Une vingtaine de jeunes sénégalais, âgés de 16-17 ans, viennent de se voir refuser un visa de séjour pour participer à un tournoi de foot dans la région nantaise (Ouest France, 23/04/2011). Quelques jours auparavant, une forte mobilisation avait contraint les autorités françaises à accorder un visa à douze lycéens de Saint-Louis-du-Sénégal pour un séjour scolaire en Loire-Atlantique. La grande peur de l’étranger, spécialement des Africains, entretenue par des politiciens qui voient là l’ultime moyen de sauver leur pouvoir, a pris ces dernière semaines une nouvelle dimension. Après l’épisode des trains arrêtés à la frontière italienne, Sarkozy annonce son intention de rétablir les contrôles policiers aux frontières, tirant un trait sur plus d’un demi-siècle de construction européenne. Si l’Union européenne a un sens, c’est bien d’avoir donné corps à un droit fondamental, celui de la libre circulation des personnes. Que la présence d’une poignée d’immigrants puisse être considérée comme une menace vitale pour un pays de 64 millions d’habitants, qui reste l’un des plus riches du monde, est complètement irrationnel mais inséparable de la croyance en une identité collective nationale qui serait menacée par l’étranger.

En laissant planer la menace de sortir de Schengen, Sarkozy se rapproche encore un peu plus de l’extrême-droite et donne une légitimité accrue à l’europhobie qui n’est malheureusement pas l’apanage de cette dernière. Cette manœuvre est aussi la manifestation des pouvoirs extravagants concédés à un seul homme par des institutions politiques qui favorisent la gestion  populiste des affaires au détriment de la démocratie et du débat. La construction européenne qui, dans les années 50, était motivée par la volonté d’empêcher le retour des guerres qui avaient ensanglanté le continent, est ainsi mise à mal par des frayeurs irraisonnées exploitées et amplifiées par des politiciens dont l’horizon se borne à la promotion de leurs minables ambitions personnelles.

L’identité nationale est une voie sans issue. La faute de Schengen n’est pas d’avoir aboli les frontières intérieures mais d’en dresser à l’extérieur. Alors qu’à ma connaissance, aucun grand parti politique n’a eu le courage de dénoncer comme il le faudrait les dernières initiatives de Sarkozy, il est important au contraire d’encourager tout ce qui peut contribuer à ouvrir les frontières, notamment le projet Averroès visant à la libre circulation des étudiants entre des deux rives de la Méditerranée.

Sur ce sujet, voir aussi Journal d’école du 10/03/2011.

 

[Pour naviguer sans pub sur Journal d'école : Firefox+Adblock]