14 février 2008
La Shoah, ça sert à tout à condition de savoir s'en servir
Malheureuse coïncidence, dira-t-on : aujourd’hui, Romain Dunant, militant du RESF vient d’être condamné à 800 euros d’amende pour avoir osé comparer la politique de Sarkozy à celle de Vichy : « voilà donc Vichy qui revient. Pétain a donc oublié ses chiens (...) », critiquant également une « politique qu’il faut bien qualifier de raciste ». Condamné pour avoir dit tout haut ce que beaucoup d’autres disent également tout haut. Or, il se trouve qu’au même moment, au cours d’un dîner en ville, le même Sarkozy a annoncé qu’à la rentrée prochaine, les élèves de CM2 se verraient chargés de «la mémoire » d’un enfant juif français (mais pas polonais ni allemand, Hortefeux s’y opposerait) victime de la Shoah. Après Guy Môquet et la résistance communiste, Sarkozy récupère maintenant la mort des enfants juifs, toujours sans le moindre scrupule. Et ce qu’on avait qualifié d’escroquerie en septembre-octobre l’est encore davantage aujourd’hui alors que les camps et les rafles se sont multipliés depuis l’automne dans notre beau pays. Le souvenir des enfants juifs, c’est quand même bien pratique pour tenter de faire oublier les larmes et les drames vécus sous nos yeux par des milliers d’enfants dont le crime est de porter un nom un peu exotique. Il est vrai que ces enfants sont majoritairement originaires d’Afrique ou de lointaines contrées « à l’est » et que, pour Sarkozy, ce n’est pas la même chose qu’être français « de souche ». Même juif. Personne n’a jamais fait l’amalgame entre Sarkozy et Hitler mais lorsqu’Hortefeux fait boucler des gares ou des stations de métro – outre que ça évoque quand même des souvenirs – pourquoi faudrait-il s’interdire de dénoncer le racisme d’un politicien qui n’a eu que cela à mettre en avant pour remporter les élections ?
Du discours de Dakar au discours de Latran, avec une inquiétante obstination, Sarkozy manipule l’histoire. Avec, en arrière plan, la reprise en main de l’éducation et de la conscience enfantine. Après la Marseillaise obligatoire, après l’épisode Môquet, après les aspects bénéfiques de la colonisation, l’intrusion brutale du pouvoir politique dans les programmes scolaires franchit une nouvelle étape. La méthode choisie, l’absence totale de concertation, ne laissent d’ailleurs pas d’irriter : une nouvelle fois les acteurs de l’éducation sont mis au service des caprices du prince.
A partir de vendredi 15 au soir, Journal d’école se met en veille pour quelques jours. Il faut quand même bien se changer les idées. Merci aux visiteurs qui le pourront de donner un peu de vie au blog pendant ce temps. Il y aura quand même (un peu) de lecture. Bonnes vacances à ceux qui en prennent.
