Le débat sur les rythmes scolaires paraît plutôt mal engagé, non seulement à cause des cafouillages politiques et de leur amplification médiatique, mais surtout parce qu’il n’est pas certain que la focalisation sur la semaine de travail ou les périodes de vacances permette de bien juger des enjeux, deux points sur lesquels les améliorations ne sont quand même pas hors de portée, surtout si l’on veut bien considérer que les neuf demi-journées de travail sont de longue date la règle dans le secondaire et que les écoles primaires ont tout à fait le droit de les adopter, c’est légal,  ce qu’ont déjà fait ces dernières années un certain nombre d’entre elles.

Pour ce qui est du rythme annuel, un simple coup d’œil sur le calendrier permet de se rendre compte que l’alternance de sept semaines de travail et deux semaines de congé, recommandée par les spécialistes de la question, n’est mise à mal que par l’absurdité qui consiste à faire débuter les congés d’hiver cinq semaines après ceux de Noël, zonage des académies oblige, résultat d’un intense lobbying du tourisme de montagne. « Si on nous enlève ces quatre semaines pleines [de février], on est foutus » : ce cri d’orfraie du président de l’industrie hôtelière touristique (Vousnousils, 18/05/2012) confirme qu’on est quand même là assez loin de l’intérêt des élèves.

Par contre, comme le fait remarquer Philippe Watrelot dans sa revue de presse (18/05/2012), la question des rythmes scolaires n’est « pas forcément la meilleure entrée pour réformer le système car elle risque de cristalliser les débats tout en étant un sujet complexe à démêler ». La meilleure entrée effectivement, ne serait-elle pas de s’interroger sur ce que l’on fait des heures, des journées, des semaines de classe, c'est-à-dire sur les contenus, les programmes, les méthodes pédagogiques ?  Et de se demander également comment il se fait que, pour l’école primaire, l'horaire annuel de cours s'élève à 864 heures en France, contre, par exemple, 798 heures en Angleterre, 564 en Allemagne ou encore 569 en Finlande, le tout pour des résultats qui n’ont quand même rien d’exceptionnel.

Mais remettre en cause les programmes, n’est-ce pas trop demander pour un pays qui fait de la suppression de l’histoire en terminale S un drame national, du déclin du latin le signe de la fin de la culture, où l’on s’indigne de ce que l’on n’enseignerait plus l’histoire de Clovis ou de Charles Martel, où d’autres réclament encore pas moins d’une dictée par jour pour les écoliers ? La question des rythmes scolaires devrait tout naturellement, au risque de passer à côté de l’essentiel, conduire à un véritable questionnement sur les savoirs scolaires, leur pertinence et leur construction tout au long d’une scolarité. Sauf erreur de ma part, cette démarche globalisante est un peu celle du socle commun…

Comme il va de soi qu’une telle réflexion sur les programmes induit une redéfinition du métier d’enseignant mais aussi rend indispensable une refonte de la formation de ces derniers, on conviendra que, sur la question des rythmes scolaires, il faudra se garder comme de la peste des réponses simplistes.