Les fines sorties entendues ces derniers jours sur l’Allemagne ou sur l’accent norvégien d’Eva Joly sont à l’image d’un pays toujours taraudé par ses vieux démons. Incapables de mettre en œuvre des réponses pertinentes aux difficultés de l’heure, les politiciens se réfugient dans le racisme et la xénophobie : pour la droite, le chômage et la délinquance résultent d’une immigration non contrôlée, pour la gauche – ou une partie de la gauche, l’Allemagne est la première responsable de la crise économique. Comme palliatif aux faiblesses de l’argumentation, on s’en remet comme d’habitude aux symboles, portés par des représentations historiques sommaires. Dans un pays qui ignore tout de l’histoire du monde et de ses voisins les plus proches, il est effectivement facile de réduire l’Allemagne à Bismarck et à Hitler. De la part de politiciens qui prétendent éclairer l’opinion, il y a là une forte dose d’inconscience.

Tout occupés qu’ils sont à raviver les vieilles peurs sur la puissance allemande, ils seraient bien incapables d’expliquer à leurs compatriotes pourquoi les dépenses militaires par tête d’habitant sont deux fois plus élevées en France qu’en Allemagne. Ou pourquoi il est indispensable que le contribuable français verse chaque mois 142 millions d’euros à Dassault pour un Rafale (coût total du contrat : 40,6 milliards d’euros). Un budget militaire de 50 milliards d’euros, ça creuse pourtant les déficits plus durablement que la fraude aux indemnités journalières.