28 février 2008
Le socle commun, c'était quand déjà ?
« La spécificité [du socle] réside dans la volonté de donner du sens à la culture scolaire fondamentale, en se plaçant du point de vue de l’élève et en construisant les ponts indispensables entre les disciplines et les programmes (...) Maîtriser le socle commun, (...) c’est posséder un outil indispensable pour continuer à se former tout au long de la vie afin de prendre part aux évolutions de la société ; c’est être en mesure de comprendre les grands défis de l’humanité, la diversité des cultures et l’universalité des droits de l’homme, la nécessité du développement et les exigences de la protection de la planète. » C’est un document très lontain, qui remonte à la plus haute antiquité comme on disait autrefois : les plus anciens d’entre nous auront reconnu là le préambule du socle commun de connaissances et de compétences, paru au Journal Officiel du 11 juillet 2006 et sur lequel Darcos, avec ses nouveaux programmes du primaire vient de tirer un trait de plume (sergent-major). On y lisait même que « la culture humaniste [l’un des piliers du socle] enrichit la perception du réel, ouvre l’esprit à la diversité des situations humaines, invite à la réflexion sur ses propres opinions et sentiments et suscite des émotions esthétiques. »
On chercherait en vain la trace de cet idéal dans les programmes d’histoire-géo présentés par Darcos il y a quelques jours : l’histoire ramenée à l’histoire-batailles avec une succession de dates, une galerie de portraits, choisis presque exclusivement à l’intérieur des frontières nationales, un enseignement où l’élève se voit assigner pour tâche de recopier, de réciter par cœur, un enseignement vidé de sens et dont l’élève ne garde finalement rien. En parallèle, la quasi disparition de la géographie, là encore pratiquement limitée à l’hexagone ; la culture humaniste devra se contenter de cartes du relief, hydrographiques ou administratives. La liste des sous-préfectures n’est pas loin. Une vision non seulement obsolète de l’histoire et de la géographie (1) mais aussi singulièrement pauvre et réductrice : ici, le conservatisme éducatif va de pair avec un appauvrissement des savoirs, des savoirs que les pédagogues et le concept de l’élève au centre étaient censés avoir mis à mal. Avec les programmes Darcos, l’élève n’est plus qu’un récipient vide qu’il faudrait remplir, non pas de connaissances mais de prescriptions administratives dénuées de sens. A la fin de sa scolarité en primaire, un enfant de 11 ans ne connaîtra rigoureusement rien du monde, ni dans le passé, ni dans le présent : l’Afrique, où plusieurs millions de Français ont leurs ancêtres proches, reste une terra incognita, l’Asie avec ses quatre milliards d’habitants n’est pas davantage digne d’intérêt et l’Amérique n’apparaît dans les programmes que lorsqu’elle est « découverte » par Christophe Colomb. Yssingeaux plutôt que Mexico. Cette approche étroitement bornée d’un enseignement dont le rôle officiel, selon les prescriptions du socle, est d’ « ouvrir l’esprit à la diversité des situations humaines », est évidemment porteuse d’une lourde idéologie : ignorer l’autre, ignorer le monde a pour objet de renforcer l’identité nationale, priorité d’un gouvernement qui lui consacre même un ministère à temps plein. L’ennui, c’est que le titulaire du poste est également chargé de l’immigration, ou, plus précisément, de la chasse aux étrangers. En bridant la curiosité pourtant naturelle des enfants à l’intérieur des frontières hexagonales, les programmes scolaires portent une responsabilité certaine dans le développement d’un sentiment, de réflexes de rejet face à l’étranger : la dénonciation des « barbares », récurrente dans les milieux qui ont inspiré ces programmes (Bentolila, Brighelli pour s’en tenir aux plus médiatiques), se nourrit des fantasmes, des peurs irraisonnées, de phobies pour tout ce qu’on ne connaît pas. Non seulement les programmes Darcos (s’ils sont appliqués...) ne sont pas en mesure de réduire l’échec scolaire – il y a même de fortes probabilités pour qu’ils le renforcent – mais leur impact sur les mentalités collectives et les tendances malsaines qui minent la société s’avère certain.
(1) Sur la géographie, on lira avec profit le dernier numéro des Cahiers pédagogiques : « Enseigner la géographie aujourd’hui ».
Commentaires
"A la fin de sa scolarité en primaire, un enfant de 11 ans ne connaîtra rigoureusement rien du monde, ni dans le passé, ni dans le présent : l’Afrique, où plusieurs millions de Français ont leurs ancêtres proches, reste une terra incognita, l’Asie avec ses quatre milliards d’habitants n’est pas davantage digne d’intérêt et l’Amérique n’apparaît dans les programmes que lorsqu’elle est « découverte » par Christophe Colomb."
