Journal d'école

Un regard distancié, très distancié, très très distancié sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

09 mai 2008

Les rafles et les camps d'Hortefeux sont-ils solubles dans le concours de la résistance ?

Comme tous les ans à pareille époque, c’est au cours d’une cérémonie militaire, encadrés par les Anciens d’Algérie, que les collégiens et lycéens lauréats du concours de la Résistance ont reçu leur prix. Et comme tous les ans à pareille époque, c’est surtout l’occasion d’une récupération éhontée des Droits de l’homme par des gens qui, le reste du temps, les maltraitent et les bafouent allégrement. Ainsi, dans cette ville de l’Ouest de la France (Ouest France, 09/05/2008), entend-on un préfet évoquer, la larme à l’œil, « la conscience morale » de tous ceux qui, pendant la seconde guerre mondiale, avaient apporté leur aide « aux personnes persécutées et pourchassées en France », puisque c’était cette année le thème du concours. Aux yeux des lycéens et collégiens présents, le discours du représentant de l’Etat aurait sans doute eu davantage de poids si la politique d’immigration menée aujourd’hui en France n’en venait ternir les mots. Les rafles et les camps du ministre de l’immigration et de l’identité nationale sont-ils solubles dans le concours de la résistance ? S’il ne s’agit évidemment pas de mettre en parallèle l’extermination des Juifs et la question des sans-papiers, force est de constater que les mesures développées ces dernières années contre les étrangers, tout spécialement dans les préfectures, sont assez éloignées des principes « d’humanité et de dignité » dont le préfet fait l’éloge devant les jeunes. Des jeunes dont plusieurs ont eu l’occasion de voir leurs camarades sans-papiers « persécutés et pourchassés » jusqu’à l’intérieur des établissements scolaires. Et dans la France d’aujourd’hui, effectivement, apporter son aide « aux personnes persécutées et pourchassées » est devenu un délit. Cette cérémonie officielle de remise des prix, à forte connotation militaire, apparaît à bien des égards comme une basse récupération du souvenir de la Résistance par des autorités qui voient là, opportunément, un moyen de détourner l’attention d’une politique d’immigration brutale et inhumaine.  Et peut-être même de la légitimer ? Car comment des institutions qui organisent le souvenir de la Résistance pourraient-elles être soupçonnées par nos élèves d’agissements et de comportements qu’il faut bien qualifier de racistes ?

Au demeurant, en confiant la co-organisation du concours de la Résistance aux mouvements d’anciens combattants, l’Education nationale a fait un choix douteux : comment justifier l’omniprésence, à toutes les étapes du concours, des combattants des guerres coloniales ? S’agit-il vraiment de commémorer la résistance au nazisme, à laquelle ils n’ont pourtant jamais participé, ou d’occulter par exemple les massacres commis par eux ce même 8 mai 1945 du côté de Sétif ? Quel sens peut avoir la mémoire du passé s’il ne permet pas d’éviter la répétition de ses dérèglements ? Le nazisme est d’abord le drame de l’obéissance, celui d’une époque où la soumission aux ordres était perçue comme la valeur suprême, où l’autorité ne se discutait pas. Il ne sert à rien de faire connaître cette période de l’histoire à nos élèves s’ils n’en retirent pas la conviction que, dans certaines circonstances, la désobéissance vaut mieux que l’obéissance.

Dans le même temps, hier, sur les plages du Débarquement, Sarkozy s’obstinait dans sa réécriture de l’histoire : « la vraie France n’était pas à Vichy, elle n’était pas dans la collaboration (...), elle n’était pas dans la milice ». La commémoration du 8 mai, c’est d’abord cela : une manipulation malhonnête et pernicieuse d’un passé dont on n’est peut-être pas définitivement sorti.

Posté par Lubin à 19:50 - Mémoire et histoire à l'école - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

N'importe quoi...

"S’agit-il vraiment de commémorer la résistance au nazisme, à laquelle ils n’ont pourtant jamais participé, ou d’occulter par exemple les massacres commis par eux ce même 8 mai 1945 du côté de Sétif ?"
La raison principale pour laquelle les "combattants de guerres coloniales" sont massivement présents lors de ces cérémonies est une question d'âge: ils sont plus jeunes que ceux qui ont fait la deuxième guerre mondiale, et donc plus "disponibles", si j'ose dire - surtout, encore vivants. C'est la raison pour laquelle il me semble ahurissant de leur reprocher, en plus, la massacre de Sétif, dans la mesure où celui-ci a lieu juste après la lutte contre le nazisme et où on voit mal comment la quasi-majorité de ceux qui ont fait les "guerres coloniales" et que vous visez n'ont pas pu, matériellement, y participer. A moins qu'emporté par votre fougue, vous jugiez que même pour les appelés des années 50, il y a responsabilité collective, y compris pour des faits auxquels ils n'ont pas été mêlés? C'est votre droit, mais ce principe porte un vilain nom: la Sippenhaft.

