Avec une circulaire de rentrée (septembre 2012…) publiée en mars, déjà, on a des doutes. Des doutes levés à la lecture du document : malgré la signature du directeur général de l’enseignement scolaire, il ne s’agit pas d’un document officiel mais plus sûrement d’un tract électoral de l’UMP. Non seulement les progrès sont spectaculaires à tous les niveaux du système éducatif, mais tout ira encore mieux l’an prochain si le gouvernement à qui le mérite en revient est reconduit par les électeurs. Cqfd.

Dans un style inimitable, qui rappelle un peu celui de la Pravda d’autrefois, J.-M. Blanquer dresse avec aplomb un tableau idyllique de la situation.

Les évaluations de CE1 et de CM2 montrent une amélioration notable du niveau des élèves ; en collège, la personnalisation des parcours est un succès, la découverte des métiers tout à fait compatible avec le socle commun ; la réforme des lycées permet de mieux accompagner les élèves ; le programme Eclair s’affirme comme « l’avant-garde de notre école », de même que les internats d’excellence (rappel : Blanquer en est le promoteur) ; l’effort sur l’enseignement des langues se poursuit sans relâche (dès la maternelle !) ; quant aux élèves handicapés, ils n’ont jamais été aussi bien accueillis. Succès, également, pour la formation des enseignants, « le professeur en devenir étant initié à une approche concrète du métier ». Sans oublier les équipes mobiles de sécurité qui assurent la paix et la sérénité dans les établissements scolaires.

Et tout ça grâce à qui ?

Avec cette circulaire, une question se pose, déjà abordée ces dernières années à travers l’action des enseignants désobéisseurs en primaire et qui pourrait rapidement devenir incontournable, celle de la légitimité des prescriptions règlementaires venues d’en haut. Certes, le statut de la fonction publique impose l’acceptation d’un certain nombre de règles mais qu’en est-il lorsque ces règles sont détournées de leurs principes par les détenteurs de l’autorité pourtant chargés de les faire respecter ? Ce n’est pas faire injure à J.-M. Blanquer d’affirmer que, déjà comme recteur de l’académie de Créteil il y a quelques années, il mettait en toutes choses un point d’honneur à devancer les moindres désirs de son ministre. Un choix personnel dont il n’a de compte à rendre qu’à sa conscience mais à la condition que cette liberté de choix soit également reconnue à tous les personnels de l’Education nationale, ce qui n’est manifestement pas le cas.

Par sa forme comme par son contenu, la circulaire de rentrée est un peu le pendant de ces descentes de police qu’on voit se multiplier ces jours-ci devant les caméras : une opération de pure communication à quelques semaines des élections. Dans ce catalogue à la Prévert, aucune des mesures préconisées n’a fait l’objet de la moindre concertation avec les personnels assimilés à de simples courroies de transmission. Emanant d’un ministre qui se flatte d’œuvrer à l’autonomie des établissements, elle les réduit en réalité au rang de simples exécutants.

Confrontés à ces coups de force permanents d’un ministère dont les préoccupations n’ont plus guère à voir avec le souci de service public de l’éducation, les enseignants, à la rentrée prochaine, auront sans doute des choix à faire. En leur âme et conscience…