Pensez-vous vraiment qu'il en est autrement aujourd'hui ?
de la part d'un géographe
Votre façon de présenter le projet de socle commun ne fait que rendre plus évidente la peur, VOTRE PEUR, celle que l'on puisse contribuer à former des nationalistes xénophobes, et à vous croire ce n'est pas un risque c'est une évidence.
En quoi commencer par le territoire national peut-il vous poser un tel problème? à rechercher l'exhaustivité pour les élèves dès le début, on les assomme d'informations qu'ils ont par suite tendance à mélanger.
Quand aux enfants issus de l'immigration, d'une part leurs familles, parfois, leurs rappellent assez souvent leurs origines pour ne pas que l'Ecole n'en rajoute, et d'autre part la France comme pays n'a pas attendu qu'ils viennent vivre ici pour exister.
J'aimerais savoir : êtes vous de ceux qui sont plus facilement enclins à reconnaître des cultures chez l'Autre, alors qu'à titre individuel vous récusez l'existence de traits culturels communs, à l'échelle de la France par exemple?
De deux choses l'une :
- ou bien vous souhaitez former des personnes à l'universalité humaine (donc la fraternité humaine prime sur tout =>Jésus et d'autres ont essayé, on sait ce qu'il leur en a coûté, les pauvres bougres)
- ou bien il vous faut admettre qu'il existe des différences importantes entre les groupes humains, et que ce sont ces dernières qu'il leur faut apprendre à comprendre, et leur apprendre à dialoguer, pour éviter les risques de tension potentielles.
Enfin même en admettant que ce socle commun constitue un moyen de renforcer la cohésion sociale au niveau national, je ne vois pas en quoi cela pose problème, du moment bien entendu qu'on élargisse ensuite, au cours du cursus scolaire, les perspectives à l'échelle du monde.
En ce qui concerne la géographie, je fais partie de ceux qui ont appris à l'ancienne manière, n'étant pas pour autant très âgé, mais j'ai eu droit aux fleuves et leurs affluents, et aux sommets les plus élevés, entre autres. Mon cursus universitaire m'a ouvert sur la réflexion sur les concepts, la réflexion pluri-disciplinaire, etc.je ne vous fait pas un dessin.
Bien que cela ne fasse pas appel à l'intelligence, les connaissances de base concernant un minimum de culture générale sur les noms de lieux et la Maîtrise d'un minimum de toponymes pose les jalons pour l'entrée en réflexion pour l'avenir.
Voyez-vous, qu'une élève nous mette Nantes à l'intérieur des terres (et de bien 150km) fait sourire en ce2 ou un 5e, mais lorsqu'il s'agit d'une erreur commise avec bonne foi, par une géographe de surcroit, qui souhaite enseigner, on en a des frissons. Et ce n'est pas un cas isolé, mais il ne s'agit pas ici de faire une compilation.
C'est toujours intéressant dans un débat de voir arriver de nouveaux "bloguistes" ou "blogueurs". Les commentaires précédents s'étonnent des amalgames, raccourcis et autres visions simplificatrices pratiquées ici en application du dogme constructiviste (les Evangiles figurent en liens ci-dessus à gauche). Ils s'étonnent donc que l'on confonde les moyens et la fin, que l'on puisse mettre la charrue avant les boeufs.
Ce bon sens est qualifié de réactionnaire par ceux qui, comme Lubin, se sont emparés de références "de gauche" ou "progressistes" pour mieux masquer leur soutien au "socle de compétences" directement issu des travaux de l'ERT, l'amicale du patronat européen, relookés parl'OCDE et signés par le couple Chirac-Jospin.La caractéristique essentielle du "socle", habillé des indispensables proclamations et alibis "culturels", est de renvoyer ce SMIG de la fin du primaire à celle de la scolarité obligatoire au collège : "outil indispensable pour continuer à se former tout au long de la vie", tu m'étonnes !
C'est la nation qui fait problème
A Christophe
« commencer par le territoire national » ? Mais s’il s’agissait seulement de commencer par là alors que les programmes scolaires n’offent effectivement rien d’autre à des enfants naturellement curieux ? Le cadre ou le territoire national n’existent que parce que l’on ne se donne jamais la peine de définir la nation. Vous confondez, me semble-t-il « culture » et « nation », « groupe humain » et « nationalité ». Il y aurait donc des traits caractéristiques semblables et exclusifs à tous les les habitants d’un territoire dessiné arbitrairement sur une carte ? Mais lesquels ? Pourriez-vous définir ce qu’est la « culture française » ? Non, évidemment, la nation est une pure invention, une vue de l’esprit à laquelle on peut croire comme à un dogme religieux mais que l’on n’a pas le droit d’imposer de force à chacun.
