Comme prévu, le proviseur de Sourdun a convoqué le ban et l’arrière-ban de la presse pour immortaliser par l’image l’impérissable souvenir d’élèves faisant la rentrée en uniforme. Le temps presse il est vrai, car au rythme où vont les choses, cette rentrée pourrait bien être la dernière pour ce genre de structure, où le souci de l’image l’emporte décidément sur tout le reste. Pour le proviseur, « chaque matin, les professeurs devaient scruter les élèves de haut en bas, c’était beaucoup d’énergie et de temps perdu » (Vousnousils, 05/03/2012). On se perd en conjectures devant la nature des préoccupations de ces enseignants qui dépensent leur énergie à déshabiller les élèves de leur regard. Pour ce qui me concerne, dans ma pratique quotidienne, je préfère conserver mon énergie pour des fins un peu plus conséquentes.

Le proviseur justifie également l’uniforme par le souci de « donner une forme d’égalité aux élèves », ce qui ne manque pas de piquant dans la bouche d’un éminent responsable politique de l’UMP (Journal d'école, 14/12/2011), un parti dont le projet éducatif – rétablir l’apprentissage en fin de 5e – n’est pas spécialement placé sous le signe de l’égalitarisme. La diversion vestimentaire, c’est quand même un peu court comme politique éducative.

Laissons Sourdun et son chef à leurs petits calculs politiques pour s’interroger une nouvelle fois sur le rôle tenu par la presse dans la fabrication de l’information : comment faire ses gros titres d’un non-événement, que, de toutes manières, on laissera tomber le lendemain pour parler d’autre chose ? D’une manière qui leur est devenue habituelle, les médias usent d’un mode opératoire qui met en jeu une profonde méconnaissance du sujet, combinée avec une bonne dose de complaisance et de voyeurisme. Sur un thème pas très éloigné, voyez, par exemple, comment la presse se délecte de « l’hyper sexualisation des petites filles » (pourquoi "hyper", au juste, "sexualisation" n'est pas assez suggestif ?), photos en sus…

Pour en terminer avec ces histoires de fringues, il faut remonter dix ans en arrière pour en comprendre la signification. Car contrairement à ce qu’on raconte un peu vite, l’uniforme scolaire n’a jamais été généralisé en France, pas plus qu’en Europe, Grande—Bretagne exceptée. C’est effectivement en 2002 que Darcos, alors sous-ministre de l’Education, avait ouvert le débat avec des attaques d’une rare vulgarité sur ces lycéennes « qui jouent de leur charme ». Débat repris avec enthousiasme, comme on s’en doute,  par journaux et télés partis à la chasse aux petites culottes dans les établissements scolaires. Et puis, il avait bien fallu passer à autre chose, parce que le lecteur se lasse de tout, même du plus émoustillant.

Dix ans plus tard, après l’échec patent de sa politique éducative, la droite revient à ses fondamentaux.