Hommage national, larmes officielles à propos des dix soldats français tués en Afghanistan. Les « détrousseurs de cadavres et imposteurs » (Dalton Trumbo) s’en donnent à cœur joie dans le registre du sacrifice, du sens du devoir, de l’abnégation, de la guerre de la civilisation contre le terrorisme et surtout du respect dû aux morts. Mais à ces morts-là seulement. Lorsqu’il y a quelques semaines, une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles de nombreux enfants, réunis pour une fête de mariage, sont morts sous les bombes de la coalition, ce n’était qu’une regrettable erreur, un dommage collatéral et ces morts ont été vite oubliés, même pas pleurés. A la guerre, un soldat mort a donc infiniment plus de valeur qu’un enfant mort. Dans l’apologie d’une morale criminelle, Sarkozy s’est évidemment surpassé : « si c’était à refaire, je le referais... » Le jour où les politiciens cesseront d’être courageux avec la peau des autres, les guerres disparaîtront.

Il ne devrait pas échapper aux enseignants que ces tout jeunes hommes morts pour rien sont, après tout, leurs anciens élèves. Ils traînaient leurs basques en collège il n’y a pas très longtemps et c’est sans doute là qu’ils ont découvert, avec l’enseignement à la défense, leur vocation militaire. De l’école primaire au lycée, « l’ensemble des disciplines doit concourir à l’éducation de la défense », précise le protocole du 31 janvier 2007 signé entre l’EN et le ministère de la Défense. Tout au long de ce cursus scolaire – dont, au passage, on ne connaît pas d’équivalent chez nos voisins - l’armée y est présentée à travers ses interventions camouflées en missions humanitaires, en « missions de la paix » . L’armée ne fait jamais la guerre, pas plus que de morts d’ailleurs. L’éducation à la défense, véritable bourrage de crâne qui se poursuit jusqu’à la JAPD, ne dissimule pas ses objectifs : il s’agit de « répondre aux besoins de recrutement de l’armée ». L’éducation à la défense, dont la création remonte au début des années 80, s’est développée par la suite dans les programmes scolaires au milieu d’une indifférence tellement générale des profs, qu’elle confine à l’assentiment. On pourra toujours rétorquer que la guerre en Afghanistan a de multiples causes mais on ne peut s’empêcher de penser que la promotion de l’esprit de défense par l’Education nationale et l’adhésion massive des enseignants à ce concept fallacieux et mortifère portent une lourde responsabilité dans la mort de dix jeunes, fauchés bêtement dans les montagnes afghanes. Apprendre à tuer ou à se faire tuer sur ordre, ce n’est pas le rôle de l’école.