C’est un débat qu’on pourra suivre dans la revue de presse de Philippe Watrelot.

En commentaire à une tribune d’Alain Refalo sur la désobéissance, Philippe Watrelot pose la question (26 septembre 2011) : « Une question un peu polémique cependant à Alain Refalo (pour qui j’ai beaucoup d’estime et de sympathie) quelle attitude devra t-on voir alors face aux enseignants qui, dans le cadre d’une alternance allant dans le sens qu’il espère, refuseraient d’appliquer les dispositifs permettant d’aller un sens progressiste et solidaire ? Que faire et que dire s’ils se réclament alors d’une désobéissance “éthique et responsable”… ? »

Dans l’édition suivante (27 septembre 2011), Alain Refalo répond : «(…) Bien sur, cela reste possible. Nous devrons nous comporter de manière différente, non autoritaire. Nous chercherons à convaincre, mais en aucun cas nous n’imposerons de dispositifs que certains jugeraient contraires à leur conscience. Et bien sûr, pas de sanctions telles que nous les avons vécues. Ceci dit, attendons de voir si les tenants d’une instruction d’autrefois s’organisent comme nous l’avons fait, s’ils revendiquent leur désobéissance et surtout quelles seront leurs motivations (…) »

Ces interrogations ne manquent pas de pertinence mais il faut comprendre que si la question de la désobéissance s’est posée ces dernières années avec une telle intensité, la responsabilité première en incombe à la brutalité d’une politique menée par des ministres dont les méthodes, faites d’autoritarisme, d’arrogance et d’incompétence, ne peuvent que créer des tensions et provoquer le rejet. Pour être comprise et validée, une mesure doit auparavant être soumise au débat, au dialogue, confrontée à l’expérience et à l’expertise de ceux qui seront chargés de la mise en œuvre. Une nécessité superbement ignorée par les derniers ministres de l’Education nationale qui, au travail de fond avec les professionnels, ont toujours privilégié l’effet d’annonce à destination d’une opinion publique massivement ignorante – à l’exception, sans doute, des parents – des enjeux réels du sujet.

Une dérive bien connue de la 5e république – la personnalisation du pouvoir – poussée à l’extrême sous Sarkozy, dénature l’exercice de la démocratie, réduite à l’exercice, assez formel en fin de compte, du droit de vote. « On a la majorité, on fait ce qu’on veut », une formule qui a tenu lieu de principe dans toutes les décisions prises autour de l’école et qui explique sans doute, au moins en partie, qu’on en soit réduit à désobéir rien que pour se faire entendre.