Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

14 avril 2008

"Un ordre est un ordre"

Les pédiatres, les pédopsys vieillissent mal, du moins pour certains d’entre eux. A l’occasion de la sortie de son énième bouquin, Naouri, omniprésent dans les médias, se lance dans des interviews fracassantes (20 minutes.fr, 21/03/2008, mais aussi Elle, le Figaro etc) censées expliquer aux parents, nécessairement « démissionnaires », comment éduquer leurs enfants. Et  ce sont les enfants qui en sortent fracassés. Par exemple, « le doudou, à 2 ans et demi, c’est fini. Comme la tétine (...) on les prend, on les jette » et surtout, précise-t-il, « on ne dit rien à l’enfant ». L’enfant n’est pas une personne, rien qu’un petit animal qu’on doit dresser. Sur quelles analyses, quelles observations scientifiques, Naouri étaye-t-il ses propos ? Aucune, justement. Ce n’est pas la première fois qu’on observe, qu’arrivés à un certain âge, à une certaine notoriété (« vu à la télé »), des prétendus spécialistes jugent inutile de motiver leurs jugements, d’argumenter. Puisque c’est un savant, puisque c’est un grand clerc, il faut croire sur parole, même les pires âneries, comme c’est souvent le cas, d’ailleurs, pour les questions éducatives. Et si, devant un enfant qui suce son pouce, Naouri estime qu’il faut couper le pouce, il a sans doute raison, ce bon vieillard aux cheveux blancs même s’il s’agit plutôt d’une forme grave de sénilité. La complaisance envers ce qu’ Alice Miller appelle la « pédagogie noire », avec la brutalité affichée envers les enfants, est aujourd’hui un créneau porteur. Et qui peut rapporter gros. Aujourd’hui, pour faire les têtes de gondole chez Leclerc, il vaut mieux s’appeler Naouri qu’Alice Miller, Brighelli que Philippe Meirieu, Bentolila que Roland Goigoux. Mais derrière l’invariable dénonciation de l’enfant-roi ou de l’élève au centre, on devine non seulement une grande paresse intellectuelle mais un inquiétant projet de société. Pour Naouri, « un ordre est un ordre. On ne l’explique pas ». L’obéissance qu’on exige sans avoir à la justifier, l’éducation conçue comme un dressage, tout cela était très à la mode il y a encore un siècle. C’est avec des principes de ce genre qu’on a rempli les tranchées à Verdun ou que de braves conducteurs des transports parisiens convoyaient les Juifs au Vel’d’hiv’. Ils n’avaient fait qu’obéir aux ordres, prétendirent-ils plus tard. Le pire, c’est que c’est vrai : il n'avaient fait qu'obéir.

Posté par Lubin à 17:19 - Education, au jour le jour - Commentaires [40] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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