S’il s’agit, comme vous le dites, de « renforcer la cohésion sociale », pourquoi faudrait-il la limiter au niveau national, alors que c’est justement l’incapacité des dirigeants et de l’opinion publique à réfléchir en termes planétaires qui fait problème. « Renforcer la cohésion sociale » mais on n’a trouvé rien d’autre jusqu’à présent que d’envoyer des policiers par milliers dans les quartiers où cette cohésion est justement la plus fragile.
Pour ce qui est de Nantes, oui, c’est bien à l’intérieur des terres (même si ça ne fait pas 150 kms)... et est-ce plus scandaleux de se tromper de quelques kilomètres sur la localisation d’une ville que de tout ignorer de la planète ?
Caricatures
Trois remarques; une, générale: une bonne fois pour toutes, Lubin a décrété que la Nation (et singulièrement la nation française)était la cause de tout le mal existant sur terre (à noter qu'en revanche, comme c'est curieux, l'identité "musulmane" pose moins de problèmes à ses yeux, étant donné ce qu'il en est dit dans d'autres posts. Comme quoi, l'essentialisme est acceptable tant qu'il se veut bien-pensant) . Quand il met en cause un "dogme religieux", il sait de quoi il parle, puisque lui, en tout cas, fonctionne de cette façon.
Ensuite: "et est-ce plus scandaleux de se tromper de quelques kilomètres sur la localisation d’une ville que de tout ignorer de la planète ?" On est à peine dans la caricature, dans l'opposition purement formelle. Comment prendre au sérieux ce genre de "jugement" à l'emporte-pièce? C'est d'autant plus navrant que les pédagogistes reprochent généralement aux "autres" (ceux qui n'ont pas eu la Révélation...) de dénigrer bassement leurs efforts. Mais que fait ici Lubin au juste, si ce n'est jeter l'opprobre sur toute la profession qui ne ferait pas, si on a bien compris, son boulot, laissant les enfants ignorer le monde qui les entoure? Il est vrai qu'il n'y a ici rien de nouveau sous le soleil de Lubin: pour lui, à part les happy few dont il fait partie, les professeurs sont une catégorie somme toute fort méprisable de la population.
débat intéressant
Une Nation est une construction (en France issue de la Monarchie, de l'Empire et de la République), oui, mais une construction nécessaire, parce que la cohésion entre les habitants d'un même pays n'est pas un donné naturel, pas plus que les frontières.
S'il fallait choisir, je préfèrerais contribuer à la création d'un socle commun qui soit aussi celui du sentiment d'appartenance à un même pays plutôt que d'avoir une Ecole qui ne joue pas ce rôle, parce que je pense que cela favorise l'émergence de mouvements communautaristes qui peuvent être hostiles et qui eux ont bien identifié des éléments d'une culture française comme n'étant pas la leur. J'assume ma part de jacobinisme, mais sans la rendre excessive et imperméable toutefois.
J'ajouterais qu'au cours de la deuxième moitié du XXème siècle, le nombre d'Etats-nation n'a cessé d'augmenter pour dépasser les 200 aujourd'hui. L'identité collective existe bel et bien, le sentiment collectif à l'intérieur d'un territoire existe, il faut me semble-t-il en prendre acte, même si les composantes de l'identité des personnes sont à multiple dimension (familiale, amicales, religieuse, etc.), j'en conviens.
Quant à définir des éléments de la culture française, il me semble que par exemple la lenteur et les difficultés à construire l'Union Européenne et l'incapacité des dirigeants dans le domaine culturel à définir des éléments communs (en dehors de la démocratie et des droits de l'Homme) montre l'existence de visions multiples à tous les points de vue (juridique, éthique, économique par exemple ; ou encore le poids de la religion qui n'est pas le même en Pologne et en Italie qu'en France ce qui influe sur les mentalités), et on ne peut s'affranchir de l'Histoire pour comprendre cela.
Je partage votre envie de montrer aux jeunes la diversité du monde, là dessus il n'y a vraiment aucun problème, mais il me semble que fonder en partie un sentiment d'appartenance entre les habitants de ce pays n'est pas un dogme, mais une action en faveur de la paix sociale, et il est illusoire de vouloir survaloriser le cohésion sociale à l'échelle planétaire tout simplement parce que l'Education telle qu'elle est pratiquée dans les 200 autres pays ne poursuit pas le même objectif. Votre "dogme" là dessus vaut bien le mien; le votre est plus noble, le mien plus pragmatique.
