La seule surprise provoquée par le rapport enfin publié de l’Inspection générale sur les internats dits d’excellence est qu’il n’y en a pas : ce qui y est dit sur le coût de cette structure, son principe, ses modalités de fonctionnement, confirme ce qu’on en sait depuis le départ, à savoir que les internats d’excellence n’auront été qu’un coûteux gadget présidentiel (Journal d’école, 01/09/2010).

Dans cette période de restriction budgétaire, les internats se signalent par un financement hors norme, « de budgets de fonctionnement confortables et des dotations en ressources humaines considérables ». A titre d’exemple, à Sourdun, le budget de fonctionnement 2011 s’élève à 3 millions d’euros, dont 2,2 millions d’euros de subventions de l’état, somme à laquelle s’ajoutent  600 000 euros versés par l’Acsé (Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances) et 220 000 euros de fonds sociaux. Au total, à Sourdun, la dépense de fonctionnement est de 10 000 euros par élève. Il est vrai que l’internat du Havre fait mieux avec 16 000 euros par élève.

« Les conditions d’encadrement sont également exceptionnelles d’un point de vue quantitatif, comme le montrent les ratios aussi bien en enseignement qu’en vie scolaire ». Sourdun (voir Journal d’école, 25/02/2012) fonctionne avec 1 ETP pour 3,5 élèves.

La seule information nouvelle apportée par le rapport – quoiqu’on s’en doutait un peu – porte sur le recrutement des élèves, qui, contrairement au principe affiché, « ne relèvent pas tous de la politique de la ville » : le pourcentage de boursiers ne dépasse pas au total 60% ; à Sourdun, seul un élève sur deux est boursier. Le mythe des internes issus des milieux défavorisés aura fait long feu.

La sélection drastique des élèves aurait dû déboucher sur un climat d’établissement serein et apaisé ; c’est loin d’être le cas. Dans un internat d’excellence, on  punit beaucoup et l’on exclut beaucoup : ainsi, à Sourdun, en 2009-2010, on compte 31 départs sur un effectif de 131, soit un quart de l’effectif. Le rapport a relevé « 84 élèves ont été punis ou sanctionnés une ou plusieurs fois, il y a eu au total 186 rapports, 182 exclusions de cours, alors même que le projet éducatif affiche l’objectif de « limiter les exclusions de cours », 88 retenues, 66 rendez-vous avec les familles, 40 travaux d’intérêt général, 40 exclusions temporaires. Toujours en 2009-2010, l’établissement a réuni 3 conseils de discipline pour « violences physiques et dégradations ».  Pire que dans un collège de ZEP…

Pour ce qui est des apprentissages et de la pédagogie, l’Inspection générale ne reconnaît qu’« une pratique limitée de l’innovation », tout spécialement en matière de pédagogie. Elle regrette « que les équipes préfèrent s’en remettre à des méthodes éprouvées et que les internats d’excellence ne constituent pas (…) comme on aurait pu l’imaginer, des creusets d’innovation. Les devoirs sur table ou les interrogations écrites n’ont rien d’expérimental et se pratiquent depuis longtemps dans bien d’autres établissements ». Certes.

Hors temps scolaire, le trop grand nombre d’activités suscite des réserves, les élèves sont saturés : « certains internes se disent même « angoissés ». Ils n’ont pas de moment à eux. Signe possible d’un emploi du temps trop contraint, on a également signalé le cas d’internes absentéistes pendant les activités, dormant pendant les conférences ou ratant volontairement le bus pour se donner un peu de respiration entre deux activités ou heures de cours (…). Le risque, presque partout relevé, est bien celui d’une sollicitation excessive des élèves ».

Sur le principe même des internats d’excellence, l’Inspection générale se lâche. Dans le style vachard et policé qui fait son charme, elle affirme avoir « enregistré plusieurs critiques : Il n’est pas rare, tout d’abord, que l’idée même de distinguer positivement certains élèves suscite des réserves, certains la jugeant peu compatible avec le principe d’égalité républicaine. Ce qui constitue une justice au niveau de l’individu (dans une logique distributive qui exige que l’on donne plus à celui qui a moins) peut ainsi être ressenti comme une injustice à l’échelle collective (« deux poids, deux mesures »). En outre, l’opération est également suspectée d’être une réalisation en trompe-l’œil qui, à travers une expérience faussée à la base par l’engagement de moyens considérables, permettrait de se donner une certaine bonne conscience. Une autre crainte est fréquemment exprimée : celle de voir s’homogénéiser encore davantage la population scolaire des territoires en très grande difficulté, dès lors que l’on retirerait de leurs établissements les élèves les plus méritants. Enfin, la critique porte bien souvent sur l’importance des moyens mobilisés pour un nombre très restreint d’élèves, surtout dans un contexte de budget contraint et de suppressions de postes. »

Et comme si tout cela ne suffisait pas, le rapport en rajoute une couche sur les lacunes des internats d’excellence en matière d’orientation des élèves, un domaine particulièrement négligé : « D’une manière générale, la fonction d’orientation, qui fait pourtant partie des missions de toute structure éducative est pour l’instant, de façon assez incompréhensible, négligée dans les internats d’excellence. On semble considérer que les élèves présents ont déjà été orientés par le fait même d’avoir été sélectionnés. » Cela ne s’invente pas.

Le rapport ne dissimule pas que les internats ont été mis en place « dans l’urgence (…) à marche forcée (…) », avec la collaboration zélée de toute l’administration. « L’impulsion majeure s’est située au niveau national (comprenez Sarkozy), accompagnée d’une couverture médiatique exceptionnelle, conjuguant médias nationaux et médias locaux ».

Les internats d’excellence ? Une opération de pure communication, au service exclusif d’un homme politique. Pour faire simple, on dira qu’il est peut-être temps d’arrêter les frais.