nouveau sur ce blogue, je n'ai pas tout lu).

- Chacun fait comme il veut, mais moi je crois que, dans un conflit sur le net ou de visu, on gagne quand on oblige l'adversaire à baisser de ton, pas en s'alignant sur le sien ou en criant plus fort que lui. J'ajoute que l'ironie est bien plus reposante - et efficace - que la colère.

- Par ailleurs, pour quelqu'un qui condamne la violence physique et verbale sur les élèves, je vous trouve assez violent. Mais j'arrête : pas envie de me retrouver à l'étal de votre charcuterie ;-)

@Lubin, merci pour la suggestion. C'est ce que je fais quand j'ai un texte long... et que je suis courageux !

Posté par pmb, 12 février 2008 à 22:16

ah bon j'ai insulté ?

j'ai dit quoi, encore ?

Eclairez la lanterne du village, Théo, avant d'hurler aux loups

Posté par tartempion, 12 février 2008 à 22:43

à PMB et tartempion

Où avez-vous vu, PMB, que j'étais en colère ? Après qui ? Simple interprétation de votre part ?

L'ironie ? Mais c'est la forme symbolique de l'agressivité !

Quant aux ricanements style tartempion on voit trop bien sur les forums qu'ils voudraient tenir lieu d'arguments imparables.

En ce qui concerne les insultes à mon encontre, en voici un copier coller :

"théo intégriste intègre".... "Théo est un gaz..."



Une autre chose :

"pour quelqu'un qui condamne la violence physique et verbale sur les élèves, je vous trouve assez violent"

Oui. Je condamne la violence sur les élèves. Pas toujours sur les lobbies d'adultes qui ont par définition les capacités de se défendre !

Posté par Théo, 12 février 2008 à 23:34

PMB a écrit :

"Fontenelle n'est pas, à gauche, mon blogueur préféré. C'est un démagogue inapte au dialogue."

Mais ça ne doit pas être une insulte.

Posté par Théo, 12 février 2008 à 23:40

"Mais ça ne doit pas être une insulte".

Effectivement, ce n'est qu'une critique.

Dans votre définition de l'ironie, il manque l'idée que c'est bien moins fatigant à manier que la colère.

Bon, je vous laisse ferrailler avec Tartempion. Je ne vais pas me mettre à pratiquer ce que je déplore ;-)

Posté par PMB, 13 février 2008 à 09:04

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