Quand à ce qui ce passe dans les quartiers difficiles, j'ai du mal à en trouver une interprétation satisfaisante, mais l'intervention de la Police pour enrayer les incendies de voiture et les dégradations me semblent nécessaires, au nom du respect de la loi pour ceux qui y habitent et en subissent les premiers les préjudices.
Enfin, par rapport à l'anecdote nantaise, je n'en fais pas une pierre angulaire du savoir, mais admettez que c'est quand même assez énorme ;
La critique que je porte à votre point de vue c'est de vouloir mettre le monde entier devant les yeux des élèves, au risque, je me répète, de la confusion la plus totale. Je pense que voulant trop bien faire, vous êtes pressé de leur montrer le maximum possible, le plus vite possible, et malgré leur curiosité je pense que cela les étourdit et stimule leur imagination plus que cela
ne leur permet de construire des connaissances plus limitées mais plus solide. Il est déjà impossible en une seule vie d'embrasser toute la connaissance existante, comment pourrait-on alors essayer avec des enfants? Donnons leur quelque chose de moins ambitieux, mais qu'ils maitriseront mieux, et cela ne les empêchera d'aller voir ailleurs là où leur curiosité les emmène, et apprenons leur, alors pour le coup comme un dogme, d'être curieux en dehors de l'Ecole, et apprenons leur à rechercher la précision aussi (Nantes est un port de l'Atlantique, et pas une voisine d'Orléans...Je n'ai pas envie de m'entendre dire un jour par un adulte que Lachoa est une ville de Pologne, ou que le Mont St-Michel est le plus haut sommet des Alpes).
Allez, en attendant le prochain post, j'arrête là, mais j'aimerais savoir pourquoi vous portez un tel regard critique, indirectement, sur les enseignants et le système qui ont contribué à vous former?
Vous ont-ils détourné de la Connaissance? Votre esprit critique semble assez aiguisé, et le "dogme" n'a pas été si accablant, non?
Cordialement
J'allais oublier, pour avoir des éléments pour comprendre les permanences et mutations de ce pays, mais surtout ce que chaque époque a pu nous laisser, vous pouvez lire, à moins que vous ne l'ayez déjà fait, des exposés intéressants d'Histoire de France, à l'instar de celui de Fernand Braudel, "l'identité de la France".
Si vous voulez une lecture pour vous détendre, vous pouvez aussi lire le petit ouvrage de société de Ted Stanger, "Sacré français! Un américain nous regarde" qui nous parle de choses qu'il a observé en France, de différences culturelles dans la société, par rapport à son pays d'origine que sont les Etat-Unis. C'est un miroir assez drôle à regarder.
je souscris au geographe
vous devriez etre daccord avec christophe, lubinm ca r en plus ceci ''Donnons leur quelque chose de moins ambitieux, mais qu'ils maitriseront mieux, et cela ne les empêchera d'aller voir ailleurs là où leur curiosité les emmène''
ce recul de lambition est du pur pedago !!!
Les nations ont fait leur temps
"La nation est une construction"...cela ne fait pa franchement avancer le débat ; l'immeuble où j'habite est également une construction.
"200 états-nations supplémentaires" ? Certes mais il n'y a jamais eu autant de tensions et de guerres qu'aujourd'hui (trouvez-vous sérieusement qu'il faut se réjouir de la haine entre Serbie et Kosovo, haine artificiellement fabriquée et entretenue par des politiciens douteux ?) et si, à l'Ouest de l'Europe, nous en sommes un peu préservés, c'est bien par ce que dans les années 50, il s'est trouvé des responsables politiques un peu plus clairvoyants et courageux que les autres pour imaginer autre chose que la nation : ça s'appelle l'Union européenne. L'Union européenne qui nous vaut un demi-siècle de paix.
Pour ce qui concerne Braudel, je l'ai lu pendant pas mal d'années, jusqu'à "L'identité de la France", travail bâclé, fait de lieux communs, que je trouve franchement affligeant.
Merci pour vos interventions ; je dois m'absenter et vous répondrai plus amplement une prochaine fois.
Prendre acte des réalités
Comment se réjouir de conflits incessants?
Mais puisque vous parlez de l'ex-Yougoslavie, les conflits dont les Balkans ont été victimes sont dû à la tentative de mettre dans un même territoire des groupes humains dont les lignes de clivage peuvent être multiples (traditions, croyances, projets politiques) et ne souhaitant pas vivre ensemble.
Ces raisons se retrouvent dans de nombreux conflits, avec en sus des intérêts économiques dans certains cas.
