25 février 2012

A Sourdun, un internat qui ne manque pas de crédit(s)

Les conditions matérielles dans lesquelles se fera la prochaine rentrée sont maintenant à peu près connues : fermetures de classes, voire d’écoles, classes surchargées, scolarisation retardée en maternelle. Les missions de l’éducation seront encore un peu plus difficiles à assurer, notamment dans les établissements les plus défavorisés.

Une situation qui fait paraître toujours plus indécent le sur encadrement dont font l’objet les internats dits d’excellence, pour des résultats - on se répète - qui n’ont jamais été évalués et dont certains effets malsains sont bien connus : comme pour l’assouplissement de la carte scolaire (voir l’analyse de Nathalie Mons), il ne s’agit pas de lutter contre l’échec scolaire, encore moins de travailler à la démocratisation de l’enseignement mais exclusivement de sélectionner les élites dont le système a besoin et, accessoirement, de donner le change à l’électeur.

A l’internat de Sourdun, par exemple, le proviseur, adjoint UMP de Copé à la mairie de Meaux, ne semble guère concerné par un quelconque souci de rigueur budgétaire. La règle d’or, c’est juste bon pour les collèges de banlieue. Qu’on en juge un peu.

A la rentrée 2011, l’internat compte 50 enseignants pour 369 élèves, soit un prof pour sept élèves.

En personnel administratif (20 au total), le proviseur est bien entouré :
- 2 proviseurs adjoints (pour laisser du temps libre au patron à la mairie ?),
- 1 gestionnaire comptable (poste le plus important de l'internat),
- 4 conseillers principaux d’éducation,
- 1 responsable informatique,
- 1 assistant informatique (pour pallier l'incompétence du responsable informatique ?),
- 1 assistante sociale,
- 1 infirmière,
- 1 aide secouriste lingère (pour secourir et entretenir les uniformes),
- 6 secrétaires, sans doute débordées, puisqu’elles doivent se faire épauler par 1 assistante secrétariat.
Un allergologue est attendu pour la rentrée prochaine, si Sarkozy est réélu.

Le personnel technique est scandaleusement limité à 12 :
- 1 agent d’accueil et de sécurité (lorsque j'étais étudiant, on disait un "appariteur" mais c'était pour plusieurs milliers d'étudiants et des grands, parfois un peu agités),
- 1 responsable d’exploitation,
- 1 chef de cuisine aidé d’un second de cuisine (le caviste est attendu pour la rentrée prochaine si Sarkozy est réélu),
- 2 responsables « centre équestre » (l’avenir de la race chevaline est une grande chose assurément),
- 1 électricien,
- 1 menuisier,
- 1 peintre,
- 1 agent de nettoyage,
- 1 plombier,
- 1 responsable technique (qui ne s'occupe ni d'électricité ni de menuiserie ni de peinture ni de plomberie ni de nettoyage ni de chevaux).

Le personnel de vie scolaire se porte bien, merci pour lui, avec pas moins de 19 assistants d’éducation ( !), 1 éducateur sportif, 4 maîtres de maison (sic). Il ne manque plus que le maître à danser et l’aumônier, comme il sied à toute bonne maison d’éducation.

Au total, donc, à Sourdun, 106 adultes encadrent 369 élèves. Faut-il croire que les élèves sont particulièrement difficiles ou particulièrement méritants, ou les encadrants particulièrement défaillants ?  Un taux d’encadrement qui, malgré cela, est encore très en-dessous de celui des ERS, qui ne doit pas être très éloigné d’un adulte pour un élève.

J’ai pour ma part tendance à penser que ce type d’encadrement, où domine un souci abusif (exclusif ?) de surveillance, signe surtout l’échec des principes éducatifs qui le génèrent.


Posté par Lubin à 18:05 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires sur A Sourdun, un internat qui ne manque pas de crédit(s)

Une petite réponse à vos interrogations...

Bonjour Lubin,

Je suis heureux de vous relire à travers votre récurrente obsession vis à vis de l'internat d'excellence de Sourdun.

Vous avouerez sans peine tout de même que sans cet internat d’excellence, votre blog serait bien tristounet et que seules les contributions à ce sujet l’alimentent actuellement. Il vous manque seulement le sens de la réalité que vous pourriez aisément parfaire en nous rendant visite mais il faudrait que vous acceptiez pour cela une éventuelle remise en question de vos certitudes.
En panne d'article de fond, vous avez sans doute cru bon d'exploiter les données fournies par le site internet de cet établissement que vous ne connaissez qu'à travers les échos syndicalistes (avec beaucoup d'a priori, faut-il le rappeler) d’organisations très orientées vers cette forme larvée de conservatisme propre à l’éducation nationale.

Abordons maintenant votre analyse, que dis-je…, votre lecture de l’organigramme de l’établissement en question.

Rappelons en préambule qu’il accueille cette année 369 élèves de la classe de 6ème à la classe de 2ème année préparatoire aux grandes écoles et cela exclusivement en internat du lundi matin au vendredi soir. Cela implique, vous en conviendrez, des contraintes très spécifiques au niveau de l’encadrement des élèves.

Les effectifs :

1 proviseur : maire-adjoint de Jean-François Copé à Meaux il est vrai… Mais se limiter à cette information pour en juger la valeur, cela est quelque peu réducteur. Considérez-vous que l’ensemble des équipes soit inféodé à l’UMP ? Dans l’affirmative, vous êtes bien loin de la réalité…

2 proviseurs-adjoints : est-ce une aberration, en terme de fonctionnement, de considérer qu’un adjoint pour le collège et un autre pour le lycée-prépa, cela se conçoit ?

