22 mars 2008
Mythe national
« Le discours frileux ou méchant de ceux qui voudraient nous convaincre que nous sommes menacés de « disparaître » sous la vague des nouvelles « invasions » ne débouche sur aucun futur, mais il se réclame de stéréotypes que l’histoire républicaine a diffusés : origine gauloise, France éternelle défendue à Poitiers par Charles Martel, nation supérieure à toute autre (« la nationalité française se mérite » ) ».
Ainsi s’exprimait Suzanne Citron, en 1987, dans la conclusion de son Mythe national, après un questionnement minutieux et clairvoyant sur l’histoire de France et son enseignement par l’école. Avec vingt ans de recul, c’est peu dire que cet ouvrage n’a pas pris une ride. Il était même singulièrement prémonitoire. Aussi se réjouit-on de sa réédition (en poche), aux Editions de l’Atelier, augmentée de considérations sur l’actualité récente. Avec une lucidité et une honnêteté qu’on chercherait vainement chez nombre d’historiens à la mode, Suzanne Citron montre que la France métissée d’aujourd’hui ne peut se satisfaire d’un récit mythique fabriqué au cours des siècles. Historienne mais aussi ancienne enseignante, elle place l’éducation au cœur de sa démarche : « (...) l’une des données , cruciales à mon sens, du décrochage scolaire, est celle des contenus scolaires. Cette question est trop souvent exclue des commentaires sur l’école. Or, elle rejoint le propos de ce livre. De quel savoir scolaire, et donc de quelle histoire, de quel passé les enfants des écoles et les adolescents des collèges ont-ils besoin, sont-ils demandeurs pour construire leur personnalité, pour se socialiser à côté des autres et pour se comprendre comme Français, ou comme habitant venu d’ailleurs dans la France, l’Europe et le monde d’aujourd’hui ? Les programmes prescrits d’en haut sont-ils aujourd’hui « écoutés », et peuvent-ils vraiment être absorbés par ceux et par celles à qui ils sont destinés ? »
En écrivant la préface de cette nouvelle édition, Suzanne Citron ne connaissait pas encore les affligeants programmes prévus par Darcos pour le primaire, qui font des Gaulois (même les Celtes ne sont plus mentionnés...), de Clovis et de Jeanne d’Arc les ancêtres exclusifs des Français d’aujourd’hui et de la mémorisation par des enfants de 7 ans de quelques dates vides de sens la base des apprentissages historiques à l’école. Une réédition qui tombe à point nommé, donc, non seulement pour ceux que l’histoire intéresse mais aussi pour tous les enseignants, les éducateurs, en activité comme en formation. Les programmes Darcos ne doivent pas passer : Suzanne Citron nous explique pourquoi.
Suzanne CITRON, Le mythe national, l’histoire de France revisitée, Les Editions de l’Atelier, mars 2008.

