Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

05 mars 2008

"Politique de civilisation" : l'école au coeur

On l’apprend par le Café pédagogique (Expresso, ce matin) : c’en est fini du projet de collèges innovants confié à Gabriel Cohn-Bendit : «  (...) L'administration de l'Education nationale, du fait de ses pesanteurs ou de l'absence de volonté politique, n'a pas réuni les conditions nécessaires à l'expérimentation de collèges d'initiatives éducatives malgré les latitudes offertes par l'article 34 de la loi de 2005". Pourtant, malgré les incertitudes et en dépit du grand silence de l’administration qui n’a rien fait pour populariser ce projet de collèges expérimentaux, plusieurs centaines d’enseignants s’étaient spontanément portés volontaires. Gabriel Cohn-Bendit analyse la situation avec amertume : « (...)Je crois que les responsabilités sont bien partagées entre l'administration et le corps enseignant. Si je prends cette triste affaire qui vient de s'achever avec 13 années de prison pour un élève, les enseignants de cet établissement déclarent avoir prévenu en vain le rectorat de ce qui allait se passer. Mais comment peut-on imaginer qu'on demande au rectorat de régler ce genre de problème ! Partout ailleurs qu'en France les enseignants et les élèves se seraient réunis pour prendre le problème à bras le corps. Ici c'est rare que l'on fasse cela. Nous les profs on est formatés pour résoudre tous les problèmes seuls (...) »

Cet échec n’est à vrai dire pas une surprise, peut-être même était-il programmé : au fil des mois, alors que les gages donnés par Darcos au lobby traditionnaliste étaient de plus en plus évidents, on voyait bien que les collèges expérimentaux ressemblaient davantage à un lot de consolation qu’à une véritable politique pour les collèges. Les récentes décisions ministérielles pour le primaire ont levé les derniers doutes : c’est bien un retour au passé qu’a décrété Darcos, dans le secret de son cabinet, sans aucune autre concertation que celle des chapelles conservatrices et dans un contexte électoraliste très marqué. Au demeurant, Darcos ne fait guère qu’appliquer à la lettre le programme éducatif de l’UMP. La messe étant dite, les choses ont au moins le mérite d’être claires : on ne va pas tarder à se rendre compte des effets désastreux d’une politique aberrante, fortement idéologique. Non seulement l’échec scolaire ne sera pas « divisé par trois » comme l’a claironné Sarkozy, mais il y a tout lieu de penser qu’il va se renforcer : en jetant l’anathème sur l’école primaire, l’accusant d’être à la source de tous les maux, on a commis une erreur majeure. Tout enseignant de collège, à moins d’être aveugle ou de mauvaise foi – mais le cas de figure n’est pas rare, effectivement – perçoit bien que le maillon faible du système éducatif n’est pas l’école élémentaire mais le collège. S’il ne s’agit pas de nier les difficultés d’une partie des élèves à la fin du CM2, on doit admettre que c’est l’inadaptation du collège qui aggrave l’échec scolaire. Avec les programmes Darcos, non seulement les élèves en difficulté vont y rester mais on peut s’attendre à voir baisser de façon non négligeable le niveau de connaissances et de compétences jusque là parfaitement honorable d’une majorité d’élèves de 6e. Alors qu’il faudra bien trouver un bouc émissaire, il va devenir de moins en moins crédible – si tant est que ça l’ait déjà été – d’en faire porter la responsabilité à Mai 68 – 40 ans, ça commence à faire un peu loin - à la pédagogie, à Meirieu ou à l’ « élève au centre ». Et sans vouloir jouer les devins, on pressent que le collège unique va devenir la cible privilégiée des traditionnalistes et des médias qui leur sont tout dévoués : si, malgré les « bonnes vieilles méthodes », à base de réciter-recopier-répéter, généreusement dispensées en primaire, les élèves éprouvent toujours autant d’embarras dans le secondaire, c’est que, décidément, ils ne sont pas faits pour les études. Discours ressassé et vieux comme l’école, y compris dans certains milieux enseignants qui n’avaient rien touvé à redire lorsque Robien avait rétabli l’apprentissage à 14 ans. D’ici peu, l’école française risque fort de se trouver  replongée loin, très loin en arrière mais aussi avec elle, toute la société. Car un système éducatif est le reflet de la société qui le porte, de ses attentes, de ses valeurs : trier les individus dès l’enfance en vertu de concepts parfaitement arbitraires n’est pas le gage d’une société juste et harmonieuse. Mais il est vrai que par les temps qui courent, la république a une fâcheuse tendance à s’essuyer les pieds sur sa devise : liberté, égalité, fraternité.

Alors que chez Brighelli et ses copains on sable le champagne, il faudra bien que tout ce petit monde ait le courage d’assumer ses actes et ses paroles ou de se regarder dans la glace, pas seulement à travers le petit écran. Et de se dire également que cette formidable régression scolaire est l'œuvre du gouvernement sans doute le plus brutal qu’on ait connu depuis Vichy : ce n’est pas un hasard si le discours de Périgueux et le projet Darcos sont strictement contemporains d’une loi sur la rétention de sûreté qui rétablit l’embastillement et, par certains côtés, nie la principe d’éducabilité des individus, de la mise en cause par Sarkzoy d’une décision constitutionnelle, contemporains également des rafles et des camps, de l’emprisonnement de bébés ou d’une répression policière massive contre des quartiers en pleine détresse. La « politique de civilisation » est en marche, reste à savoir jusqu’où. Et l’école y a sa place.