Posté par Meles, 10 mai 2008 à 09:16

Mais quand même

L'époque est terrible, pas besoin de s'étendre sur la chasse à l'homme en cours (légale ou pas c'en est une).
Et pourtant il y a encore tous les jours des retourneurs de veste qui vont rejoindre le camp de la honte.
A ce propos comment se fait-il que Meirieu n'ait pas été recruté par Sarko ? Brighelli l'a pris de vitesse ? Je n'arrive pas à croire que notre ambivalent en chef (cf son interview dans le Monde où les pauvres internautes ne comprennent rien à ses phrases alambiquées, lui prêtent des intentions sarkozystes etc).
Qu'on donne la parole à Méirieu et à son discours prêt-à-retourner alors que les gens sont pourchassés, que les pauvres sont stigmatisés, laissés sans argent et sans savoir, tout ça me donne franchement plus que la nausée.
Je commence à être sérieusement révolté autant par ces "socialistes" bon teint comme Meirieu qui délayent leur soupe dans la guimauve que par les Sarkozystes éhontés...pardon décomplexés..
Bref je sais qu'il n'y a aucun espoir avec Besancenot donc je dis : que faire ?
Meirieu n'est pas une solution viable (je vais appeler Dahan pour lui dire de le piéger en se faisant passer pour Sarko : réussite garantie hein) et Darcos fait tout dans un souci d'"économie" honteux et qui remet en cause tout le contrat social : il faut trouver une troisième voie et je crois qu'elle viendra de la base. Les "gens" en tont marre et ne lisent même plus les éditoriaux pour détester tous ces pontes qui les manipulent dans tous les sens. C'est l'instinct qui parle : les gens ont faim , les gosses des pauvres n'ont d'autre choix que de dealer alors ?

Posté par blasé, 10 mai 2008 à 17:15

Récupération

A Meles :
Je ne vois vraiment pas à quel titre les anciens d'Algérie peuvent être présents aux cérémonies commémoratives de la fin du nazisme. Mêler le combat de Massu à celui de Hans et Sophie Scholl, c'est franchement douteux.

Posté par Lubin, 11 mai 2008 à 19:52

Amalgame

Je n´ai jamais parlé de cela. Mais l´exemple de Massu est intéressant: on peut tout lui reprocher, mais pas Sétif, justement... Pour le reste, relisez mon commentaire.

Posté par Meles, 13 mai 2008 à 15:12

exagération ou anticipation ?

"Comme tous les ans à pareille époque, c’est au cours d’une cérémonie militaire, encadrés par les Anciens d’Algérie"

"cérémonie militaire" ? vite avancé.
"à forte connotation" ?
plus ou moins suivant les départements.
Si j'en juge à l'aulne de mon expérience de plus d'une décennie, sur un département : à très faible connotation militaire.
( Le Préfet qui ne voulait certainement pas être encombré le 8 mai ( par des activités scolaires ? ) plaçant l'affaire à un autre moment, au grand dépit de certains il est vrai.

à la Préfecture, souvent ..et pas toujours le 8 mai !
en présence du préfet, de l'IA, d'un haut gradé, des associations d'anciens résistants et déportés, des associations d'AC, des associations concernées par La Mémoire, des professeurs sont aussi présents (sans uniforme).



"encadrés par les anciens d'Algérie".

Vous précipitez vite au cimetière certains résistants déportés, encore vaillants.

Mais vous avez raison le nombre des "anciens d'Algérie" pourrait devenir préoccupant.
Bien que j'en connais un qui était résistant puis rappelé et qui, officier, a ouvert sa gamelle au lieu de la tendre, devant des exactions qui lui en rappelaient d'autres , ce qui ne lui a pas valu que des compliments....
Lui, il est possible de lui confier des copies à évaluer...

A ma connaissance pas un ces AC d'Algérie n'a corrigé une copie. Le jour où cela arrivera, il faudra certainement changer de formule.
De toute manière une autre formule va devenir nécessaire avec les disparitions de plus en plus nombreuses.
Des Fondations authentiques sont là, aussi, pour y réfléchir.


Je pense toutefois que le rapprochement entre les rafles de 42/44 et les "rafles" peut se faire, avec certaines précautions.
Si j'avais été élève, je ne m'en serais pas privé au moins dans la conclusion

Posté par jpd, 15 mai 2008 à 15:57

Savoir désobéir

Il faut convenir, que, lors de la remise des prix (peut-être pas partout, je n'en sais rien), il y a trop de drapeaux, trop de fanfares militaires, trop de Marseillaise, trop d'Anciens des guerres coloniales, trop de discours officiels, trop d'officiels, bref, trop de choses qui ne vont pas et qui ressemblent fort à de la récupération.
Notez bien que mon opposition à la présence des AC (et de l'ONAC à la préparation du concours dans bien des académies...) n'est pas une opposition de personne mais tient au fait tout simplement, qu'ils n'ont pas leur place dans la commémoration de la lutte contre le nazisme. Je persiste à penser que les résistants, les vrais, pas ceux qui ont pris les armes quand la 2e DB arrivait au bois de Boulogne, sont d'abord des gens qui, à un moment donné, ont eu le courage de désobéir. Et que la mémoire de cet épisode auprès de nos élèves n'a de sens que si l'on veut bien les faire réfléchir à la nécessaire désobéissance aux ordres et à l'autorité. Face à la loi, il faut savoir dans certains cas opposer sa conscience. On est bien loin des programmes officiels d'éducation civique.