1 gestionnaire comptable : poste important il est vrai mais pas de premier plan, comme dans tout établissement scolaire.

4 conseillers principaux d’éducation : nécessaires pour couvrir les 104 heures de présence hebdomadaire des élèves dans cet établissement (contre une cinquantaine d’heures dans les établissements sans internat).

1 responsable informatique et un assistant (à mi-temps) : pour maintenir à jour le parc informatique et multimédia, effectuer la maintenance de premier niveau du matériel de reprographie, développer de nouvelles applications, assurer la communication et alimenter le site internet, cela n’est pas de trop, croyez-moi… Votre petit commentaire qui remet en cause la compétence du responsable est malvenu et déplacé.

1 assistante sociale : qui croule sous les nombreux dossiers.

1 infirmière et une assistante (qui porte le titre de « secouriste-lingère » non pour s’occuper des uniformes, dont l’entretien reste à la charge des familles). Les 104 heures de présence hebdomadaires des élèves nécessitent une présence forte du pôle médico-social, en doutez-vous ?

6 secrétaires et une assistante à mi-temps : 3 secrétaires de direction (une par membre de l’équipe de direction) et 3 secrétaires d’intendance (auquel on ajoute le poste d’assistante). Je vous confirme qu’elles ne chôment pas et que pour certaines, les 1607 heures annuelles de travail sont un objectif qu’elles dépassent largement sans entrevoir une quelconque forme de gratification.

1 agent d’accueil et de sécurité : vous connaissez beaucoup d’établissement du second degré sans personnel affecté à la « loge » ?

1 responsable d’exploitation et ses deux cuisiniers : auquel il faut bien sûr rajouter les femmes de ménage pour entretenir les locaux. A noter que c’est une entreprise privée de restauration et d’entretien qui est en charge de cette activité. C’est sans doute pour cela que vous trouvez « scandaleux » le faible niveau affiché de personnel technique.

1 responsable pédagogique du centre équestre et 1 agent technique chargé de l’entretien des écuries : activité pédagogique et éducative « emblématique » de l’établissement qui nécessite une présence constante et spécialisée. Actuellement, ce sont 200 élèves qui pratiquent l’activité équestre...

1 équipe de 6 agents techniques avec à leur tête un responsable comme dans tout bon établissement scolaire. Je vous rassure (car vous semblez sensible à l’utilisation optimale des emplois), ce responsable ne trône pas derrière un bureau et ses compétences techniques variées sont exploitées pleinement sur le terrain.

1 équipe vie scolaire étoffée (19 assistants d’éducation ne font pas 19 postes « équivalent temps plein »…) mais pour encadrer des élèves pendant 104 heures hebdomadaires (élèves qui dorment dans 4 bâtiments différents), cela n’est pas de trop… Ramenez ce chiffre (pour lequel vous semblez vous émouvoir) à sa juste mesure en le comparant à des établissements à fonctionnement comparable (il en est peu, je vous le concède) !

Petit oubli : vous avez omis de citer la documentaliste et son assistante à mi-temps qui effectuent toutes les deux un travail remarquable.

Je constate (avec regret d’ailleurs) que vous vous focalisez sur les postes des non-enseignants. Peut-être faites-vous partie des membres de la communauté scolaire qui considèrent ces personnels comme matière négligeable, à peine dignes de côtoyer les pédagogues… C’est juste une hypothèse, une tentative de compréhension de ma part

Au total, je vous confirme qu’à Sourdun, comme vous le dites, 106 adultes encadrent 369 élèves.

Pour répondre à vos questions dernières questions :

Les encadrants ne sont pas, plus défaillants qu’ailleurs (je pousserais la provocation à votre égard et ce, à la lueur de mon expérience dans l’institution, à penser qu’ils sont plus motivés…).

Les élèves, quant à eux, ne sont pas particulièrement difficiles ou méritants. L’institution a émis l’hypothèse que, loin de leur établissement de secteur et de leurs conditions de vie quotidienne souvent difficiles, on pouvait envisager que ces jeunes puissent se surpasser et exploiter leur potentiel au mieux. Cette expérimentation, qui n’a pas vocation particulière à se généraliser, est en cours…

Soyez patient, dépoussiérez vos aprioris et laissez-vous l’opportunité d’être agréablement touché par le sentiment que les choses avancent dans un monde en mutation.

Salutations cordiales.

Posté par Salomon, 27 février 2012 à 18:25
Confirmation

Votre commentaire confirme que :

1 - le second degré du discours n'est pas votre fort ;

2 - à vouloir justifier l'injustifiable d'une dotation budgétaire ridicule, vous ignorez à peu près tout de la situation réelle de la plupart des établissements scolaires ;

3 - sur le presque millier d'articles postés sur Journal d'école, 11 concernent les internats sourdingues. Vous voyez que ce n'est donc pas une obsession, même si j'ai prévenu d'y revenir - brièvement, car il n'y a pas grand chose qui n'ait déjà été dit - avec la campagne électorale de Sarkozy qui se déroulera mardi... à l'internat d'excellence de Montpellier, avec la complicité active d'un proviseur digne émule de Lociciro.

4 - merci de votre sollicitude pour mon blog. Il n'aime pas le bruit mais il va bien. J'aurais d'ailleurs l'occasion d'en dire un mot ces prochains jours.

Posté par Lubin, 27 février 2012 à 20:37
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