16 février 2009

Dictée (suite)

« La nature n’est rien sans le travail des hommes ; les hommes ne seraient rien sans la nature ». Laissons de côté les attaques personnelles convenues (cf mon « triomphalisme »...) pour répondre à une critique récurrente : dans le cadre d’un cours de géographie, faire réfléchir des élèves de 6e aux relations entre l’homme et la nature équivaudrait à « délaisser les savoirs » mais aussi à leur imposer un travail au-dessus de leurs capacités.

Pressentant les objections, j’avais pourtant bien précisé qu’il s’agissait d’ « utiliser les connaissances acquises pendant les cours » et non pas de laisser les élèves courir dans tous les sens à travers la nature. On m’aura sans doute lu trop vite... Dans les semaines précédentes, les élèves ont appris à reconnaître les grands domaines bioclimatiques, à les localiser sur un planisphère, avec quelques repères indispensables, à mettre des mots sur les paysages, mais aussi, suivant en cela les instructions officielles, à « analyser le rôle des sociétés dans l’organisation des territoires ». Quelle serait donc la finalité d’une géographie qui se ramènerait à une simple nomenclature, à des listes de définitions sans rapport avec les activités humaines ? A quoi servirait par exemple d’ânonner la définition de la mousson, sans rien voir de la relation avec les civiliations du riz ? On a remarqué bien des fois à quel point les détracteurs de la pédagogie, prompts à se présenter comme les défenseurs de « fondamentaux » au demeurant jamais définis, à dénoncer le laxisme et le manque de rigueur qui seraient imputables aux démarches d’apprentissage actives, étaient eux-mêmes bien peu exigeants à l’égard des élèves. De ce point de vue, on a dit tout le mal qu’on pensait des programmes Darcos pour le primaire, qui limitent l’apprentissage de l’histoire et de la géographie à des listes de dates ou de repères géographiques à mémoriser par cœur et d’ailleurs rapidement oubilées. C’est se montrer singulièrement méprisant pour les élèves que de les croire incapables d’autre chose que d’activités purement mécaniques et répétitives alors que l’école a pour rôle de développer les capacités les plus diverses, latentes chez chacun, notamment d’abstraction et de raisonnement. Mais aujourd’hui, avec Darcos et ses inspirateurs, l’obsession des « rudiments », confondus avec les bases, ce qu’ils ne sont pas, conduit précisément à négliger les savoirs. Une politique lourde en injonctions administratives de toutes sortes (par exemple avec l’évaluation en CM2) mais sans ambitions.

Posté par Lubin à 11:11 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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