Journal d'école

Le journal de Lubin sur l'école et sur le monde. L'école vient de loin, elle peut mener loin. A condition d'en sortir.

17 octobre 2009

Sarkozy toujours brouillé avec l'histoire

En présentant sa « réforme » des lycées – en réalité un enterrement de première classe – Sarkozy a cru bon saluer la naissance des lycées en 1802, « geste fondateur de notre éducation nationale (...) qui signifiait très concrètement la fin des privilèges de la naissance », ajoutant même qu’ à partir de cette date, « ce qui compte, en France pour réussir, ce n’est plus d’être bien né, c’est d’avoir travaillé dur et d’avoir fait la preuve par ses études de sa valeur ». Dans le contexte de l’affaire de la Défense, cette affirmation a reçu l’accueil ironique qu’elle méritait mais a montré également à quel point Sarkozy, ou celui qui écrit ses discours, était brouillé avec l’histoire. Il est vrai que dans ce domaine, le discours de Dakar avait ouvert la voie...

Contrairement à ce que cette assertion aussi péremptoire que peu étayée voudrait faire croire, le lycée d’aujourd’hui n’a pas grand chose à voir avec la création napoléonienne. La loi du 11 floréal an X (1er mai 1802) instituant les lycées n’était nullement motivée par un souci de démocratisation de l’enseignement secondaire – il faudra attendre pour cela la seconde moitié du 20e siècle – que par la volonté de Bonaparte de recruter des fonctionnaires civils et militaires tout dévoués au régime. A la fin de l’Empire, les effectifs des lycées atteignaient à peine 10 000 élèves – tous des garçons, les filles n’y ayant pas accès - pour la plupart recrutés dans les milieux aisés. Si quelques élèves boursiers, en tout petit nombre, étaient bien accueillis aux côtés des élèves payants, encore faut-il préciser que les bourses n’étaient pas attribuées en fonction du mérite de l’élève mais le plus souvent en récompense de bons et loyaux services rendus par la famille au gouvernement. Le lycée napoléonien reste avant tout une école de notables.

Le régime de l’internat était destiné à inculquer aux élèves des habitudes militaires et plus généralement d’obéissance et de soumission. Les exercices militaires alternaient également avec les exercices religieux, les lycées perdant très vite leur caractère laïque : une circulaire de mai 1803 institue la prière en commun matin et soir ainsi que la participation des lycéens aux offices le dimanche.

Le lycée napoléonien ? Quelque chose qui tient de la caserne et du couvent. En y voyant un « geste fondateur de notre éducation nationale », Sarkozy rêve-t-il à voix haute ?

Posté par Lubin à 15:05 - Education, au jour le jour - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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