Je ne conçois pas la Nation comme dépassée, mais sa réalité en Europe a été relativisée par le développement de l'interdépendance des pays européens et des multiples mobilités et échanges entre leurs élites.
Je ne pense pas que l'Europe soit le seul facteur de la paix en Europe de l'Ouest depuis un demi siècle, même si cet objectif est majeur dans les projets européens, je pense aussi que c'est parce que nous sommes le continent le mieux placé pour parler de ce qu'est une guerre pour en avoir subi les horreurs que nous nous en sommes vaccinés.
Quel modèle préconisez-vous? Souhaiter l'affaiblissement de la Nation c'est affaiblir l'Etat, mais aussi notre chère Démocratie, parce que les députés européens, je ne connais pas grand monde qui connait les siens à part les profs et les partis politiques, et l'abstention croissante aux élections des députés européens depuis 1979 ne fait qu'accréditer l'incompréhension pour l'Europe. Elle se construit bon an, mal an, mais volens nolens on ne parviendra pas à mon avis à construire un super-Etat européen. Nous votons pour des députés nationaux, ce n'est pas pour que ceux-ci confèrent tout leur pouvoir d'action aux députés européens, ils en ont déjà pas mal, que les populations ne leur ont jamais conféré d'ailleurs.
La construction européenne a apporté beaucoup de choses positives, mais elle est ambivalente : comment dire à des élèves qu'elle vise la paix et la prospérité, et en même leur expliquer que tant pour les étapes de sa construction que ses agrandissements successifs, on n'a jamais demandé leur avis aux français, à part pour Maastricht.
Comment leur expliquer l'importance d'aller voter puisqu'il faut aussi leur dire qu'un référendum, quand il est fait, n'est pas pris en compte, et que deux des trois principales institutions ne reflètent que les choix de hauts fonctionnaire nommés et hors jeu démocratique.
Êtes-vous également en faveur de l'abolition tout ce qui fait la Nation, la langue, le 14 juillet, le drapeau, la devise "Liberté, Egalité, Fraternité" entre autres?
Une affaire de terminologie ?
Et si on prenait plutôt le mot "pays" que le mot "nation" ?
Je ne suis ni géographe ni historien, mais il me semble que c'est le mot même de "nation" qui peut poser problème, en raison du raccourci évident que l'on peut faire avec le mot "nationalisme", et en raison de l'appropriation du terme par le Front National.
En ce qui concerne l'apprentissage, il me semble qu'avant d'aimer les autres, il faut s'aimer soi-même, et donc se connaître soi-même.
Dans le secondaire, on constate que les élèves ne manquent pas de connaissances, mais que ces dernières sont extrêmement disséminées et variées, si bien que ce qui nous paraît évident, pour nous, enseignants, ne l'est pas pour nombre de nos élèves.
En littérature, en langue, en culture générale (pour les BTS), on attend des élèves qu'ils maîtrisent un certain nombre de connaissances (les grands genres littéraires, savoir placer un auteur très connu dans un siècle, les grands mythes, des règles d'accord, les conjugaisons, etc.). Ces connaissances sont à mon sens essentielles pour appréhender le monde, son histoire, ses arts, etc.
Il ne me paraît donc pas scandaleux que l'on insiste sur ces "fondamentaux" dès le plus jeune âge.
Toutefois, je comprends aussi les craintes de certains, lorsqu'on considère la politique gouvernementale mise en place depuis l'élection de Nicolas Sarkozy : l'histoire se résume-t-elle aux croisades, à Jeanne d'Arc, à la Marseillaise ?
pourquoi la Nation est-elle un peu spécifique?
Vous savez, Zarathoustra, loin de moi l'idée de défendre le nationalisme qui est l'exaltation de la supériorité de la Nation à laquelle on appartient sur les autres, mais de défendre la Nation comme étant un ensemble de règles communes qu'il est nécessaire d'appliquer pour vivre ensemble sans être trop divisés à l'intérieur d'un même pays.
Si je suis en désaccord avec Lubin, c'est parce que sa vision des choses aurait pour conséquence la refonte complète de l'ordre social; je m'explique de façon plus directe, en prenant par exemple la Constitution de la Vème République :
- L'article 2 mentionne les symboles de la République qu'il critique tant;
- art.3 "la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voir du référendum" =>pour Lubin il n'y a pas de peuple, ni de Nation, mais seulement des individus, il est donc difficile de pouvoir être représentés par des députés; je considère cela comme une sorte de critique de la démocratie : à quoi bon alors une assemblée Nationale.
- art.20 "le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation" => même critique
Il en est de même pour la Défense nationale, etc...
Si Lubin se sent oppressé par le mot Nation et qu'il se refuse à lui donner un sens, c'est une chose ; qu'il la nie, c'est un autre problème.
