Si la crise grecque pouvait avoir au moins une vertu, ce serait d'exposer au grand jour le scandale des budgets militaires. Imposer 10 milliards d’euros d’économie aux plus modestes dans un pays qui dépense déjà plus de 5 milliards pour son armée devrait quand même ouvrir les yeux à une opinion publique, pas seulement grecque, qui a toujours fait preuve d’un coupable aveuglement sur le sujet. On saura gré à D. Cohn-Bendit d’avoir levé le lièvre des exportations d’armement de la France, 3e exportateur mondial, bien qu’il n’ait fait que reprendre le message que les mouvements pacifistes cherchent en vain depuis toujours à faire passer.

Pour se limiter à la France, il faudrait accepter de drastiques économies sur les retraites, les salaires, les emplois, la santé, les équipements publics, alors que le financement de la loi de programmation militaire s’élève à 185 milliards d’euros pour la seule période 2009-2014. Des sommes qu’on a quand même du mal à justifier par l’envoi de corps expéditionnaires en Afghanistan, en Côte d’Ivoire ou ailleurs ou par l’entretien, avec la bombe atomique, d’une arme qui relève d’un terrorisme d’état. Le monde, dans son ensemble, aura dépensé l’an passé plus de 1500 milliards de dollars pour faire la guerre, pour entretenir la guerre.

L’opinion publique reste massivement sous-informée sur ce tabou, qu’elle ne fait certes pas beaucoup d’efforts pour lever. Avec « l’éducation à la défense », les programmes d’éducation civique, en France, contribuent à cet aveuglement : ils imposent un point de vue unilatéral, partial, celui de l’institution militaire et interdisent toute approche critique sur le sujet. Une morale d’état qui ne semble pas troubler outre mesure les enseignants chargés de sa mise en œuvre.