Socle commun : la faute à Bruxelles ?
Le socle commun au service d’un néolibéralisme économique téléguidé par Bruxelles ? Refrain connu dont on retrouve la trace dans un récent article signé Angélique Del Rey, paru sur Aggiornamento. Mon commentaire (également publié sur Aggiornamento) ne suit pas la même direction…
L’analyse d’Angélique Del Rey pèche par deux approximations, intentionnelles ou pas.
La première est d’ordre chronologique : la démocratisation scolaire à laquelle on travaille un peu partout dans le monde « depuis la fin de la seconde guerre mondiale », se serait donc soldée par un échec. Même si l’affirmation n’est que partiellement fondée – en France, on peut considérer qu’un système éducatif qui permet à 65 % d’une classe d’âge d’accéder au bac est quand même plus « démocratique » que lorsque ce chiffre ne dépassait pas 5 ou 10 % - il paraît difficile d’en attribuer la responsabilité à des décisions européennes (cf les Recommandations de 2006) prises beaucoup plus tard et abusivement assimilées « aux politiques néolibérales des années 80 ». Les sociétés n’ont quand même pas attendu l’Europe pour sélectionner leurs élites.
Limiter la recommandation du Parlement européen et du Conseil de l’Europe du 18 décembre 2006 à des soucis de « flexibilité », d’ « employabilité » ou de compétitivité économique est abusif, alors que le texte incriminé parle plus précisément de la nécessité « (…) d'identifier et de définir les compétences clés nécessaires à l'épanouissement personnel, la citoyenneté active, la cohésion sociale et l'employabilité dans une société fondée sur la connaissance ». On touche là à la seconde approximation de l’article, celle entendue un peu partout ces dernières années, qui fait du socle commun de connaissances et de compétences une sorte de cheval de Troie du libéralisme économique qui aurait pour but ultime, selon Angélique Del Rey, de « soumettre l’enseignement aux impératifs du monde du travail ». Un objectif que j’avoue ne pas retrouver dans le socle en question dont il n’est pas inutile de rappeler les principes (décret du 11 juillet 2006) : « La spécificité [du socle] réside dans la volonté de donner du sens à la culture scolaire fondamentale, en se plaçant du point de vue de l’élève et en construisant des ponts indispensables entre les disciplines et les programmes. Il détermine ce que nul n’est censé ignorer en fin de scolarité obligatoire sous peine de se trouver marginalisé. L’école doit par ailleurs offrir à chacun les moyens de développer toutes ses facultés. Maîtriser le socle commun, c’est être capable de mobiliser ses acquis dans des tâches et des situations complexes, à l’école puis dans la vie ; c’est posséder un outil indispensable pour continuer à se former tout au long de la vie afin de prendre part aux évolutions de la société ; c’est être en mesure de comprendre les grands défis de l’humanité, la diversité des cultures et l’universalité des droits de l’homme, la nécessité du développement et les exigences de la protection de la planète ».
Difficile de voir dans ces principes la main d’un libéralisme économique effréné. Par contre, ce qui ne fait guère de doutes, c’est la volonté consciente ou non, manifestée ces dernières années par l’Education nationale, de ne pas tenir compte - ou le moins possible - du socle pourtant annexé à la loi d’orientation mais aujourd’hui dénaturé, galvaudé, au point qu’il n’en reste quasiment plus rien, sinon un triste livret personnel de compétences, tellement caricatural qu’il a cristallisé toutes les oppositions, même parmi les partisans de l’évaluation par compétences. Le DNB réduit le socle à sa portion congrue ; quant aux programmes de l’école comme du collège, ils l’ignorent superbement, restant définis par des cloisons étanches, contraires à la nature du socle de compétences et de connaissances dans une logique d’approche transdisciplinaire que n’ont jamais acceptée les lobbies disciplinaires, celui d’histoire n’étant pas le plus discret en la matière, très mobilisé au nom de la défense de la transmission des « savoirs », comme s’il suffisait de transmettre des savoirs pour les faire acquérir par les élèves.
L’histoire du socle commun, qui a maintenant huit ans d’âge, est celle d’un texte dont les responsables politiques, effrayés par l’audace des rédacteurs, auraient tout fait pour atténuer les effets, au point de le rendre méconnaissable.
Commentaires sur Socle commun : la faute à Bruxelles ?
- Sauf que l'échec scolaire ne remonte pas au traité de LisbonneJe faisais juste observer que l'échec scolaire remonte loin dans le temps, bien avant l'UE et que notre belle école républicaine que le monde entier nous envie était, dès son origine (Ferry), bâtie sur la ségrégation sociale (le secondaire réservé aux classes aisées, le primaire pour les enfants du peuple).

Je persiste à penser que la construction d'une Europe politique sur des bases démocratiques est la seule alternative possible à la toute puissance de l'économie.


Je m'étonne que vous vous laissiez abuser par le jargon européen et ses soit-disant déclarations de « bonnes » intentions.
Je vous conseille de visionner cette conférence de Christian Laval sur « La nouvelle école capitaliste » :
http://attac93sud.fr/spip.php?article981