Posté par Lubin à 15:59 - Education, au jour le jour - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

"aveugle ou de mauvaise foi" ?

"Tout enseignant de collège, à moins d’être aveugle ou de mauvaise foi (...)perçoit bien que le maillon faible du système éducatif n’est pas l’école élémentaire mais le collège.(...)on doit admettre que c’est l’inadaptation du collège qui aggrave l’échec scolaire."

Plus de 40% des élèves arrivant au collège sont incapables de travailler en autonomie et de comprendre une consigne d'exercice nous dit le rapport conjoint IGEN-ONL, c'est ou plutôt c'était -on a décidé de casser le thermomètre-le résultat des tests de début d'année de 6°.
Il ya déjà longtemps que cette antienne sans aucun fondement statistique du collège "maillon faible" fait le consensus du mouvement pédagogique et des syndicats majoritaires en primaire (SNUIPP, UNSA). Le collège, "petit lycée" était l'implacable miroir renvoyant l'image des échecs du primaire. Il fallait donc casser les disciplines, introduire les profs d'école au collège et repousser la maîtrise des fondamentaux en fin de collège : ni vu ni connu, jt'embrouille !
C'est ce que préconisait Mme Weiland, doyenne de l'IG-Lettres, lorsqu'on l'interrogeait sur les mauvais résultats en français ; c'est ce que préconisait Frackowiak en stigmatisant l'évaluationnite, malheur de l'école !
Pour prévenir "cécité et mauvaise foi", je précise que j'ai commencé ma carrière comme instit, que j'ai 20 ans de collège dans les pattes dont 12 de ZEP-"zone violence".

Posté par victor, 05 mars 2008 à 18:14

Si c'est Robien qui le dit

Quel rapport IGEN-ONL, celui de 2006, préparé par Bentolila et Dehaene, signé par Robien ? Pour ce qui est de "casser le thermomètre", nos derniers ministres font ça très bien, à commencer par Darcos qui a choisi de faire évaluer les connaissances des lycéens sur la Shoah par un organisme de sondage.
Pour ce qui est des "petits lycées", c'est le nom que portaient jusque dans les années 50 les écoles primaires annexées aux lycées ; je ne vois pas trop ce que ça vient faire dans le débat.

Posté par Lubin, 05 mars 2008 à 18:28

Précisions !

"Quel rapport IGEN-ONL, celui de 2006, préparé par Bentolila et Dehaene, signé par Robien ? "

Novembre 2005 ; à ma connaissance ni l'un ni l'autre n'appartiennent à ces instances d'évaluation mais à la recherche scientifique (vous savez, celle que vous voulez absolument ignorer, vous qui êtes plus compétent en neurobiologie que Dehaene titulaire d'un chaire au collège de France...).

"Pour ce qui est des "petits lycées", c'est le nom que portaient jusque dans les années 50 les écoles primaires annexées aux lycées ; je ne vois pas trop ce que ça vient faire dans le débat."
ça vient faire que c'est le nom donné au collège par vos amis qui, eux, voudraient en faire une école primaire bis...

Posté par victor, 06 mars 2008 à 18:22

"perçoit bien" et "doit admettre"

"Tout enseignant de collège, à moins d’être aveugle ou de mauvaise foi (...)perçoit bien que le maillon faible du système éducatif n’est pas l’école élémentaire mais le collège.(...)on doit admettre..."

Si, à votre tour, vous nous éclairiez sur l'origine scientifique de vos assertions..."à moins d'être aveugle ou de mauvaise foi" ?

Posté par victor, 06 mars 2008 à 18:25

Maréchal, nous voilà?

Il n'est pas plus finaud de faire un amalgame douteux entre les communistes et les pédophiles qu'entre le gouvernement actuel et celui de Vichy, monsieur je fais la morale.

Posté par christophe, 06 mars 2008 à 18:39

a tous, en aparte

je vous ecris dun pays ou aller a lecole veut dire quelquechose (exxcusez les fautes, clavier qwerty)...

cest le cambodge... ici les ong font le boulot du gouvernement corrompu... elles arrachent des enfants a la misere pour les scolariser... lecole sauve, apprend a se laver les mains, a dire non a ses parents quand ils veulent vous foutre sur le trottoir pour gagner quelques dollars... ici le savoir sauve... les momes sont en uniformes. ici, lubin, prendre ses distances avec lecole forcement suspecte, les valeurs 'reac' quelle tente de transmettre, les profs forcement suspects et mechants, cest crever !!

par ailleurs, notons quand meme que la plupart des ex dirigeants khmers rouges, a commencer par Douch, le chef de la celebre prison S21 de pnhom penh, etaient profs, formes par luniversite francaise en metropole au marxisme et aux sartreries... comme quoi, lofi, etre prof de gauche ne veut pas forcement dire progressiste ou humaniste... ;0)

Posté par tartempion, 07 mars 2008 à 07:28

ok

"comme quoi, lofi, etre prof de gauche ne veut pas forcement dire progressiste ou humaniste... ;0)"

Ben ouais : Brighelli se proclame bien "prof de gauche"

C'est en effet tout le but que j'ai fixé à mon blog : démonter ces supercheries !

Posté par lofi, 07 mars 2008 à 18:10

Sacré blogueur !

Ben ouais : Brighelli se proclame bien "prof de gauche"
C'est en effet tout le but que j'ai fixé à mon blog : démonter ces supercheries !

Posté par lofi, 07 mars 2008 à 18:10

C'est du second degré ?

Posté par victor, 07 mars 2008 à 18:45

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