Un peuple élu ?
Et que dire de ces millions de personnes qui vivent et travaillent en France mais n'ont aucun droit (à conmmencer par le droit de vote) parce qu'elles n'ont pas la "nationalité" française ?
On commencera à réviser sa position lorsque tous les travailleurs émigrés auront le droit de vote. Ce n'est pas demain la veille. Pour ce qui est des symboles de la république, personnellement, je n'ai pas besoin de symboles pour me sentir exister.
De quelle(s) source(s) tenez-vous qu'il y a "des millions" de personnes dans cette situation?
Les travailleurs "émigrés" sont ceux partis travailler ailleurs? n'avez-vous pas plutôt voulu dire les "immigrés"?
Vous-êtes vous au moins demandé si tous les étrangers travaillant en France la souhaitent, la nationalité? si certains la souhaitent, alors oui qu'on ne les laisse pas dans l'incertitude trop longtemps.
Les symboles, vous n'en avez pas besoin pour exister, mais ils vous gênent suffisamment pour que vous militiez contre.
Au fait, je pensais avoir une réponse à une question déjà posée plus haut :
j'aimerais savoir pourquoi vous portez un tel regard critique, indirectement, sur les enseignants et le système qui ont contribué à vous former?
Vous ont-ils détourné de la Connaissance? Votre esprit critique semble assez aiguisé, et le "dogme" n'a pas été si accablant, non?
Au-delà de ces échanges, finalement ce sont les avis d'autres internautes encore que j'aimerais lire.
Clandestins
"Et que dire de ces millions de personnes qui vivent et travaillent en France mais n'ont aucun droit (à commencer par le droit de vote) parce qu'elles n'ont pas la "nationalité" française?" Comment? Il y a en France des "millions" de clandestins (car je rappelle à Lubin que les autres étrangers ONT des droits, certes pas toujours celui de vote, mais en quoi celui-là lui apparaît-il tout à coup comme essentiel, à lui qui n'est pas inscrit sur les listes électorales?)? C'est le genre de propos qui, tenus par d'autres, ferait bondir Lubin qui crierait aussitôt à la propagande F.N.
Justement
Les travailleurs immigrés ou émigrés (franchement pour les personnes concernées, qu'est-ce que ça change ?) étaient environ 1,5 million en 2005 (statistique OCDE)en 2004. Ils n'ont pas le droit de vote ni aucun autre droit, exclus qu'ils sont par le code de nationalité, justement.
Pour ce qui est de mon "regard critique sur les enseignants", je n'ai jamais considéré les profs comme un ensemble homogène : il y en a de bons, de moins bons, d'honnêtes, de malhonnêtes, comme dans tous les métiers. C'est tout.
inversez
Inversez les dates : ...étaient 1,5 million en 2004 (statistique OCDE 2005).
"Ils n'ont pas le droit de vote ni aucun autre droit, exclus qu'ils sont par le code de nationalité, justement." Pardon???? Depuis quand seuls les nationaux pourraient-ils se prévaloir de droits en France ou dans tout autre pays démocratique?
Et quant à votre "regard critique" (ah! l'art de la litote...), il suffit de lire dans de nombreux billets vos remarques sur les profs en général pour savoir à quoi s'en tenir.
En réponse à Christophe
Je ne fais pas de vous un nationaliste, rassurez-vous.
Il me semble en effet que le mot "nation" a subi un glissement de sens, et qu'il est fortement connoté aujourd'hui.
Je suis d'accord avec vous sur le fait qu'il faille préserver l'unité d'un pays et rappeler tout simplement son existence.
Je ne sais pas si Lubin nie l'existence de la "nation" ou l'influence indubitable du christianisme sur notre pensée et sur nos arts.
On peut être attaché aux grands mythes et symboles nationaux sans sombrer dans le tout répressif, le nationalisme, le poujadisme, etc.
Le problème, c'est qu'en rappelant les origines chrétiennes de notre culture, Sarkozy fait la chasse aux sans-papiers, opte pour le tout-répressif, fait des économies dans l'éducation, etc.
Tout cela ne va pas ensemble.
Quelques éléments supplémentaires
Pour Zarathoustra
Il semble que le président actuel incarne pour vous les excès au nom de la Nation.
J'ai tendance à penser le contraire, c'est à dire qu'il ne peut incarner la Nation, et j'ai aussi tendance à penser qu'il n'est que l'un des éléments révélateurs de l'évolution des mentalités dans la société.
