C’est à ce genre de préoccupations que se mesure la qualité d’un projet éducatif : las de « se trimbaler dans les couloirs avec à la main les baskets confisqués aux mômes », fatigué de traquer les petites culottes des filles, le proviseur de l’internat dit «d’excellence » de Sourdun, tout pénétré de l’importance de sa mission a donc tranché : les élèves porteront l’uniforme (le Parisien ,12/12/2011).

Pas pratique (ainsi, les garçons se voient dans l’obligation de n’user que deux pulls, deux pantalons et quatre chemises dans l’année. Bonjour l’hygiène…) ; cher (300 euros mais rien n’est trop cher pour ce type d’établissement) ; et qui ne rapporte sans doute qu’à l’heureux fabricant (désigné sur appel d’offre ?). Mais l’important n’est pas dans ces détails mesquins : ce qui compte, c’est qu’à la mi-janvier, toutes les télés, tous les journaux prendront le chemin de l’internat pour la photo de Chatel en personne  - et pourquoi pas Sarkozy, on ouvre les paris ? – passant en revue les élèves en uniforme. On vous l’assure la main (gantée) sur le cœur : le calendrier précipité choisi n’a aucun rapport avec la campagne présidentielle ni avec le projet de l’UMP qui prévoit d’imposer l’uniforme scolaire dans les établissements. L’internat de Sourdun a beau, dans son règlement,  revendiquer fièrement sa laïcité, cette dernière ne vise probablement que l’Islam (pardon, « les » religions) mais pas les préférences politiques de son encadrement.

Car depuis sa création, cet internat, « objet scolaire non identifié » (Journal d'école, 01/09/2010), comme ceux qui ont suivi, a surtout fait office d’instrument de communication officielle à la gloire du prince qui l’a voulu. Qu’on se le dise : la politique éducative de Sarkozy, ce ne sont ni les dizaines de milliers d’emplois supprimés, ni la formation ubuesque des nouveaux enseignants, ni les difficultés croissantes des élèves issus des milieux défavorisés, ni l’assèchement des moyens accordés aux établissements qui en ont les plus besoin. Non : Sarkozy restera dans les mémoires comme l’initiateur de ces prodigieuses institutions éducatives que sont les internats d’excellence et les ERS, équivalents modernes des collèges de Jésuites de l’Ancien régime ou des lycées napoléoniens. Au moins.

Pourtant, au fil des ans, les internats ont eu l’occasion de se découvrir pour ce qu’ils sont réellement : des structures aux moyens budgétaires et humains surdimensionnés eu égard au contexte économique et surtout aux services qu’ils rendent ; un type de recrutement indécent qui aboutit à ghettoïser les établissements des quartiers pauvres privés de leurs meilleurs élèves ; des méthodes éducatives présentées comme innovantes mais en réalité traditionnelles et routinières ; des enseignants soigneusement sélectionnés et attirés par de menus avantages ; ces mêmes enseignants qui ne s’embarrassent pas de scrupules pour renvoyer les élèves à  problèmes qui viendraient ternir l’image de marque à laquelle on tient par-dessus tout (Journal d’école, 04/10/2011). Tout cela pour des résultats jamais évalués et dont on a tout lieu de penser qu’ils ne justifient pas la mise de départ.

Un bilan finalement désastreux mais qui n’empêche pas le proviseur, tout sourire, de justifier l’uniforme scolaire par le souci de gommer les « discriminations entre élèves », alors que l’établissement qu’il dirige, dans son essence même, par la sélection drastique et arbitraire de ceux qu’il retient ou qu’il éjecte, érige la discrimination en principe directeur.

Le programme éducatif de l’UMP a pris corps à l’internat de Sourdun. On aimerait bien qu’il ne s’étende pas trop.

PS : ce qu'il faut savoir, et que j'ignorais, c'est que le proviseur de l'internat de Sourdun, Bernard Lociciro, est adjoint UMP au maire de Meaux, un certain J.-F. Copé. Dans ces conditions, c'est tout un établissement scolaire public, élèves, familles, personnel enseignant et non-enseignant qui se trouve ainsi embrigadé pour la campagne électorale du président sortant.