« Les bases, encore les bases … retour aux fondamentaux. » C’est Bayrou 2012. Et ça ressemble comme deux gouttes d’eau au ministre de l’Education nationale en poste en 1996, un certain Bayrou. Un homonyme, sans doute.

L’école va mal, dit-il. Il est donc urgent de ne rien changer : parmi les trente propositions présentées à la presse, on aurait du mal à trouver, en dehors des incantations habituelles, quelque chose qui ressemble à un début de réflexion sur les programmes, les rythmes, la formation des enseignants ou la redéfinition de leur métier. Si, quand même, une idée empruntée à la frange la plus réactionnaire des profs : consacrer 50 % de la scolarité en primaire à l’apprentissage du français. Mais bien sûr, avec de bonnes méthodes, la seule bonne méthode, la syllabique. Sur ce point, Bayrou fait très fort, mieux même que Robien en son temps. Savez-vous pourquoi la méthode syllabique est incontournable ? Réponse du candidat : « (…) le clavier, avec lequel désormais toute personne vit, le clavier ce n’est pas global, c’est lettre par lettre. Et donc du son à la lettre, de la lettre à la syllabe, de la syllabe au mot, cela me paraît devoir être la démarche désormais indiscutable. » Avec l’apprentissage de la lecture assimilé à la dactylographie, la pédagogie fait un grand bon en avant.

Pas un mot sur le lycée, rien non plus sur les difficultés inhérentes au collège, sinon, à mots à peine voilés, le rétablissement d’un examen d’entrée en sixième, leitmotiv du discours conservateur ces dernières années, qui fait porter la responsabilité de l’échec scolaire à l’école primaire exclusivement.

De ce programme du candidat Bayrou – un non-programme ou plutôt un anti-programme – la presse a surtout retenu le désir de s’attirer les bonnes grâces des enseignants, en particulier en ne touchant pas à leur statut. Un peu court comme politique éducative.