Qu'est-ce que je sous-entend? Pour être plus clair, et donner un exemple, je déplore que depuis les années 80, les partis politiques et leurs dirigeants, ont mis à l'encan la notion d'Intérêt Général. Cela se traduit par une incapacité des projets, par exemple pour les élections présidentielles par un nombre de candidats à la hausse depuis 3 ou 4 décennies :
- 3 en 1958
- 6 en 1965
- 7 en 1969
- 12 en 1974
- 10 en 1981
- 9 en 1988
- 9 en 1995
- 16 en 2002
- 12 en 2007
Chacune de ces élections a vu des candidats d'une fois, des candidatures assez fantaisistes donc.
Alors que certains se félicitent de cela parce que la démocratie n'en serait que plus vivante, cette division traduit pour moi une incapacité des partis à fédérer des idées différentes : un parti des chasseurs, un parti des écolos, un parti des rouges, un parti des un peu moins rouges, un parti de la faucille et du marteau, un parti de la France plus française que la France, un parti de la France d'avant. Je plaisante avec ces dénominations fantaisistes, mais voilà ce que j'entends par la perte du sens de l'Intérêt Général, à raccrocher à la perte du sens de la Nation, ce qui est un affaiblissement. Chacun prêche pour sa paroisse et se moque un peu du reste de la société, et ne cherche même pas le compromis (enfin si, au second tour, vive les marchandages). Continuons dans cette voie et on aura un parti des consommateurs de carburants, un parti des agriculteurs, un parti des petites communes rurales etc...
évidemment j'ajoute que le président devrait incarner la Nation, puisqu'il parle en notre nom à tous quand il est à l'étranger notamment.
C'est une fonction où l'on devrait, selon mon humble avis, trouver un équilibre entre la charge immense que l'on a sur les épaules qui impose de la solennité de l'exemplarité et de la sagesse, ce qui imposerait dans le cas actuel de savoir mettre un peu de côté les réactions spontanées, et la volonté d'agir en fonction du programme d'actions pour lequel on a été élu.
De toute façon,les présidents passent, la Nation reste.
Que de digressions en étant partis du socle commun !
Pour Christophe
Je vous soupçonne d'être d'accord avec Max Gallo !
(mais ce n'est pas un tort).
à vrai dire
Alors là je ne sais pas à quels propos de Max Gallo vous faites référence.
La dernière fois que je l'ai entendu c'était pendant la campagne présidentielle, c'était un homme désabusé par la gauche qui a vu dans le président le seul homme capable de faire des efforts pour rassembler et réformer.
Et là dessus, je préfère rester bien plus en retrait. Jusqu'à présent pour moi ses actions négatives l'emportent sur les positives.
Jean Dell
Les eforts pour rassemble, ça, on les voit tous els jours, hein : combattre la laïcité républicaine, flatter les communautarismes, donner du paquet fiscal aux riches pour enlever du pouvoir d'achat aux pauvres. Etc.
(Maintenant, un petit troll)
http://aliquid.free.fr/spip.php?article3249
Rions un peu en attendant la mort.
Au fait, qui connaît le nom de Karen Montet-Toutain ?
Dell revu
"Les efforts pour rassembler, ça, on les voit tous les jours"
On est sur un blogue de prof, quoimerde ! (Oh pardon, un accès de sarkozyte)
En réponse à Christophe
Je faisais référence à l'attachement de Max Gallo à la nation et ses symboles.
Je l'ai plusieurs fois entendu à ce sujet, à l'époque où il courait pour Bayrou.
C'est entendu !
A ce compte là, oui j'y suis attaché.
Mes développements sur la question avaient pour but de démontrer que le sens de ce mot, loin d'être périmé et désuet, est au contraire fondamental (notamment pour des jeunes appelés à devenir citoyens), et pas seulement d'un point de vue théorique.
L'un des symboles d'appartenance à la Nation, en plus de tout ce que j'ai pu déjà dire au-dessus, c'est la citoyenneté, donc par exemple le fait de disposer du droit de vote, du droit de se présenter à des élections, le droit de contribuer à la vie démocratie tout simplement.
Ailleurs
@Christophe,
Pour vous répondre (et éclairer les lanternes éteintes de Lubin), il n'y a pas que la France dans le monde.
Je suis française immigrée en Argentine.
Pour pouvoir travailler dans ce pays, il faut fournir une tonne de papiers administratifs avec apostilles (cour d'appel française); si le dossier est complet, prise d'empreinte des dix doigts (igual pour les enfants, photos.....) délai d'optention de votre passeport officiel argentin environ 3 mois).
Pour ouvrir un compte en banque, si vous n'avez pas de domicile officiel, inscription obligatoire dans un commissariat;
Permis de conduire en castellano (obligation de parler, écrire et lire la langue) aucun cours de langue n'est donné par l'état argentin.
