19 mai 2012

Rythmes scolaires : ce n'est pas qu'une question de rythme...

Le débat sur les rythmes scolaires paraît plutôt mal engagé, non seulement à cause des cafouillages politiques et de leur amplification médiatique, mais surtout parce qu’il n’est pas certain que la focalisation sur la semaine de travail ou les périodes de vacances permette de bien juger des enjeux, deux points sur lesquels les améliorations ne sont quand même pas hors de portée, surtout si l’on veut bien considérer que les neuf demi-journées de travail sont de longue date la règle dans le secondaire et que les écoles primaires ont tout à fait le droit de les adopter, c’est légal,  ce qu’ont déjà fait ces dernières années un certain nombre d’entre elles.

Pour ce qui est du rythme annuel, un simple coup d’œil sur le calendrier permet de se rendre compte que l’alternance de sept semaines de travail et deux semaines de congé, recommandée par les spécialistes de la question, n’est mise à mal que par l’absurdité qui consiste à faire débuter les congés d’hiver cinq semaines après ceux de Noël, zonage des académies oblige, résultat d’un intense lobbying du tourisme de montagne. « Si on nous enlève ces quatre semaines pleines [de février], on est foutus » : ce cri d’orfraie du président de l’industrie hôtelière touristique (Vousnousils, 18/05/2012) confirme qu’on est quand même là assez loin de l’intérêt des élèves.

Par contre, comme le fait remarquer Philippe Watrelot dans sa revue de presse (18/05/2012), la question des rythmes scolaires n’est « pas forcément la meilleure entrée pour réformer le système car elle risque de cristalliser les débats tout en étant un sujet complexe à démêler ». La meilleure entrée effectivement, ne serait-elle pas de s’interroger sur ce que l’on fait des heures, des journées, des semaines de classe, c'est-à-dire sur les contenus, les programmes, les méthodes pédagogiques ?  Et de se demander également comment il se fait que, pour l’école primaire, l'horaire annuel de cours s'élève à 864 heures en France, contre, par exemple, 798 heures en Angleterre, 564 en Allemagne ou encore 569 en Finlande, le tout pour des résultats qui n’ont quand même rien d’exceptionnel.

Mais remettre en cause les programmes, n’est-ce pas trop demander pour un pays qui fait de la suppression de l’histoire en terminale S un drame national, du déclin du latin le signe de la fin de la culture, où l’on s’indigne de ce que l’on n’enseignerait plus l’histoire de Clovis ou de Charles Martel, où d’autres réclament encore pas moins d’une dictée par jour pour les écoliers ? La question des rythmes scolaires devrait tout naturellement, au risque de passer à côté de l’essentiel, conduire à un véritable questionnement sur les savoirs scolaires, leur pertinence et leur construction tout au long d’une scolarité. Sauf erreur de ma part, cette démarche globalisante est un peu celle du socle commun…

Comme il va de soi qu’une telle réflexion sur les programmes induit une redéfinition du métier d’enseignant mais aussi rend indispensable une refonte de la formation de ces derniers, on conviendra que, sur la question des rythmes scolaires, il faudra se garder comme de la peste des réponses simplistes.

Posté par Lubin à 14:40 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires sur Rythmes scolaires : ce n'est pas qu'une question de rythme...

    A qui sert le socle ?

    Bonsoir

    Assez d'accord pour trouver le bon rythme à l'intérieur de l'école.
    Mais de là à le fonder sur ce qu'on appelle aujourd'hui le socle....
    Je crains que cela soit dans l'air du temps, précisément parce que comme vous le dites la démarche est on ne peut plus globalisante...
    A force de globaliser elle ne définit rien de précis... une espèce d'auberge espagnole qui, ne pouvant définir aucun contenu, laissera la distinction sociale opérer à fond au profit des plus nantis en biens culturels et sociaux.

    J'exagère... le socle définit malgré tout un minima: les compétences telles que les entreprises souhaitent les voir repérées pour leurs futurs recrutements. Leur conception de l'éduqué est plus proche de la notion de "productivité" que de celle "d'honnête homme".
    Le LPC est destiné à terme à devenir une forme de "code barre" directement utilisable par le monde du travail... "bienvenue à gattaca"...
    Ce n'est pas pour rien que la notion de socle est fortement impulsée par l'OCDE.
    Mais cela ne sera valable que pour les niveaux de qualifications moyens faibles, pour le reste, la distinction se fera par d'autres voix: sélections dans les établissements supérieurs, au mérite ou au financement, réseaux, connaissance etc...

    http://evadeduvillage.blog.lemonde.fr/
    https://twitter.com/#!/SortirDuVillage

    Posté par SortirDuVillage, 19 mai 2012 à 18:24 | | Répondre
  • Ne pas tout mélanger

    Bonsoir,

    je ne partage pas votre analyse sur le socle et surtout je ne comprends vraiment pas qu'on puisse le confondre avec le LPC qui en est sa forme dévoyée (voir mon dernier post).

    Vous connaissez sans doute ce numéro des Cahiers pédagogiques sur l'évaluation à l'heure des compétences :
    http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?page=numero&id_article=7550

    Posté par Lubin, 19 mai 2012 à 18:57 | | Répondre
  • Relier!...

    Il conviendra SURTOUT de ne pas SEPARER les thèmes de réflexion. Tous s'imbriquent pour construire un "mur unique"

    Il faudra "relier" comme dirait l'un de mes maîtres Edgar Morin...

    Chris
    www.profencampagne.com

    http://www.profencampagne.com/article-semaine-de-5-jours-chronique-d-une-polemique-inutile-105422936.html

    Posté par Chris, 20 mai 2012 à 11:34 | | Répondre
  • Il y a urgence

    Le problème qui risque de se poser est également celui de l'urgence de la situation, le gouvernement précédent n'ayant travaillé à aucun calendrier après celui de 2012-2013. Pourra-t-on vraiment tout régler en quelques mois ?

    Posté par Lubin, 20 mai 2012 à 18:29 | | Répondre
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