Que les élèves des internats d’excellence soient recrutés sur un examen attentif de leur livret scolaire est une chose connue.  Connue également, la circulaire du 22 juillet 2010 qui impose à l’établissement d’accueil de « s’assurer que le candidat répond au profil recherché (situation personnelle et sociale, motivation de l’élève, volonté de la famille etc) et n’est pas un élève violent ou ayant peu d’appétence pour la vie en collectivité. » Cette énergie déployée pour ne pas faire courir de risque, non pas à la réussite des élèves mais à l’image de l’établissement, va beaucoup plus loin, notamment à Nice, où le recrutement s’appuie également sur une « fiche sociale confidentielle » qui n’est rien d’autre qu’une intrusion brutale de l’administration de l’internat d’excellence dans la vie privée, l’intimité des élèves et des familles.

Avec la mention, portée par l’assistante sociale des «difficultés rencontrées par le jeune qui pourraient compromettre ses chances de réussite, [de] l’attitude des parents vis-à-vis de l’intégration en internat d’excellence », la fiche s’intéresse avec une absence totale de pudeur à l’environnement personnel du candidat. Ainsi, « la situation matrimoniale du couple parentale » (sic) fait la distinction entre « mariage », « vie maritale », « séparation », « divorce », « veuvage ».

La nationalité du père et de la mère est exigée avec cette insistante mention de « situation matrimoniale actuelle ».  On respire : pour l’instant, le recteur d’académie n’a pas de curiosité particulière pour la nature des rapports sexuels du couple.

La liste des « enfants vivants (resic) sous le même toit », fait également l’objet d’une attention toute particulière, puisque pour chacun d’entre eux doit  être précisé « si pb repéré ».

Une fiche confidentielle dont la légitimité en termes de scolarité est nulle mais qui reflète surtout les fantasmes et finalement le profond mépris des internats d’excellence pour le milieu social censé leur fournir leur clientèle. Quelque chose qui rappelle un peu les dames patronesses, que la pratique assidue de la charité dédouanait d'avoir à se soucier de la justice.

Fiche_sociale_confidentielle