Téléphone cellular (uniquement avec carte) l'abonnement fixe est interdit pour les immigrés.
La scolarité des enfants (dans un lycéee français de l'étranger) obligation d'avoir votre passeport officiel argentin pour chaque enfant, recensé par l'état argentin).
Vous êtes immigré, à la banque interdiction de sortir des dollars, uniquement la monnaie du pays.
Vous voulez sortir d'Argentine avec vos enfants, sans votre époux, obligation par un précepteur d'état, de rédaction d'acte d'accord mutuel entre époux, afin que les enfants puissent sortir du pays sans l'un de ses deux parents, et je peux vous dire que les contrôles sont draconiens, j'en sais quelque chose.
Vous faites livrer vos achats, no de votre passeport national extranjeros obligatoire et enregistré par le magasin;
Pas de droit de vote;
Je ne vais pas vous écrire un roman, mais lorsque l'on vit ailleurs que dans son pays, il y a des règles et on les respecte volontiers, même si cela peut surprendre.
si c'est pas Bentolila qui le dit...
... peut etre que vous écouterez :
http://www.lefigaro.fr/debats/2008/03/11/01005-20080311ARTFIG00399-maitrise-du-francais-par-michel-mathieu-colas-.php
figaro
la source est la même !
Lubin cite souvent le figaro
Lofi... cela en fait-il un suppot de Rioufol pour autant ?
Tout va mal, mon brave monsieur
Mathieu-Colas ou Bentolila : lorsqu’un linguiste s’exprime dans le Figaro, on ne voit pas vraiment la différence. C’est « la crise de l’Education nationale », puisqu’on vous le dit. La preuve, c’est que « tout le monde s’alarme », donc, si c’est « tout le monde » c’est que c’est grave. Preuve étayée par une rigoureuse enquête : notre universitaire tire ses conclusions des confidences d’ « une collègue du secondaire qui, un jour, lui a raconté » que etc etc. Et d’ailleurs, les statistiques ne manquent pas, comme cette étude approfondie menée par notre homme sur quelques uns de ses étudiants, montrant que 25% ne comprennent pas le sens du mot xénophobie. Une enquête Opinionway, sans aucun doute. Au Figaro, ça fait un demi-siècle qu’on trouve quelques plumitifs pour écrire ce genre d’âneries ; on en trouvera d’autres dans un demi-siècle.
c bien l'aveuglement des "progressistes"
La réalité n'intersse pas les idéologues obtus (Lubin) ou sincères (Lofi). Ce qui les intéresse c'est de plaquer leurs présupposés et leurs utopies sur la réalité en traitant de fascistes tous ceux qui n'adhèrent pas à leur (non)vision du monde.
C'est ainsi que la gauche ne voyait pas le goulag dans les 60's, qu'elle n'a pas vu venir les communautarismes, qu'elle n'a pas vu venir les violences urbaines (un sentiment...) Et c'est ainsi qu'elle perd les élections. Mais si vous préférez continuer à jouer aux cartes dans les caves des IUFM quand tout s'effondre autour, c'est votre problème.
sur l'enseignement du reste du monde
Je me souviens au collègue avoir eu des modules de géographie en focus sur des pays de chaque région du monde... Cote d'Ivoire, Brésil, un des 4 tigres ? (est-ce toujours le
Ca m'évitait de passer pour un sale occidental inculte et colonialiste en disant que la capitale administrative de la Cote d'Ivoire c'est Abidjan (au lieu de Yamoussoukro) en discutant avec un Ivoirien.
Ca sert à cela, aussi Lubin, la culture, les savoirs. Pas seulement à "former l'esprit kritik", mais aussi à discuter avec des gens, s'interesser à leur monde, parler en connaissance de cause... Mais dans votre couvent cetes vous ne devez pas croiser grand monde.
PS : au fait, Nantes est-elle en Bretagne oui ou non ? :)
Msieur, c'est quoi le monde ?
La Côte d'Ivoire, le Brésil ? Ce n'est pas avec les programmes Darcos que les écoliers en entendront parler : en histoire, comme en géo, RIEN sur le monde. Ce qui confirme ce que l'on sait déjà : les politiques éducatives les plus rétrogrades sont également les moins exigeantes en termes de savoir.
C'est fou ce qu'il peut y avoir comme "idéologie" dans mon commentaire...
Accord
Par expérience et par observation de ce que me disent mes collègues, accord total avec le constat de Mathieu-Colas
(C'est bien, les liens : là ça m'a permis de lire un article du Figaro sans avoir à me taper le reste du journal de Nicolas Mougeotte)
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