Un élève de 9 ans interpellé à l’école et placé en garde à vue toute l’après-midi ; des ados « frappés, insultés, gazés et laissés au sol les mains menottées dans le dos » ; des jeunes de 13 ans, entièrement déshabillés et menottés ; des bébés en centre de rétention ; de tout jeunes enfants renvoyés brutalement vers des pays lointains. Les policiers s’offrent bien du plaisir avec les jeunes. Le rapport d’activité 2008 de la commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) dresse un tableau inquiétant de certaines pratiques policières sur les mineurs. L’interventionnisme croissant de la police, dans des domaines qui ne devraient pas être de son ressort va de pair avec une brutalité qui tend à devenir la règle. Cette dérive est d’autant plus préoccupante qu’elle semble se faire sans rencontrer d’opposition majeure dans le monde politique. « La délinquance juvénile fait l’objet d’orientations de politique pénale de plus en plus répressives, qu’il s’agisse de la loi sur la récidive, de la création du fichier Edvige qui devait permettre d’enregistrer des données personnelles dès l’âge de 13 ans, des propositions de réforme de l’ordonnance de 1945 », précise la CNDS qui rappelle que « ce climat répressif ne doit en aucun cas faire perdre de vue aux forces de sécurité qu’un mineur même délinquant, même dangereux reste vulnérable ».

Une dérive dont on retrouve la trace dans le nouveau code pénal des mineurs en préparation : si la perspective de la prison à 12 ans voulue par Dati semble s’éloigner devant la protestation des professionnels, on constate la disparition bien plus que symbolique du terme « enfant » au profit de celui de « mineur ». Pour Jean-Pierre Rosenczveig, « on entend lutter contre la compassion qu’inspirent les enfants pour permettre la saine répression qu’appellent les mineurs qui violent la loi. En substituant mineurs à enfants, on n’est pas que dans les mots (...) ».