Posté par Lubin, 15 mai 2008 à 18:54

quel mélange

on ne désobéit pas dans un régime démocratique sinon c'est l'anarchie ; on peut manifester, se réunir, faire de la communication pour défendre ses idées et faire en sorte qu'elles s'appliquent démocratiquement, mais on respecte la loi.
Désolé mais le régime de Vichy n'avait pas de légitimité démocratique puisque ce sont les députés en place à ce moment là qui l'ont mis en place (même des futurs pourfendeurs de ce régime honteux, ce qui ne manque pas de sel) sans demander l'avis aux citoyens, et la désobéissance dans ce cas se comprend sans difficulté. Mais pas aujourd'hui.

Posté par christophe, 24 mai 2008 à 00:59

Ralala

"Mais pas aujourd'hui."

Si vous le dites. Nous pouvons dormir sur nos deux oreilles et obéir et approuver le reste du temps.

Posté par Théo, 24 mai 2008 à 10:54

allons allons

"l´exemple de Massu est intéressant: on peut tout lui reprocher, mais pas Sétif, justement"

Vous galéjez, Mélès ! Demander à lubin, prof d'histoire, de connaître l'histoire, mais c'est d'un réactionnaire !

Posté par tartempion, 24 mai 2008 à 11:41

Et quand la démocratie viole le droit ?

A Christophe

Ainsi, on serait en démocratie uniquement parce que le pouvoir serait sorti des urnes ? Ce qui fut le cas, également d'Hitler en 1933...
Au cours des dernières présidentielles, les 2 candidats en présence étaient-ils si légitimes que ça alors qu'ils ont été fabriqués de façon très artificielle par les médias ? Et imposés à tous. Ceux qui ne se retrouvent ni dans Royal ni dans Sarkozy, que font-ils alors ? Ils se taisent ou ils émigrent ?
Le fondement de la démocratie réside justement dans la possibilité de garder un regard critique sur les lois et de tout mettre en oeuvre pour les faire évoluer. On constate au demeurant que les exigences en ce domaine sont à géométrie variable : lorsqu'un lycéen manifeste un peu brutalement, l'autorité répond par la comparution immédiate et la prison. Lorsque des marins-pêcheurs ou des agriculteurs saccagent des grandes surfaces ou des entrepôts, le ministre déroule le tapis rouge et sort le carnet de chêque.

Posté par Lubin, 24 mai 2008 à 12:05

démocratie à géométrie variable?

Lubin, il y a autant d'avis et d'opinions qu'il y a de gens. On ne peut pas laisser chacun appliquer seulement les lois qui sont conformes à sa pensée, c'est une question de paix civile. Si vous ne respectez pas ce qui sort des urnes, vous prenez un risque. Je rejette en partie ce qui est fait par le gouvernement.

Vous êtes assez radical, il ne s'agit pas de se taire, vous pouvez essayer de vous regrouper avec des gens qui pensent comme vous pour manifester etc donc garder un regard critique. Il existe aussi par exemple des médias pour toutes les tendances politiques que je sache, pour l'opposition aussi.

Vous prétendez que ce sont les médias qui ont favorisé le choix de cette majorité. Bien que ce soit une partie de l'explication il convient alors de vous adapter, alors apprenez à vous servir vous aussi des médias.

Si vous enragez de ne pas voir vos idées défendues ou relayées, ce n'est pas une raison de vouloir tirer sur la démocratie, car cela signifie juste que vos idées n'intéressent pas grand monde.

Posté par christophe, 24 mai 2008 à 13:47

idées défendues

Le problème de Lubin c'est qu'il PENSE que ses idées sont subversives, alors qu'en fait elles sont partagées par Libé, le Monde, Télérama, les Inrocks, tous les personnels de Radio France, toute la sociologie militante, l'essentiel des bobos parisiens, l'essentiel du monde syndical et des "profsdegauche", l'essentiel des formateurs de formateurs en IUFM ou ailleurs, tous ceux qui leur fournissent des outils théoriques à grand coup de livres pédago, les intermittents du spectacle, les artistes subventionnés et les fonctionnaires de la culture, les psy anti autoritaires, une bonne frange de la gauche de gouvernement et l'essentiel de la gauche contestataire... et j'en oublie.

Tous ces vrais faux-rebelles d'Etat, ceux qu'Orwell nommaient "vanupieds mystiques et buveurs de jus de fruits" et ceux que le regretté Philippe Muray appelait avec brio : Les mutins de Panurge.

Posté par tartempion, 24 mai 2008 à 16:51

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